Le Japon annonce un soutien financier de 30 milliards US$ pour l’Afrique

6 Septembre 2016

Les dirigeants et les délégations du Japon et de nombreux pays africains se sont réunis les 27 et 28 août derniers à Nairobi pour la sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (en anglais « Tokyo International Conference on African Development » - TICAD VI). Le premier ministre japonais Shinzo Abe ainsi que 34 chefs d’État et de gouvernement africains – dont notamment ceux de la Côte d’Ivoire, du Kenya, du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de l’Ouganda – était présents au sommet, qui a rassemblé plus de 11 000 participants.

Cette sixième édition de la TICAD, qui dans un geste symbolique était organisée pour la première fois en Afrique depuis sa création il y a plus de 20 ans, a vu près de 50 entreprises et organisations japonaises et africaines signer un total de 73 protocoles d'accord couvrant des secteurs aussi variés que les infrastructures, le commerce, l’investissement, l’énergie, les TCI, l’éducation, la santé ou les activités minières.

Lors de l’événement, le premier ministre japonais Shinzo Abe a également annoncé que son pays consacrerait 10 milliards US$ au développement des infrastructures du continent au cours des trois prochaines années. Une partie de cette somme sera allouée en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD).

M. Abe estime qu’avec les investissements du secteur privé, le soutien total du japon devrait atteindre 30 milliards US$ pour les trois prochaines années, qui viennent s’ajouter aux 32 milliards US$ déjà promis lors de la précédente TICAD de 2013.

« Les engagements annoncés par mon gouvernement il y a trois ans à Yokohama sont encore valables pendant deux ans et pourtant 67 pourcent d’entre eux sont déjà réalisés. Les nouveaux engagements pris aujourd’hui viennent renforcer et élargir ceux souscrits il y a trois ans », a déclaré M. Abe dans son allocution d’ouverture.

« Il s’agit d’un investissement qui a confiance dans l’avenir de l’Afrique, un investissement pour le développement commun du Japon et de l’Afrique », a-t-il poursuivi.

Lors de la séance de clôture, la conférence a adopté la Déclaration de Nairobi qui définit les grandes lignes de la coopération nippo-africaine pour les trois années à venir, ainsi que son plan de mise en œuvre. La déclaration se concentre sur les trois grands thèmes évoqués dans le cadre de la TICAD, à savoir la promotion d’une transformation économique structurelle par l’industrialisation et la diversification économique, la promotion de systèmes de santé résilients pour la qualité de la vie et la promotion de la stabilité sociale pour une prospérité partagée.

« La Déclaration de Nairobi couvre un large éventail de sujets, qui dans le cadre de sa mise en œuvre complète, soutiendront le développement de l’Afrique et contribueront à améliorer considérablement les conditions de vie de nos concitoyens », a déclaré le président kenyan Uhuru Kenyatta lors de l’événement, citant notamment des aspects tels que les infrastructures continentales, la production et la distribution d’énergies propres, la modernisation des systèmes de santé, l’amélioration de la sécurité alimentaire, le développement de l’accès à une eau propre et le progrès des techniques d’irrigation. 
 

Passer de l’aide au commerce

Depuis sa création en 1993, la TICAD est progressivement passée d’une approche exclusivement fondée sur l’aide publique au développement (APD) à une approche incorporant les liens économiques bilatéraux liés au commerce et à l’investissement. Comme le notent Elizabeth Sidiropoulos et Neuma Grobbelaar de l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) dans un récent article de blog, cette évolution s’est produite en réponse aux demandes des pays africains en ce sens.

« Autre signe de l’importance réduite de l’aide dans ces relations, le premier ministre Shinzo Abe a mis en place dans le cadre de son cabinet une Conférence sur la stratégie économique africaine, qui sert de mécanisme de coordination entre tous les ministères, et souligne ainsi que les relations avec l’Afrique ont une forte connotation économique et ne sont pas uniquement définies par le Ministère des affaires étrangères », écrivent les deux analystes du SAIIA.

Toutefois, comme certains commentaires l’ont montré pendant la conférence, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer les liens du commerce et de l’investissement entre le Japon et le continent africain. Selon le président ghanéen John Dramani Mahama, s’il est louable que le montant total des prêts de l’APB japonaise ait été multiplié par dix depuis 2000, l’aide ne permettra pas à elle seule de mener à bien les efforts de transformation économique de l’Afrique.

« Nous devons passer de l’aide au commerce. Le Japon n’a jamais abandonné l’Afrique et nous sommes sûrs qu’il se montrera à la hauteur du défi », a déclaré M. Mahama lors d’une séance plénière de haut niveau organisée dans le cadre de la TICAD.

Le président ghanéen a toutefois souligné que la réalisation de cet objectif ne devait pas incomber uniquement au Japon. Les pays africains doivent également s’efforcer de mettre en place le cadre politique, juridique et réglementaire nécessaire au développement du commerce et de l’investissement, afin de permettre au continent de tirer le meilleur parti de ses partenariats avec le Japon.

En ce qui concerne le Kenya, le président Kenyatta a souligné que le gouvernement a entrepris des efforts importants, en collaboration étroite avec ses partenaires régionaux, pour offrir aux acteurs économiques un environnement favorable aux entreprises et à l’investissement.

Certains des protocoles d’accords signés dans le cadre de la TICAD VI sont autant de pas en avant dans le développement du commerce et de l’investissement entre les économies japonaise et africaines. L'Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO) – l’agence gouvernementale du Japon chargée de la promotion du commerce international – a ainsi signé une série de protocoles d’accords avec les autorités de promotion de l’investissement de six pays d’Afrique, à savoir l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Mozambique, le Nigeria et l’Afrique du Sud.

Les autres accords liés au commerce et à l’investissement signés par la JETRO à l’occasion de la conférence comprennent un protocole d’accord avec l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) en vue de promouvoir un développement industriel inclusif et durable grâce au commerce et à l’investissement, un protocole d’accord avec la BAD et le Fonds africain de développement pour soutenir le développement des infrastructures au sein des États africains, ainsi qu’un protocole d’accord avec la Banque de développement de l’Afrique du Sud en vue de soutenir le développement des infrastructures en Afrique du Sud et en Afrique australe.

S’exprimant lors de la signature de ces accords, M. Kenyatta a incité les dirigeants des entreprises africaines et les autres parties prenantes à profiter pleinement de ces opportunités de partenariat avec le Japon en vue d’accélérer la transformation économique des pays africains et de développer leur secteur manufacturier.

« Nous vous encourageons à profiter de l’expérience précieuse du Japon et de son savoir-faire technique pour construire un secteur privé africain non seulement plus dynamique, mais également mieux intégré au marché mondial », a-t-il déclaré, soulignant l’importance cruciale de l’entrepreneuriat comme facteur de croissance économique, de transformation socio-économique, de création d’emplois et d’inclusion sociale.
 

Reportage ICTSD ; « 73 MOUs to Boost Trade Between Africa and Japan Signed at TICAD VI », Footprint to Africa, 31 août 2016 ; « Japan-Africa must be driven by trade, not aid », The Herald, 30 août 2016.

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