L’ONU déterminée à lutter contre le trafic d’espèces sauvages

9 Mars 2016

L’ONU a annoncé, le 3 mars 2016, le lancement d’une campagne mondiale pour mettre un terme au commerce illégal d’espèces sauvages. Dévoilée à l’occasion de la journée mondiale pour la vie sauvage, qui avait pour thème « L’avenir de la vie sauvage est entre nos mains », cette campagne constitue un effort conjoint du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), et d’autres partenaires.

« Il ne reste plus beaucoup de temps pour mettre fin à ce fléau qui met en danger certaines des espèces les plus emblématiques du monde », a déclaré Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, dans son message à l’occasion de cette journée. Selon lui, la lutte contre le braconnage et le trafic d’espèces protégées nécessitera de s’attaquer « tant à l’offre qu’à la demande, sur la base des cibles et objectifs arrêtés d’un commun accord et des instruments internationaux applicables, tels que la CITES ».

Dans un communiqué conjoint, le PNUE, le PNUD, l’ONUDC et la CITES tirent la sonnette d’alarme et insistent sur la gravité de la situation. Alimenté par une forte demande, le commerce illégal d’espèces sauvages des dernières années est à l’origine d’une véritable crise environnementale au niveau global, souligne le communiqué. Pour tenter d’y remédier, la campagne mondiale lancée le 3 mars appelle tout un chacun, que ce soit au sein du monde des affaires, de la société civile, ou de la sphère académique, à user de son influence pour parvenir à mettre un terme au trafic d’espèces protégées.

La communauté internationale a inscrit la lutte contre le braconnage et le commerce illégal d’espèces végétales et animales protégées dans les nouveaux objectifs de développement durable (ODD), qui ont été adopté en septembre 2015. L’une des cibles de l’ODD 15 appelle explicitement à prendre des mesures concrètes pour endiguer ce trafic. L’année passée, l’assemblée générale de l’ONU a également adopté une résolution sur le sujet, qui exhorte notamment les États membres à renforcer leurs législations nationales en la matière et à traiter le trafic d’espèces sauvages comme une forme grave de criminalité.

Dans ce contexte, l’ONU appelle à une volonté politique forte pour mettre en œuvre ces engagements. Les organisations internationales, les gouvernements, et les citoyens de par le monde doivent apporter une réponse ferme et coordonnée à ce grand défi. En particulier, les populations locales doivent être associées de près à l’action de conservation. « Un soutien doit être fourni aux communautés locales, pour les aider à développer des moyens de subsistance alternatifs, monter des entreprises locales, et permettre à ces communautés de vivre en harmonie avec leur environnement », a déclaré Yury Fedotov, le directeur exécutif de l’ONUDC, lors de la journée mondiale pour la vie sauvage.
 

Le nombre d’éléphants d’Afrique toujours en déclin

Les efforts visant à juguler le trafic d’espèces sauvages ne datent pas d’hier, et certains résultats significatifs ont déjà été enregistrés. « Même si les niveaux de braconnage et de contrebande restent bien trop hauts, nous assistons à des améliorations dans certains pays et pour certaines espèces. Nous sommes en train de renverser la vapeur, mais il reste beaucoup à faire », a affirmé John Scanlon, le directeur de la CITES, à l’occasion de la journée du 3 mars.

Ces propos sont parfaitement illustrés par la situation des emblématiques éléphants d’Afrique – terme regroupant les éléphants de savane et les éléphants de foret. Selon les dernières données publiées par la CITES, les efforts mis en œuvre ces dernières années ont permis de faire baisser significativement les taux de braconnage des éléphants africains. Toutefois, malgré ces résultats encourageants, le braconnage reste trop important comparé au taux de croissance des populations de pachydermes, ce qui signifie que le nombre total d’éléphants en Afrique continue de diminuer.
 

 

Le graphique ci-dessus, publié par la CITES, montre que les niveaux de braconnage en Afrique connaissent une diminution constante depuis 2011. Néanmoins, ils restent supérieurs au seuil de durabilité, représenté ici par une ligne rouge horizontale, ce qui signifie que la population des éléphants d’Afrique continue d’être en déclin. Par ailleurs, l’évolution n’est pas la même dans toutes les régions africaines. Alors que l’Afrique de l’Est connaît un accroissement du nombre d’éléphants depuis maintenant 5 années d’affilée, la situation est beaucoup plus préoccupante en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.

Ainsi, le sort des éléphants d’Afrique illustre l’incroyable difficulté de la lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages. « Nous avons fait des progrès pour que les gens prennent conscience, mais le braconnage est toujours d’actualité et il menace encore certaines populations d’extinction », a récemment averti le footballeur ivoirien Yaya Touré, qui est l’un des ambassadeurs de bonne volonté du PNUE.

Pour cause, le braconnage et la contrebande d’espèces protégées constituent un business particulièrement lucratif. Avec plus de 20 milliards de dollars US$ de valeur annuelle estimée, ce trafic se classe aisément parmi les 5 types de commerce illégal les plus rentables, comme le souligne la CITES. De plus, ces activités sont de plus en plus le fait de réseaux criminels transnationaux bien organisés, contre lesquels il est particulièrement dur de lutter, surtout pour des États qui n’ont que des ressources très limitées à leur disposition.

