Les exportations africaines vers la Chine ont plongé de quasi 40 pourcent en 2015

20 Janvier 2016

Au cours de l’année 2015, les relations commerciales entre la Chine et l’Afrique se sont contractées de 18,3 pourcent, n’atteignant qu’environ 170 milliards US$, selon des informations communiquées par l’Administration générale des douanes chinoises et relayées par l’agence de presse Xinhua. Alors que les exportations chinoises en direction de l’Afrique se sont légèrement accrues, avec une hausse de 3.6 pourcent, les exportations africaines vers la Chine ont quant à elles connu une baisse considérable. En 2015, ces dernières se sont élevées à environ 67 milliards US$, ce qui représente une diminution de presque 40 pourcent par rapport à l’année précédente, a indiqué le porte-parole de l'administration Huang Songping lors d'une conférence de presse.
 

Préoccupations autour du ralentissement chinois

À la fin du mois d’août, suite à une dévaluation du yuan de 2 pourcent, une vague d’agitation avait secoué les marchés mondiaux, de nombreux analystes s’interrogeant sur la signification d’un tel évènement par rapport à l’ampleur potentielle du ralentissement économique chinois. En particulier, nombreux sont ceux qui avaient émis des inquiétudes concernant l’Afrique, dont la Chine constitue le premier partenaire commercial (voir Passerelles, 15 septembre 2015).

Avec l’affaiblissement marqué des exportations du continent africain vers la Chine en 2015, ces craintes semblent aujourd’hui se matérialiser. Et s’il est vrai que les échanges commerciaux chinois ont enregistré une baisse générale de 7 pourcent en 2015, la diminution du commerce avec l’Afrique est particulièrement forte. En cause, l’affaiblissement de la croissance économique chinoise, dont découlent une diminution de la demande chinoise de matières premières et un affaiblissement du prix de ces dernières sur les marchés mondiaux.

L'économie chinoise a connu une croissance de 6,9 pourcent en 2015, soit le taux le plus faible depuis un quart de siècle, selon les données publiées mardi par le Bureau d'État des statistiques. Certains observateurs soulignent également que la croissance chinoise devient de moins en moins dépendante de l’industrie lourde, ce qui vient encore diminuer la demande de matières premières du géant asiatique.

L’importation de ressources naturelles en provenance d’Afrique, telles que le pétrole ou le minerai de fer, a contribué à permettre l’essor de l’économie chinoise, la Chine devenant en 2009 le premier partenaire commercial du continent africain. Néanmoins, au-delà des importants revenus ainsi générés, une telle dépendance à l’exportation de matières premières en direction de la Chine comporte également des risques pour l’Afrique, qui semblent aujourd’hui se manifester. Dans un tel contexte, certains observateurs soulignent qu’il serait important pour le continent africain de diversifier ses exportations à destinations de l’empire du milieu (voir Rakotoarisoa et Fang, Passerelles,2015).

Côté chinois, on indique que l’on compte continuer à œuvre pour le développement de relations commerciales mutuellement bénéfiques avec l’Afrique. Le porte-parole de l’administration chinoise des douanes, Huang Songping, a affirmé que la Chine s’évertuera à créer un environnement favorable au commerce sino-africain et encouragera les entreprises chinoises à s'internationaliser.
 

L’investissement également en baisse sur la première moitié de l’année 2015

On a également assisté à une très forte contraction des investissements chinois en Afrique au cours du premier semestre de l’année 2015. Au vu des liens étroits, bien que complexes, qui existent entre le commerce et l’investissement, cette double tendance à la baisse ne constitue pas réellement une surprise. Le FMI estime d’ailleurs qu’une diminution d’un point de l’investissement chinois en Afrique entraîne en moyenne une baisse de 0,6 pourcent des exportations africaines, dont une part substantielle est orientée vers la Chine.

Selon des données publiées par le Financial Times en octobre, l’investissement chinois en Afrique aurait plongé de 84 pourcent sur la première moitié de l’année 2015, par rapport à la même période en 2014. Il est toutefois utile de préciser que l’investissement avait atteint en 2014 un niveau inégalé depuis 2008, et que la baisse du début de l’année 2015 constitue à peu de choses près un retour à la moyenne des années précédentes. D’autres données, communiquées cette fois par le ministère chinois du commerce en novembre, font quant à elles état – en utilisant une méthodologie différente – d’une diminution de 40 pourcent de l’investissement chinois en Afrique sur la même période.
 

Mise en œuvre du Plan d’action de Johannesburg

Dans un contexte marqué par le ralentissement des flux commerciaux et financiers entre la Chine et l’Afrique, la mise en œuvre du Plan d’action de Johannesburg pourrait contribuer à redynamiser les relations économiques entre le géant asiatique et ses partenaires africains. En décembre dernier, ce plan d’action avait été adopté lors du second sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA, en anglais FOCAC), au cours duquel la Chine avait annoncé plus de 60 milliards de soutien financier pour le continent africain.

L’agence de presse Xinhua indique que deux hauts responsables chinois chargés des affaires africaines se sont récemment rendus en Afrique, témoignant de la détermination de Pékin à mettre en œuvre au plus vite le plan d’action. Lin Songtian, directeur des affaires africaines au sein du ministère chinois des affaires étrangères et secrétaire général du Comité de suivi du FCSA, a effectué une brève tournée en Afrique dans l’optique d’inventorier les domaines d’intervention importants pour la mise en œuvre du plan d’action, en vue de concrétiser les acquis du sommet de Johannesburg.

Zhong Jianhua, envoyé spécial du gouvernement chinois en Afrique, s’est également rendu le 11 janvier à Dakar, au Sénégal, où il a pu rencontrer le président Macky Sall. La rencontre a permis aux deux hommes d’évoquer la mise en œuvre des dix grands plans de coopération annoncés par le président chinois Xi Jinping lors du sommet à Johannesburg.

La concrétisation des initiatives présentées lors du dernier sommet Chine-Afrique a d’ailleurs d’ores et déjà commencé, avec l’entrée en vigueur, au début du mois de janvier, du fonds de coopération Chine-Afrique sur la capacité industrielle. Ce dernier, qui fait partie intégrante du Plan d’action de Johannesburg, a été lancé avec un capital initial de 10 milliards US$. Il investira essentiellement dans des secteurs tels que l'industrie manufacturière, les nouvelles technologies, l'agriculture, l'énergie, la construction d'infrastructures et la finance, a indiqué la Banque populaire de Chine dans un communiqué.


Rapport ICTSD.

Sources : « Le volume de l'import-export sino-africain en baisse de 18,3% en 2015 », Xinhua, 14.01.2016 ; « Chine-Afrique : bien démarrer le plan d'action du sommet de Johannesburg sera la clé de sa réussite », Xinhua, 15.01.2016 ; « Le fonds de coopération Chine-Afrique sur la capacité industrielle entre en vigueur », Xinhua, 07.01.2016 ; « Chinese investment in Africa plunges 84% », Financial Times, 21.10.2015.

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