Le Forum sur l’AGOA tire un bilan en demi-teinte

1 Septembre 2015

Du 25 au 27 août s’est déroulé, à Libreville, la capitale gabonaise, le 14ème Forum sur l’AGOA – pour African Growth and Opportunity Act, ou Loi sur la croissance et les opportunités en français. Considéré comme le pilier central des relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique sub-saharienne, l’AGOA permet l’accès en franchise de droits et sans contingents au marché états-unien à plus de 6000 produits. En juin, son renouvellement jusqu’à l’année 2025 avait été accueilli avec enthousiasme par beaucoup (voir Passerelles, 3 juillet 2015).

Le Forum AGOA de Libreville a réuni plus de 1000 délégués provenant des 39 pays éligibles au titre de l’AGOA et des États-Unis, dans l’optique de discuter des opportunités offertes par l’AGOA, d’examiner la nouvelle loi renouvelant l’AGOA pour 10 ans et de réfléchir à des pistes pour accroître les bénéfices que l’Afrique parvient à tirer de ce partenariat. Le Forum a également vu le déroulement d’une mini-foire commerciale, à l’occasion de laquelle de nombreux exposants ont pu présenter leurs produits en quête de soutien pour une commercialisation outre-Atlantique.
 

Un bilan mitigé

Au terme de l’évènement, le bilan tiré par les acteurs africains semble mitigé. S’il est vrai que l’intérêt, voire la nécessité, d’une loi telle que l’AGOA semblent généralement reconnus, nombreux sont ceux qui soulignent que le régime de préférences n’a pas complètement atteint les objectifs qu’il visait. De fait, les échanges entre l’Afrique et les États-Unis restent très limités, et fortement concentrés dans certains secteurs.

À l’heure actuelle, seul 1 pourcent des importations américaines proviennent des 39 pays africains bénéficiant de l’AGOA. Si l’on s’en tient aux données fournies par le Département états-unien du commerce, les exportations des pays AGOA vers les États-Unis auraient chuté de 72,4 milliards de dollars en 2011 à 25,6 milliards en 2014. Comme le secteur des hydrocarbures représente à lui seul la plupart des exportations africaines en vertu du régime AGOA, la forte diminution des importations américaines a engendré une dégringolade du total des échanges AGOA.  

« Tous les pays africains n'ont pas profité de l'AGOA », a insisté Barthélémy Ngoulakia, président du comité scientifique du forum de Libreville, à l’occasion d’une conférence de presse suivant la première réunion à huit clos. Pour cause, jusque-là, seule une poignée de pays est parvenue à tirer profit des opportunités offertes par l’AGOA. Il s’agit notamment du Nigeria, de l’Angola, du Tchad, du Congo et du Congo-Brazzaville, ou de l’Afrique du Sud, parmi lesquels on retrouve sans surprise les plus gros producteurs de pétrole de la région.

S’il est vrai, comme Barack Obama l’a souligné dans le message vidéo qu’il a adressé au Forum, que les exportations de produits non-pétroliers bénéficiant de l’AGOA ont triplé depuis l’entrée en vigueur de la loi, le pétrole continue toutefois de représenter une majorité écrasante des échanges profitant du système de préférences. D’autres secteurs parvenant également à tirer leur épingle du jeu, bien que de manière beaucoup plus mesurée, sont le textile, la sidérurgie ou encore les équipements de transport.

Pour expliquer ces performances en demi-teinte, nombreux sont ceux qui soulignent l’insuffisance des infrastructures africaines – physiques et institutionnelles – qui, dans leur état actuel, ne permettent pas de tirer le plein parti des opportunités offerts par l’AGOA. Un facteur explicatif régulièrement avancé réside aussi dans la faible compétitivité et le manque de capital humain qui caractérise nombre de pays africains. Un renforcement des capacités, notamment en vue de permettre aux acteurs économiques de se conformer plus facilement aux normes américaines et internationales, est donc nécessaire. À cet égard, plusieurs signaux émis lors du Forum AGOA de Libreville semblent indiquer que les États-Unis sont prêts à s’engager sur cette voie, en particulier pour soutenir les secteurs non-pétroliers.

Régis Immongault, le ministre gabonais de l’économie, de la promotion des investissements et de la prospective, a estimé dans une récente interview que les États-Unis pourrait également faire plus en termes d’ouverture de marchés. « On ne peut pas feindre d’ignorer la timidité avec laquelle les États-Unis ouvrent leur marché quand il s’agit d’autres secteurs non liés aux hydrocarbures », a-t-il déclaré.
 

De nouvelles dispositions peu appréciées

Le Forum a également permis aux représentants africains de se pencher sur la nouvelle version de l’AGOA. De ce côté, il semblerait que certaines des nouvelles dispositions figurant dans la nouvelle loi AGOA ne soit pas du goût de tous. « Par rapport à la nouvelle loi, il y a des changements fondamentaux qui sont intervenus, des changements non commerciaux qui concernent notamment les droits de l'Homme ou le travail des enfants », a déclaré Barthélémy Ngoulakia suite à la première réunion à huit clos.