Et le problème ne se limite pas aux éléphants, loin s’en faut. Les rhinocéros continuent également d’être particulièrement menacés. On estime que le braconnage des rhinocéros a augmenté de 8000 pourcent en Afrique du Sud entre 2007 et 2014. Le pangolin quant à lui est considéré comme le mammifère le plus touché par le braconnage, avec plus d’un million de spécimens tués au cours de la dernière décennie. Le commerce de grands singes vivants, comme les chimpanzés, les gorilles, et les orangs-outangs, suscitent également d’importantes préoccupations.

« Beaucoup d’autres espèces, comme les guépards, les pangolins, les rhinocéros, les tortues marines, les requins, les tigres, les baleines et les bois précieux, sont exposées à tout un ensemble de graves problèmes, notamment la modification de l’habitat, la surexploitation et le trafic », a également affirmé Ban Ki-moon dans son message.
 

Des décisions politique encourageantes

Malgré la gravité de la situation, certaines évolutions en termes de politiques peuvent donner à espérer. Une lutte efficace contre le braconnage et la contrebande d’espèces protégées requière une participation de tous les acteurs majeurs, que ce soit les pays de destination, de transit, ou d’origine.

En particulier, l’Union européenne a récemment lancé un plan d’action visant à lutter contre le trafic d’espèces sauvages. Ce dernier vise à mettre un terme à ce commerce illicite au sein de l’Union européenne, mais également à intensifier le rôle de celle-ci dans les efforts internationaux de lutte contre ces activités illicites. Il comprend 32 mesures concrètes, qui s’articulent autour de trois axes principaux : (1) Prévenir le trafic et réduire l’offre et la demande de produits illicites issus d’espèces sauvages, (2) renforcer la mise en œuvre des règles existantes et lutter plus efficacement contre la criminalité organisée, et (3) renforcer la coopération entre les pays d'origine, de destination et de transit.

« Si l'évolution continue à ce rythme, un enfant né aujourd’hui verra disparaître les derniers éléphants et rhinocéros sauvages avant son 25ème anniversaire », a déclaré Karmenu Vella, commissaire européen chargé de l'environnement, des affaires maritimes et de la pêche, lors du lancement. Ainsi, ce nouveau plan d’action démontre la détermination européenne à « mettre fin à cette activité criminelle en conjuguant volonté politique et action sur le terrain », a-t-il insisté. 

L’année passée, la Chine a également montré des signes encourageants d’engagement dans la lutte contre le trafic d’espèces protégées. Les autorités chinoises ont annoncé, en mai 2015, qu’elles s’engageaient à sévir contre le commerce interne d’ivoire en Chine. L’annonce a été confirmée en septembre dernier, lorsque Barack Obama et Xi Jinping ont fait part de l’engagement de leurs deux pays à promulguer des « interdictions quasi complètes » des importations et des exportations d’ivoire (voir Passerelles, 5 octobre 2015).

De nombreuses organisations de protection de l’environnement avaient alors salué cet engagement conjoint des États-Unis et de la Chine. Les deux pays constituent d’importants marchés d’exportation pour l’ivoire et ses produits dérivés. De fait, l’augmentation de la demande chinoise, tirée à la hausse par l’accroissement de la classe moyenne, est considérée comme le principal facteur derrière la montée du trafic d’ivoire braconné des dernières années.

Lors d’une interview accordée à l’agence Xinhua lors de la journée mondiale pour la vie sauvage, Achim Steiner, le Directeur exécutif du PNUE, a souligné que la Chine représente un partenaire essentiel dans les efforts pour lutter contre les activités illégales qui menacent la faune et la flore africaines. « Nous saluons les efforts de la Chine pour lutter contre le trafic illégal d'ivoire avec de meilleurs mécanismes de surveillance et de dépistage aux côtés de la sensibilisation du public, bien que la demande chinoise et le commerce illicite continu des produits de la faune sauvage vers la Chine reste encore un défi », a-t-il déclaré.  

Enfin, l’année 2015 a également donné lieu à certaines évolutions politiques particulièrement prometteuses sur le continent africain. En particulier, suite à la Conférence internationale sur l'exploitation illégale et le commerce illicite des produits de la faune et de la flore sauvages d'Afrique, tenue du 27 au 30 avril à Brazzaville, une stratégie panafricaine a été développée sous l’égide de l’Union africaine pour lutter contre le braconnage et la contrebande d’espèces protégées (voir Passerelles, 6 mai 2015).

Pour prévenir, réduire, et à terme éliminer l’exploitation illégale et le trafic d’espèces sauvages protégées en Afrique, la stratégie s’axe autour de plusieurs objectifs spécifiques. Parmi ces derniers, on trouve l’augmentation de l’engagement politique, l’amélioration de la gouvernance et de la coopération régionale et inter-régionale, le renforcement des engagements avec les pays consommateurs, le renforcement des capacités au sein des pays d’origine et de transit, ou encore la promotion d’une approche participative par le développement économique et l’amélioration des moyens d’existence communautaires.


Rapport ICTSD.

19 Juin 2017
Dans le cadre de la Conférence des Nations unies sur les océans, qui s’est terminée le vendredi 9 juin, les représentants et responsables gouvernementaux ont adopté un « appel à l’action » qui vise à...
Share: 
20 Juin 2017
Nombre de femmes africaines ont trouvé dans le commerce informel transfrontalier un moyen d'échapper à des conditions de vie précaires. Quels sont les obstacles qu’elles doivent surmonter pour s'...
Share: