La nouvelle stratégie de développement économique du Royaume-Uni met l’accent sur le commerce et les pays les plus pauvres

9 Février 2017

Le commerce et l’investissement occuperont une place centrale, encore plus importante, dans la politique de développement du Royaume-Uni, selon la toute première « stratégie de développement économique » publiée la semaine dernière par le ministère britannique du développement international (Department for International Development - DFID). Ce document présente la manière dont le DFID entend travailler avec l’ensemble des autres ministères dans le cadre d’une approche intégrant commerce, investissement et politiques d’assistance en vue de stimuler le développement économique et de favoriser la réduction de la pauvreté.

« Cette première stratégie de développement économique du DFID précise la manière dont l’investissement dans le développement économique aidera les pays en développement à renforcer leur croissance économique, à développer leur commerce et à accélérer leur industrialisation pour parvenir à se sortir de la pauvreté », déclare un communiqué de presse publié conjointement par le DFID et sa secrétaire d’État au développement international, Priti Patel.

Si la priorité accordée par le DFID au développement économique n’est pas nouvelle, le document entend s’appuyer sur les efforts antérieurs en vue de « les regrouper pour construire quelque chose de plus exploitable et cohérent », indique Stefan Dercon, économiste en chef du DFID.

Dans le cadre de cette stratégie, qui se veut un « élément essentiel » de la nouvelle doctrine britannique de « Global Britain », le DFID s’engage à accorder une attention toute particulière aux pays les plus pauvres du monde, dont beaucoup se trouvent en Afrique. Alors que les tendances démographiques du continent africain annoncent l’arrivée de plusieurs centaines de millions de jeunes sur le marché du travail dans les prochaines décennies, le document souligne l’importance de renforcer la capacité des économies africaines à créer des emplois et à absorber ces nouveaux entrants.

L’été dernier, le vote des citoyens britanniques en faveur d’une sortie de l’UE avait amené de nombreux observateurs à s’interroger sur l’impact que ce « Brexit » pourrait avoir sur la politique du Royaume-Uni en matière d’aide, de développement économique et de commerce, notamment en ce qui concerne les pays africains. Alors que certains spécialistes faisaient ressortir les risques potentiels pour les partenaires africains, d’autres soulignaient que le référendum pourrait ouvrir un nouveau chapitre prometteur des relations entre le Royaume-Uni et le continent en matière de coopération pour le commerce et le développement (voir Passerelles26 juillet 2016).

« Avec l’augmentation spectaculaire de la population dans toute l’Afrique et l’Asie, les pays en développement doivent agir rapidement pour créer des emplois et des investissements. C’est la raison pour laquelle "Global Britain" entend lancer une approche plus ouverte et plus moderne du développement dans le cadre de notre développement économique pour aider les pays les plus pauvres à subvenir à leurs besoins », indique Mme Patel dans le communiqué de presse. 
 

Priorité au commerce

Le premier des onze messages clés de la stratégie réside dans un engagement à se concentrer sur le « commerce en tant que moteur de la réduction de la pauvreté ». En juillet 2016, à la suite de sa nomination au poste de secrétaire d’État au développement international, Priti Patel avait déjà explicité sa conception d’une politique de développement intégrant commerce et réduction de la pauvreté.

« Nous continuerons de nous attaquer aux grands défis de notre époque : la pauvreté, la maladie et les causes des migrations de masse, tout en aidant à créer des millions d’emplois dans tous les pays du monde en développement – nos partenaires commerciaux de demain », avait-elle déclaré.

Conformément à cette vision, la stratégie a pour objectif déclaré de renforcer la capacité des pays en développement à développer leurs échanges commerciaux avec leurs partenaires extérieurs, dont notamment le Royaume-Uni, et à s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales. À cet égard, le DFID considère que la sortie du Royaume-Uni de l’UE lui permettra d’adopter une approche plus globale, associant aide et politique commerciale, pour s’attaquer aux barrières limitant le commerce et la promotion de l’investissement.

