CNUCED : l’IDE a diminué en Afrique en 2015

4 Juillet 2016

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a récemment publié son rapport 2016 sur l’investissement dans le monde, sous-titré « La nationalité des investisseurs : défis pour les politiques d’investissement ». Le document montre qu’à l’échelle mondiale, les flux d’investissement direct à l’étranger (IDE) ont augmenté de 38 pourcent en 2015, atteignant 1 760 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis la crise financière de 2008.

« Un rebond des flux de 38 % à 1 760 milliards de dollars permet d'espérer que l’investissement international est enfin en train de revenir à une trajectoire de croissance durable, mais nous ne sommes pas encore sortis d’affaire », a déclaré M. Mukhisa Kituyi, Secrétaire général de la CNUCED, lors du lancement du rapport.

Cette hausse de l’IDE s’explique en grande partie par une forte augmentation des fusions-acquisitions internationales, qui sont passées de 400 milliards de dollars en 2014 à 700 milliards de dollars en 2015 d’après la CNUCED. Si l'on ne prend pas en compte ces reconfigurations d’entreprises à grande échelle, l’augmentation des flux mondiaux d’IDE est plus modérée, à environ 15 pourcent.

Les flux d’IDE vers les économies développées ont bondi de 84 pourcent, en forte hausse vers l’Europe et les États-Unis. Les économies en développement enregistrent également une croissance de l’IDE, qui a atteint 765 milliards de dollars en 2015, en hausse de neuf pourcent par rapport à 2014. Si une grande partie de cet IDE se concentre en Asie, le rapport note toutefois que les flux d’IDE en direction de l’Afrique, des Caraïbes et de l’Amérique latine sont en baisse.
 

Investissement en baisse en Afrique

En ce qui concerne l’Afrique, les flux d’IDE vers le continent ont chuté de sept pourcent par rapport à l’année précédente, tombant ainsi à 54 milliards de dollars en 2015. Cette baisse est particulièrement marquée en Afrique subsaharienne, et notamment en Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, en raison principalement de la faiblesse des prix des matières premières, qui continue de peser sur l’investissement dans les économies axées sur les ressources naturelles. Les économies de la République démocratique du Congo, de la Zambie et du Mozambique ont été particulièrement touchées, les flux d’IDE vers la Zambie chutant par exemple de 48 pourcent. 

À l’inverse, les flux d’IDE vers les pays les moins avancés (PMA) ont bondi d’un tiers, atteignant 35 milliards de dollars. Le principal facteur de cette hausse record est la forte poussée de l’investissement en Angola, en augmentation de 352 pourcent, ce qui en fait le principal bénéficiaire d’IDE parmi les PMA grâce essentiellement à une augmentation des prêts en provenance de maisons-mères situées à l’étranger. La plupart des autres PMA également tributaires des ressources naturelles n’ont toutefois pas bénéficié de cette augmentation de l’investissement dans la région.

Malgré des conditions économiques généralement peu favorables au sein du continent, la croissance des marchés de consommation urbains, l’amélioration des infrastructures et certains accords commerciaux favorables ont attiré des flux significatifs d’IDE dans un certain nombre d’économies africaines. La société pharmaceutique allemande Merck a par exemple ouvert son premier bureau au Nigeria dans le cadre d’un projet d’expansion plus large en Afrique et le chocolatier français Cémoi a ouvert sa première usine de traitement du cacao en Côte d’Ivoire.

Le Royaume-Uni et les États-Unis restent les principaux investisseurs sur le continent africain. Il convient toutefois de noter que la Chine est passée devant l’Afrique du Sud en tant que principal pays en développement détenteur d’IDE en Afrique, et devant les États-Unis en tant que principal investisseur au sein des PMA.
 

Perspectives d’avenir

Malgré leur niveau élevé de l’an dernier, les flux mondiaux d’IDE devraient se contracter de 10 à 15 pourcent en 2016, reflétant « la fragilité de l’économie mondiale, la faiblesse persistante de la demande globale, la faible croissance dans certains pays exportateurs de produits de base, les mesures politiques efficaces pour réduire des opérations de tax inversion et la contraction des profits des multinationales » d’après le rapport.

En revanche, les flux d’IDE vers l’Afrique devraient revenir à une trajectoire de croissance positive pour atteindre 55 à 60 milliards de dollars en 2016, selon le rapport de la CNUCED. Cette augmentation se profile déjà dans les projets dits « greenfield » (correspondant à des investissements directs pour la création de nouvelles capacités physiques dans un pays étranger) annoncés au premier trimestre 2016. L’annonce de tels projets par Volkswagen et BMW en Afrique du Sud, par Honda au Nigeria, par Toyota au Kenya et par Nissan en Egypte témoigne notamment d’un intérêt accru des sociétés multinationales pour l’industrie automobile africaine.

En ce qui concerne les PMA, leur dépendance persistante à l’égard des ressources naturelles devrait se traduire par une diminution des flux d’IDE en 2016. Le Bangladesh, l’Éthiopie et le Myanmar devraient toutefois enregistrer une augmentation de l’IDE. L’Éthiopie a récemment attiré plusieurs investisseurs asiatiques en quête de nouveaux sites de production pour l’exportation.
 

Tendances et défis politiques

Le rapport de la CNUCED appelle à porter une attention accrue à un certain nombre de défis politiques, dont notamment la nécessité d’intensifier les efforts de facilitation de l’investissement en vue d’assurer la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). À l’heure actuelle, de nombreux pays ont des cadres en place pour la promotion de l’investissement (promotion de leur pays en tant que destination d’investissement par exemple), mais ne sont pas aussi efficaces dans la mise en œuvre de mesures de facilitation de l’investissement visant à réduire les barrières à l’investissement.

La CNUCED souligne également que la complexité croissante de l’origine nationale des investisseurs et des participations constitue un autre défi majeur en termes de politique. Alors que la nationalité des investisseurs et actionnaires des sociétés affiliées étrangères devient de plus en plus floue, l’application des règles et réglementations relatives aux participations étrangères devient elle-même de plus en plus difficile.

Le rapport note également que 80 pourcent des pays restreignent les participations étrangères majoritaires dans au moins un secteur d’activité, afin de favoriser un contrôle national. Toutefois, « dans une ère de structures complexes d’actionnariat multinational, la justification et l’efficacité de cet instrument de politique doit faire l’objet d’une réévaluation complète », note Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, en préface du rapport.

Pour rester compétitifs sur le marché africain des capitaux, des pays comme le Kenya ou la Tanzanie ont déjà éliminé les restrictions de cette nature, autorisant le contrôle à 100 % des sociétés par des actionnaires étrangers afin d’attirer des niveaux plus élevés d’investissement.

En conclusion des messages clés du rapport, Mukhisa Kituyi souligne que globalement, « il est important de trouver un équilibre entre libéralisation et réglementation dans la poursuite de l’objectif ultime de promotion de l’investissement pour un développement durable ».
 

Reportage ICTSD.

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