L’Afrique mise sur les ressources domestiques pour financer son développement

27 Octobre 2014

Réunis à Marrakech au Maroc, du 12 au 16 octobre 2014 pour la 9eme  édition du Forum sur le  développement de l’Afrique, plusieurs participants – représentants officiels, du secteur privé et de la société civile principalement— ont adopté un document intitulé le Consensus de Marrakech établissant des recommandations insistant sur la nécessité pour le continent de s’affranchir de l’aide étrangère à travers la mobilisation des ressources domestiques et du capital d’investissement pour renforcer sa résilience économique et sa compétitivité, financer son développement durable et promouvoir l’adaptation aux changements climatiques.

Ce forum s’est tenu sur le thème « Des modes de financement innovants pour la transformation de l’Afrique » dans un contexte marqué par un nombre accru de discussions sur la transformation économique et structurelle du continent et ses limites . En effet au cours des dernières décennies, plusieurs économies de l’Afrique ont enregistré un fort taux de croissance, cependant malgré cela les processus d’industrialisation n’ont été que très limités.

L'accent a été mis, tout au long du Forum, sur la nécéssité d’une plus grande collaboration entre le secteur public et le secteur privé. Il a été souligné que les gouvernements doivent fournir des cadres réglementaires appropriés pour encourager davantage d'investissement dans les secteurs innovants. 

Les discussions et les échanges  ont porté sur  quatre principales thématiques à savoir la mobilisation des ressources nationales, des flux financiers illicites, des capitaux privés et de nouveaux types de partenariat. Les débats ont également mis l’accent sur  le besoin d’activer des  nouveaux mécanismes de financement pour financer le développement qui transformera l’Afrique.  

La mobilisation des ressources intérieures pour la transformation de l’Afrique

 

Sellon  la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), les difficultés de l’Afrique dans l’accroissement des ressources intérieures sont multidimensionnelles. Elles ont pour principale origine des taux d’épargne publique et privée faibles, une mauvaise gestion des taux d’intérêt, l’étroitesse de l’assiette fiscale et les complexités  administratives.

Le document issu de la Conférence, le Consensus, reconnait ainsi l’incapacité de l’Afrique à  pleinement tirer parti de son potentiel en termes de ressources dans plusieurs pays. Il note ainsi « la faiblesse d’administrations qui n’exploitent pas pleinement la base d’imposition  nationale existante et accordent des avantages fiscaux mal pensés à des industries à haute valeur telles que le secteur extractif et les entreprises multinationales. »

A cela s’ajoutent des systèmes inefficaces de recouvrement des recettes  et des flux massifs de capitaux illicites qui, d’après les estimations de la CEA, pourraient atteindre 50 milliards de dollars par an, continuent d’entraver le recouvrement des recettes pour de nombreux pays.

Certains participants au Forum ont également souligné qu’un des obstacles majeurs à la mobilisation des ressources nationales est l'existence de milliers de PME africaines qui continuent d'opérer dans le secteur informel et ne paient pas d'impôts. 

Afin de remédier aux problèmes actuels de mobilisation des ressources nationales pour le financement du développement en Afrique, les participants ont invité  les Etats à améliorer la gestion des ressources intérieures.

«Le présent et l’avenir de l’Afrique sont tributaires de sa capacité de mobiliser et préserver les ressources nationales de financement» a déclaré le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Carlos Lopes devant les participants. « L’ère des dépendances aux aides internationales » est révolue a-t-il poursuivi.

La Ministre de l'économie et des finances ivoirien, Kaba Nialé,  a pour sa part déclaré que « la mobilisation des ressources intérieures est importante pour soutenir la croissance économique actuelle du continent africain».

Développer davantage les marchés financiers et l’investissement privé

Conscients de l’importance que revêtent  les investissements  privés dans le financement du développement des  infrastructures, l’exploitation des ressources minérales, le développement industriel et la diversification économique en général,  les participants ont également invité les décideurs politiques à lever les obstacles au développement des investissements en Afrique en mettant  des cadres juridiques et réglementaires attractifs pour les investisseurs étrangers.  

En dépit du discours positif présentant l’Afrique comme la prochaine  destination des investissements, les participants ont noté que beaucoup d’investisseurs estiment toujours que les coûts de transactions sont très élevés par-delà le continent. Selon la CEA, la fragmentation géopolitique et la faiblesse des infrastructures rendent les coût des affaires très élevés en Afrique.

Les discussions ont convergées sur le fait que le secteur du capital investissement est par ailleurs contrarié par les lourdeurs administratives, le coût élevé de l’emprunt et les limitations sur la circulation des capitaux. Il a toutefois été reconnu que le capital investissement pourrait potentiellement représenter une source importante de financement pour le développement.

Des nouvelles formes de partenariats en vue de la transformation structurelle

Pour exploiter pleinement les potentialités économiques et commerciales dont elle dispose et promouvoir son développement, le Consensus indique que  l’Afrique doit renforcer les partenariats en place et en créer de nouveaux. Dans cette perspective plusieurs possibilités de partenariats innovants s’offrent à elle, notamment en matière de commerce, domaine dans lequel l’intégration régionale accrue pourrait  incontestablement soutenir le développement de l’Afrique. À cet égard, la mise en œuvre d’une zone continentale de libre-échange permettrait de doubler le volume du commerce intra-africain et stimulerait le développement économique ont souligné certains observateurs.

Dans cette perspective les participants au forum ont invité les décideurs africains à placer l’intégration régionale au centre de leurs cadres de politiques commerciales en s’attachant activement à promouvoir le programme d’intégration convenu aux niveaux sous régional et continental (notamment avec la création de zone continentale de libre-échange en Afrique) et à faire en sorte que leurs engagements pris au niveau multilatéral  et bilatéral soient conformes au programme de développement de l’Afrique.

« (…) Il faut considérer l’intégration régionale de l’Afrique comme un tremplin stratégique pour diversifier nos économies, améliorer les économies d’échelle dans la production » rapporte le Consensus.

Les participants ont en outre recommandé aux leaders africains d’exploiter, sur un plan stratégique, le commerce et le partenariat  Sud-Sud en s’assurant qu’ils favorisent la diversification économique, l’innovation et le transfert de technologie.

Cette rencontre biennale organisée par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique a vu la participation de près de 800 personnalités, dont plusieurs chefs d’États et de gouvernements, des ministres, ainsi que des hommes d’affaires, des experts et des représentants de la société civile entre autres.

Rapport ENDACacid

Sources : 9ème edition du Forum pour le développement de l’Afrique: Le consensus des gouvernements africains ; Aujourdhui.ma  20-10-2014 ; L’Afrique doit surtout compter sur ses ressources intérieures pour émerger  afriquinfos.com  Lundi 20 octobre 2014

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