Les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique à l’ordre du jour du Forum de l’AGOA

30 Septembre 2016

Les ministres, responsables officiels du commerce et représentants de la société civile et des milieux d’affaires d’Afrique et des États-Unis se sont réunis du 22 au 26 septembre à Washington D.C. pour discuter de la mise en œuvre de l’African Growth and Opportunity Act – Loi sur la croissance et les opportunités – dans le cadre du 15ème Forum de l’AGOA. Organisé une fois par an, cet événement offre à l’ensemble des parties prenantes l’occasion d’échanger sur les voies possibles d’amélioration des liens commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique.

L’AGOA est un régime unilatéral de préférences initialement institué en 2000, qui forme depuis lors la pierre angulaire des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne. Il accorde aux pays africains bénéficiaires un accès en franchise de droits au marché américain sur près de 6 500 produits.

Ce régime de préférences a été reconduit l’an dernier pour une durée supplémentaire de dix ans, à la grande satisfaction de nombreux observateurs africains, bien que certaines dispositions de la nouvelle loi aient été critiquées par certains (voir Passerelles, 1er septembre 2015). La nouvelle version arrivera donc à échéance en 2025.

Le Forum de cette année avait pour thème « Maximiser le commerce et l’investissement États-Unis-Afrique ; l’AGOA et au-delà », offrant également aux participants l’occasion d’aborder la question sensible du nouveau format des relations commerciales et d’investissement entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne après 2025, lorsque la prolongation de l’AGOA arrivera à échéance.
 

Tirer pleinement profit de l’AGOA

Malgré les opportunités significatives offertes dans le cadre de l’AGOA, le commerce entre les États-Unis et les pays d’Afrique subsaharienne n'a pas progressé comme on pouvait l’espérer ces dernières années. Après avoir culminé à 100 milliards US$ en 2008, il a été durement touché en 2009 par les répercussions de la crise financière mondiale. Les années suivantes ont vu une reprise encourageante, mais les échanges commerciaux ont recommencé à baisser en 2011, en raison principalement de la contraction des importations américaines de pétrole. À fin 2015, les échanges entre les États-Unis et les pays de l’AGOA affichaient leur quatrième année de baisse consécutive, atteignant un nouveau plancher à 36 milliards US$ pour 2015 (voir Passerelles, 18 février 2016).
 


Dans une récente interview sur RFI, le Secrétaire général de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Carlos Lopes, a résumé la situation de manière très directe. « Nous pouvons classifier l’AGOA est une expression de bonne volonté politique de la part des États-Unis à l’égard de l’Afrique, mais on ne pas dire que le bilan est très positif », a déclaré M. Lopes.

L’aspect positif est que les exportations non pétrolières des pays d’Afrique subsaharienne vers les États-Unis ont augmenté depuis la mise en place de l’AGOA, l’habillement et les équipements de transport figurant parmi les secteurs les plus prometteurs. En ce qui concerne l’habillement, de nombreux observateurs ont salué le fait que la nouvelle version de l’AGOA reconduit également la disposition dite « third country fabric » – une règle spéciale qui permet aux exportations de vêtements africains vers les États-Unis de bénéficier de l’AGOA même lorsque le tissu utilisé pour leur fabrication est importé de pays ne relevant pas de l’AGOA.

Conscients des résultats mitigés de l’AGOA, plusieurs participants au 15ème Forum de l’AGOA ont souligné la nécessité pour les États-Unis et les pays africains de faire en sorte que ces derniers tirent davantage bénéfice des préférences offertes par ce régime de préférences.

« Nous devons prendre des mesures efficaces pour surmonter les obstacles qui limitent notre capacité à exploiter l’accès à l’énorme marché offert par l’AGOA », a déclaré Amina Mohamed, la Secrétaire d’État kenyane aux affaires étrangères, dans son allocution d’ouverture du forum.

Michael Froman, le représentant américain au commerce, a également reconnu que « l’AGOA n’avait pas encore atteint tout son potentiel », soulignant que les pays bénéficiaires « ne profitaient que d’une fraction des presque 6 500 lignes tarifaires admissibles », avec seulement une poignée de pays utilisant les dispositions du régime relatives à l’habillement.

« Nous devons trouver des moyens de changer cela. Bien qu’en valeur absolue, l’Afrique subsaharienne exporte plus aujourd’hui vers les États-Unis qu’elle ne le faisait en 2000, la part de l’Afrique dans les importations étatsuniennes n’est encore que d’un pourcent », a indiqué M. Froman à son auditoire.

