L’épidémie d’Ebola menace la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest

9 Octobre 2014

Les perturbations de commercialisation et des échanges transfrontaliers dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest les plus affectés par l’épidémie d’Ebola  - le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée – ont entraîné une flambée des prix des denrées alimentaires, menaçant la sécurité alimentaire de la région, selon une alerte lancée par l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La maladie du virus Ebola est une pathologie grave et souvent fatale, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 90 pourcent. L’épidémie actuelle a vu un taux de létalité de 51 pourcent, selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé publié le 29 août. 3052 cas ont été enregistrés au total en Afrique de l’Ouest, causant 1564 décès. Il n’y a pas de remède connu à cette maladie.

Récolte céréalière menacée par la pénurie de main-d’œuvre

Afin de combattre ce virus mortel, les gouvernements de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone ont établi des zones de quarantaine et imposé des restrictions au mouvement des populations. Bien qu’elles soient nécessaires pour endiguer la propagation de cette maladie, ces restrictions ont eu l’effet secondaire non désirable d’exacerber les questions de sécurité alimentaire, selon la FAO.

La principale campagne de récolte pour les cultures clés – maïs, manioc et riz – arrive dans « quelques semaines », note l’agence des Nations-Unies et les pénuries de main-d’œuvre agricole dues aux restrictions de mouvement et aux migrations vers d’autres zones auront des répercussions « sérieuses » sur la production céréalière.  

La pluviométrie adéquate de l’année passée laissait initialement présager des récoltes à des niveaux au-dessus de la moyenne dans la majeure partie de l’Afrique de l’Ouest. Mais la production alimentaire risque à présent d’être fortement réduite en particulier parce que les zones touchées par l’épidémie en Sierra Leone et au Liberia sont connues comme étant les plus productives.

« Avec la récolte principale désormais à risque et les échanges et mouvements de marchandises fortement restreints, l’insécurité alimentaire est appelée à s’intensifier au cours des semaines et des mois à venir. La situation aura des impacts à long terme sur les moyens d’existence des agriculteurs et sur les économies rurales, » a déclaré Bukar Tijiani, Représentant régional de la FAO pour l’Afrique.

On s’attend à ce que des cultures de rente telles que l’huile et le cacao soient également affectées ; ceci  en retour pourrait avoir un impact sur les revenus des ménages « en réduisant le pouvoir d’achat et en entravant l’accès à l’alimentation, » prévoit le rapport.

L’origine du virus est toujours inconnue, mais certains experts soutiennent que la consommation humaine de viande de brousse est liée à la transmission de la maladie aux personnes.

Selon l’OMS, les chauves-souris frugivores sont considérées comme hôtes probables d’Ebola. Dans le cadre des mesures préventives visant à combattre le virus, une interdiction de la viande de brousse a également été introduite. Selon la FAO, ceci pourrait priver certains ménages d’une source importante de nutrition et de revenu.        

Flambée des prix des denrées alimentaires

« La fermeture de certains postes frontaliers et l’isolement des zones de frontières entre les  trois pays, ainsi que la diminution des échanges dans les ports maritimes entraînent une contraction de l’approvisionnement et une hausse importante des prix alimentaires, » selon la FAO.

Au Liberia, par exemple, le manioc a vu son prix grimper de 150 pourcent durant les deux premières semaines d’août, selon une récente évaluation du marché.

Les trois pays cités dans le rapport sont des importateurs nets de céréales ; la dépréciation récente de leurs monnaies est donc susceptible d’exercer une pression inflationniste sur les prix des produits alimentaires nationaux, en particulier en Sierra Leone où les taux de change sont plus volatiles et où la consommation alimentaire est fortement tributaire des céréales importées.  

L’agence des Nations-Unies a donc appelé à des mesures visant à améliorer le commerce interne, mesures qu’elle qualifie  « d’essentielles » pour prévenir d’autres hausses des prix et résoudre les contraintes liées aux approvisionnements.

Baisse du PIB

La suspension des opérations par plusieurs multinationales et compagnies aériennes intervenant dans la région a également entraîné des perturbations du commerce et du transport ; selon certains observateurs, ces perturbations pourraient entraver la croissance économique de l’ensemble de la région.

Bloomberg a indiqué que Sime Derby, premier producteur mondial d’huile de palme, a réduit sa production au Liberia alors que le géant de l’acier, Arcelor Mitttal, ralentissait ses efforts visant à agrandir son usine dans le même pays.

Les voyages aériens ont également été touchés, British Airways figurant au nombre des compagnies aériennes qui ont suspendu leurs vols vers le Liberia et la Sierra Leone pour des raisons de santé publique. Plusieurs compagnies maritimes envisagent également d’éviter temporairement les ports de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à ce que la crise sanitaire montre des signes d’atténuation. 

Selon certains experts, il est prématuré d’évaluer dans quelle mesure Ebola et ses conséquences affecteront la croissance économique en Afrique subsaharienne – estimée par le Fonds Monétaire International  (FMI) à 5,5 pourcent cette année – tout en notant que les dommages semblent certains.

Cependant, en raison de la faible connectivité de ces économies, certains experts font valoir que la crise est peu susceptible de menacer le reste de l’Afrique ou l’économie mondiale dans l’ensemble.

Faisant allusion au discours de la forte croissance et de la résilience de l’Afrique, un sujet qui a récemment attiré l’attention de la communauté internationale, certains observateurs ont suggéré que cette situation pourrait renforcer de nouveau les stéréotypes négatifs au sujet du continent et peuvent en retour décourager l’investissement étranger à court terme.

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