« Au moment où la Grande-Bretagne redéfinit ses relations internationales, il est particulièrement opportun de redéfinir également nos relations avec les pays pauvres et de travailler avec eux sur la manière d’associer le commerce, les opportunités économiques et le développement en leur faveur », a indiqué Stefan Dercon dans sa présentation de la stratégie.

Pour ce faire, le DFID prévoit de travailler en étroite collaboration avec le Département du commerce international en vue de développer et de renforcer les relations commerciales et économiques du Royaume-Uni avec les pays en développement, en continuant notamment à ouvrir son marché et à offrir des opportunités d’exportation aux pays les plus pauvres qui « en ont le plus besoin ».

La stratégie cite par ailleurs explicitement l’Organisation mondiale du commerce, indiquant que le Royaume-Uni fera également pression au niveau multilatéral pour que les règles du commerce mondial répondent davantage aux besoins des pays en développement.

« En faisant entendre notre voix au sein de l’Organisation mondiale du commerce, nous défendrons des règles commerciales plus favorables et plus équitables pour les pays en développement et renforcerons notre approche de “l’aide pour le commerce” », indique le document.

Le travail du DFID en matière de commerce devrait en partie s’effectuer dans le cadre de son fonds de promotion du commerce et de l’investissement (Trade and Investment Advocacy Fund), qui soutient les efforts des pays en développement pour s’impliquer dans les accords commerciaux et d’investissement et en tirer le meilleur parti.

Si le DFID souligne que son approche du commerce sera axée sur la réduction de la pauvreté, considérée comme la tâche la plus urgente par Mme Patel, la stratégie indique clairement qu’elle servira également l’intérêt national de la Grande-Bretagne. L’approche du DFID permettra ainsi de développer de nouveaux partenaires commerciaux qui contribueront à la prospérité future du Royaume-Uni dans le cadre d’une coopération économique mutuellement avantageuse, tout en allégeant les pressions migratoires en offrant de meilleures opportunités d’emploi dans les pays en développement. 
 

Investissement privé et mécanismes de financement « novateurs »

Cette stratégie de développement économique se caractérisera par un rôle accru de la branche d’investissement privé du DFID, le CDC, qui sera « au cœur » de la nouvelle approche. En parallèle de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, la recapitalisation du CDC est considérée par certains observateurs comme un des grands changements influençant le travail futur du DFID.

La stratégie ne devrait toutefois pas affecter le montant total des ressources financières que le DFID consacre au développement économique, qui s’élèvent aujourd’hui à près de 1,8 milliards de livres par an.

D’après la stratégie, « le DFID utilisera de plus en plus les "capitaux de développement" pour créer des emplois, stimuler l’investissement du secteur privé et développer des marchés dans les environnements difficiles ».

« On observe à l’heure actuelle une grave pénurie d’investissements privés et publics dans les pays les plus pauvres, alors qu’il existe d’importantes opportunités. Le Royaume-Uni stimulera l’investissement au moyen de nouvelles approches de financement, et en aidant les pays à améliorer leur climat d’investissement », indique Priti Patel dans l’avant-propos du document.

La stratégie vise ainsi à accroître l’investissement en direction des économies en développement par le biais des marchés et des établissements financiers. À ce titre, le DFID précise qu’il travaillera avec la City de Londres pour que celle-ci devienne « un centre financier de premier plan pour le monde en développement », favorisant le développement économique et réduisant le besoin d’assistance des pays en développement.

Le document répertorie également les secteurs clés pour stimuler la croissance et la transformation structurelle des économies en développement, dont notamment l’énergie, les infrastructures, la planification urbaine, l’industrie, l’agriculture commerciale et les services financiers, qui seront au centre des efforts de développement du DFID.

Reportage ICTSD; « DFID releases its first economic development strategy », DEVEX, 31 janvier 2017.

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