Pour améliorer la situation et développer les échanges entre les États-Unis et l’Afrique dans le cadre de l’AGOA, les observateurs ont souvent insisté ces dernières années sur la nécessité de renforcer les capacités africaines du côté de l’offre, ce qui passe par un soutien international approprié.

La nouvelle version de l’AGOA, comme la précédente, incite les pays africains admissibles à mettre en place des stratégies biennales en vue d’accroître leur niveau d’utilisation du régime de préférences. Selon M. Froman, les centres de commerce et d’investissement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) tout comme le travail effectué par la Banque africaine de développement pourraient soutenir ces stratégies.

« À cet égard, notre objectif pour les prochaines années doit être de mettre en œuvre des stratégies nationales de réponse ainsi qu’un renforcement supplémentaire des capacités pour garantir une utilisation optimale de l’AGOA », a déclaré Mme Mohamed.

D’après Carlos Lopes, une option à envisager consisterait pour les pays africains à créer des synergies entre l’engagement économique de la Chine sur le continent et les opportunités d’exportation offertes par le régime de l’AGOA (voir également Ancharaz dans Passerelles, 23 septembre 2016).

« Si les africains jouent bien leur jeu, ils peuvent profiter du fait que les chinois veulent délocaliser une partie de leur production à cause des coûts de main d’œuvre, et sont en même temps disponibles pour financer l’installation d’une certaine capacité, notamment dans le domaine du textile, et en même temps profiter de l’AGOA comme destination finale d’une partie de leur production », a-t-il précisé.
 

Au-delà de l’AGOA

Les discussions sur le format futur des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique après l’expiration de l’AGOA en 2025 se sont appuyées sur un récent rapport intitulé Beyond AGOA: Looking to the Future of U.S.-Africa Trade and Investment – Au-delà de l’AGOA : l’avenir du commerce et de l’investissement entre les États-Unis et l’Afrique – publié par le représentant américain au commerce et dévoilé par le président américain Barack Obama lors de l’US-Africa Business Forum, en marge de la dernière assemblée générale des Nations Unies.

Comme indiqué dans un communiqué de presse émis par le Bureau du représentant américain au commerce, le rapport « présente les grandes tendances du système commercial mondial par rapport auxquelles il convient de considérer l’engagement entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne, examine les bases fondamentales d’une nouvelle architecture du commerce entre les États-Unis et l’Afrique et évalue certaines options stratégiques et structurelles pour avancer ».

Le document examine les avantages et les inconvénients potentiels des différentes approches pouvant être utilisées après 2025 pour structurer – ou restructurer – les relations commerciales et d’investissement entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne, comprenant par exemple des accords commerciaux « traditionnels » avec les États-Unis, d’autres accords réciproques (tels que les Accords de partenariat économique, ou APE), des accords de collaboration ou des préférences unilatérales.

Le rapport met également l’accent sur six grands principes devant guider la future architecture politique : (1) soutenir l’intégration économique régionale de l’Afrique, (2) rechercher une plus grande réciprocité, (3) encourager la production africaine à valeur ajoutée et promouvoir la diversification des exportations, (4) intégrer les réformes africaines à un large éventail de domaines politiques, (5) promouvoir l’intégration de l’Afrique au système commercial mondial et (6) tenir compte des différences de niveau en matière de préparation et de capacité au sein de la région.

Dans ses remarques lors du Forum de l’AGOA, le représentant américain au commerce Michael Froman s’est fait l’écho de ces principes, tout en soulignant qu’il était de l’intérêt tant des États-Unis que de l’Afrique subsaharienne de permettre à leur engagement économique d’évoluer en fonction des nouvelles réalités. « Il est de notre intérêt commun de trouver des manières d’adapter notre cadre de travail en matière de commerce et d’investissement à notre époque », a-t-il indiqué.

Il a notamment souligné qu’avec la prolifération des accords commerciaux préférentiels régionaux et bilatéraux à l’échelle de la planète, les avantages que les pays africains peuvent tirer des régimes de préférences douanières iront sans aucun doute en s’amoindrissant – un processus souvent appelé « l’érosion des préférences ».

« Le fait que devons amener ce partenariat à un niveau supérieur, plus stable et plus prévisible, n’est pas la question. La question sera toujours quelle formule utiliser et comment rendre ces relations équitables », a rappelé Mme Mohamed.

M. Froman a précisé à cet égard que les États-Unis « avaient délibérément choisi de ne pas recommander une voie particulière », indiquant que le rapport Beyond AGOA n’était que « le début d’une conversation vitale ».
 

Reportage ICTSD

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