« Aujourd'hui, le président américain peut décider d'exclure un pays parce qu'il n'a pas respecté les engagements pris par rapport à l'AGOA » a ajouté Ngoulakia, précisant que les Africains n'apprécient pas vraiment cette prérogative. En cas de volonté d’exclusion, les représentants africains ont suggéré que le délai accordé à l’État mis en cause soit prolongé à plusieurs mois, au lieu de 60 jours. « 60 jours, ce n'est vraiment pas évident pour se conformer à des remarques ou des injonctions », a insisté Ngoulakia. Malgré ces résistances, il faut noter que la nouvelle version de l’AGOA est sensiblement similaire à la précédente (voir Passerelles, 19 mai 2015).
 

Exploiter le potentiel de l’AGOA au maximum

Dans son message vidéo diffusé lors du Forum AGOA, Barack Obama est revenu sur les vertus de la loi AGOA. « L’AGOA crée des opportunités économiques pour des familles sur tout le continent et aide les entreprises africaines à améliorer leur compétitivité, tout en créant un environnement propice à l’essor des investissements du secteur privé », a-t-il insisté. Selon les États-Unis, l’AGOA a permis la création d’approximativement 300’000 emplois directs dans les pays éligibles.

Néanmoins, face à la performance mitigée des exportations bénéficiant de l’AGOA, Américains et Africains ont appelé, lors du Forum, à déployer des efforts supplémentaires afin que les opportunités offertes par le système de préférences soient davantage mises à profit et que tous les pays éligibles puissent en bénéficier. « L'instrument de coopération économique et commerciale mis à notre disposition par les États-Unis, l'AGOA, doit nous inciter à redoubler d'efforts dans l'appropriation de ses mécanismes de mise en œuvre, afin que le plus grand nombre de pays africains puissent en tirer profit », a déclaré le premier ministre gabonais Daniel Ona Ondo.

Le ministre gabonais du commerce et président du Forum AGOA, Gabriel Tchango, a quant à lui appelé les pays africain à développer des stratégies allant dans ce sens, tout indiquant que le Gabon compte bien saisir l’opportunité fournie par AGOA pour « s’ancrer davantage dans l’option de la diversification économique ». « Nous sommes dans une dynamique de réforme de notre économie et l’AGOA est un outil qui tombe au moment où les pays africains sont embarqués dans l’ère de la réforme. Cela est pour nous une occasion de nous approprier cette opportunité », a-t-il insisté.

Du côté américain, un message similaire a pu être entendu. « Nous devons nous assurer que le potentiel de l’AGOA soit pleinement exploité et que ses bénéfices soient pleinement utilisés. Ceci nécessitera un travail des deux côtés de l’équation », a affirmé Michael Froman, le représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, lors de la cérémonie d’ouverture du Forum AGOA de Libreville. « Nos partenaires africains devront concevoir des stratégies pour tirer le plein parti des préférences tarifaires de l’AGOA, et les États-Unis devront s’assurer qu’ils fournissent le renforcement de capacité lié au commerce et l’assistance qui sont nécessaire pour soutenir ces stratégies », a-t-il ajouté.
 

Dernier tour de piste pour l’AGOA?

Selon certains, l’extension de 10 ans de l’AGOA approuvée en juin dernier pourrait constituer le dernier tour de piste de ce système de préférence tel qu’on le connaît. En effet, certains signes laissent à penser que les États-Unis pourraient chercher à passer, dans un futur relativement proche, à un régime fondé sur davantage de réciprocité dans leurs relations économiques avec les pays d’Afrique subsaharienne. À l’heure où l’Union européenne a déjà amorcé ce tournant, avec la conclusion des accords de partenariat économique (APE), les États-Unis pourraient lui emboîter le pas.

Au mois de mai, un projet de loi intitulé « Africa Free Trade Initiative Act » avait été déposé devant le Sénat des États-Unis par les sénateurs Chris Coons  et Jim Inhofe (voir Passerelles, 23 mai 201). Ce dernier visait à charger le président américain d’établir un plan pour négocier et conclure des accords de libre-échange avec les pays d’Afrique sub-saharienne. Toutefois, il n’a pas reçu jusque-là le soutien escompté.

Lors du Forum AGOA, Michael Froman a certes salué le renouvellement de l’AGOA pour une période de 10 ans, mais il a également souligné : « Nous devons également commencer à penser à notre relation à long-terme en matière de commerce et d’investissement ». Dans un billet de blog récemment co-signé avec Dana Hyde, la directrice générale de la Millennium Challenge Corporation, Froman se fait encore plus explicite, en appelant à « regarder au-delà de 2015, et imaginer ce qu’une relation de partenariat économique plus mature impliquerait ».

Récemment interrogé à ce sujet, Peter Henry Barlerin, le directeur des affaires économiques et régionales au sein du bureau Afrique du département d'État américain avait fourni la réponse suivante : « C’est précisément le thème du forum qui se tient à Libreville. Agoa a 15 ans, nous voulons tracer la voie vers davantage de partenariats durables entre les États-Unis et l’Afrique dans le domaine des investissements et du commerce. Nous avons dix ans de plus pour aller vers une relation plus réciproque. C’est une bonne chose non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour l’Afrique subsaharienne ». 
 

Rapport ICTSD.
Sources : « A Libreville, les Africains dressent un bilan mitigé de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis », LE MONDE (Raoul Mbog), 27.08.2015 ; « AGOA : Des enjeux économiques encore sous-exploités par l’Afrique », GABONECO, 26.08.2015 ; « AGOA 2015 : la dynamique commerciale Afrique-USA relancée », LE POINT, 28.08.2015 ; « Les Africains pas entièrement satisfaits du nouvel accord sur l'AGOA (forum) », XINHUA, 25.08.2015.

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