L'investissement a reculé en 2014, mais pas en Afrique

8 Juillet 2015

La Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) a lancé, mercredi 24 juin, son Rapport sur l’investissement dans le monde 2015. Au niveau global, le rapport fait état d’un net recul des investissements directs à l’étranger (IDE). Durant l’année 2014, les flux d’IDE ont diminué de 16 pourcent, tombant à 1 200 milliards de dollars EU.

Ce déclin de l’IDE en 2014 est attribuable, selon la CNUCED à « la fragilité de l’économie mondiale, à l’incertitude des investisseurs en matière de politiques, ainsi qu’aux risques géopolitiques élevés ». Par ailleurs, dans certains cas, de nouveaux investissements ont également été contrebalancés par certains désinvestissements, notamment aux États-Unis.

Malgré la contraction des IDE en 2014, la CNUCED prévoit un rebond de l’investissement pour les années à venir. Selon ses prévisions, les investissements devraient atteindre 1400 milliards de dollars  en 2015, 1500 milliards en 2016 et 1700 milliards en 2017.
 

Derrière la moyenne, de grandes disparités

Cette chute moyenne de 16 pourcent de l’IDE cache néanmoins des réalités bien différentes. En particulier, il est intéressant de noter qu’alors que les investissements vers les pays développés ont reculé de 28 pourcent, les flux d’IDE vers les pays en développement n’ont jamais été aussi importants. Ces derniers se sont élevés à 681 milliards de dollars en 2014, ce qui constitue un accroissement de 2 pourcent par rapport à l’année précédente.

Du point de vue de la distribution géographique également, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Les États-Unis affichent une baisse impressionnante de 51 pourcent, tandis que la diminution des investissements vers l’Europe est somme toute plus mesurée, avec 11 pourcent. L’Amérique latine et les Caraïbes enregistrent des baisses respectives de 16 pourcent et 14 pourcent, l’Afrique reste sensiblement au même niveau que durant l’année 2013, et l’Asie bat des records historiques, avec une augmentation de 9 pourcent – et même de 16 pourcent pour l’Asie du Sud. Au classement des pays, c’est la Chine qui se taille la part du lion, avec 129 milliards de dollars, devenant ainsi le pays recevant le plus d’IDE au monde.

En ce qui concerne les flux d’investissement sortants, les pays en développement atteignent également des niveaux records – leur part dans les flux d’IDE globaux étant passée de 13 pourcent en 2007 à 35 pourcent en 2014. En 2014, les entreprises multinationales des pays du Sud ont investi 468 milliards de dollars à l’étranger, ce qui équivaut à hausse de 23 pourcent par rapport à 2013. Là encore, l’Asie se distingue, cette fois en tant que région du monde qui investit le plus.
 

L’investissement en Afrique reste stable

Les flux d’investissements directs à l’étranger (IDE) en Afrique sont restés stables durant l’année 2014, atteignant 54 milliards de dollars, comme en 2013. En conséquence de cette stabilité et du déclin global des investissements, la part du continent africain dans le total des IDE s’est légèrement accrue, passant de 3.7 pourcent en 2013 à 4.4 pourcent en 2014.

Au-delà de ces tendances générales, il est impératif de noter que des disparités importantes existent entre les différentes régions africaines. En Afrique du Nord, les IDE sont en recul de 15 pourcent, même si certains pays, comme le Maroc ou l’Egypte, tirent leur épingle du jeu. Les investissements en Afrique subsaharienne sont, quant à eux, en progrès de 5 pourcent, boostés par un accroissement de 33 pourcent en Afrique centrale – grâce aux deux Congo et leurs projets miniers – et de 11 pourcent en Afrique de l’Est – tirés par les projets gaziers en Tanzanie et au Mozambique. En revanche, les IDE vers l’Afrique australe et l’Afrique de l’Ouest sont en recul, de 2 et 10 pourcent respectivement.

En Afrique de l’Ouest, la contraction des IDE est explicable, selon la CNUCED, par les conséquences de la crise Ebola, par certains conflits régionaux et par la chute du prix des matières premières. Dans les pays affectés par l’épidémie d’Ebola, plusieurs entreprises ont soit cessé leur activité, soit interrompu leur expansion. Le Nigéria, qui tente de réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole et de se diversifier, a vu ses flux d’IDE se réduire de 16 pourcent. Il reste néanmoins parmi les cinq pays du continent recevant le plus d’investissements, avec un montant de 4.7 milliards de dollars en 2014.

Il est intéressant de noter que l’année passée, en Afrique, les entreprises multinationales des pays développés ont plutôt désinvesti, et ont été remplacées par des entreprises venues de certains pays émergents, comme la Chine et l’Inde. Par ailleurs, une bonne nouvelle réside dans le fait que l’Afrique se finance de plus en plus elle-même. Les investissements d’origine africaine constituent 76 pourcent des IDE en Afrique.

Enfin, concernant la composition des IDE en Afrique, non plus en termes de plus flux mais en termes de stocks, c’est le secteur des services qui s’accapare la plus grosse part, et de loin. Avec plus de 48 pourcent des capitaux, les services devancent largement l’industrie (31 pourcent) et le secteur primaire (21 pourcent). En particulier, ce sont les domaines de la finance, mais également des transports, du stockage et des communications qui concentrent le plus d’IDE. Le rapport de la CNUCED souligne l’importance de ces investissements dans les services pour le développement économique, notamment grâce à une meilleure inclusion dans les chaînes de valeurs.
 

Réformer le régime des accords internationaux d’investissements

Le Rapport sur l’investissement dans le monde 2015 appelle également à une réforme de la gouvernance internationale des investissements. Selon la CNUCED, il est nécessaire de conférer plus de cohérence au régime des accords internationaux d’investissement, qui constitue actuellement un réseau morcelé de plus de 3300 accords. « Les arguments parlent clairement en faveur d’une réforme », a déclaré Mukhisa Kituyi, le Secrétaire général de la CNUCED, à l’occasion du lancement du rapport.

Le rapport souligne que la fragmentation du régime en une multiplicité d’accords peut entraver, parfois substantiellement, la capacité des pays contractant à mettre en place des réglementations et politiques adéquates en vue d’atteindre leurs objectifs de politiques publiques et de développement. « Nous nous retrouvons actuellement face à un patchwork général d’accords, qui a des conséquences non intentionnelles, et parfois considérables, pour le droit des pays développés, comme des pays en développement, à réguler », a affirmé Kituyi. Par ailleurs, la CNUCED s’inquiète également du manque de légitimité croissant du régime de règlement des différends mis en place par ces différents accords, appelant également à une réforme de ce côté-là.

Le rapport souligne de quelles manières les pays pourraient utiliser les accords internationaux d’investissement comme des outils de promotion et de facilitation des investissements, tout en maximisant les impacts positifs de ces derniers. Il identifie certaines responsabilités à confier aux investisseurs, comme contrepartie à la protection dont ils bénéficient en vertu des accords.

Au vu du nombre considérable d’accords d’investissement, la CNUCED estime qu’une telle réforme ne pourra se faire que de concert. « Seule une approche commune pourra fournir un régime des accords internationaux d’investissement au sein duquel la stabilité, la clarté et la prédictibilité œuvrent en faveur des objectifs de toutes les parties prenantes ». Dans cette optique, et afin de prévenir une fragmentation accrue, l’institution onusienne conclut qu’il serait judicieux d’octroyer au processus de réforme une assise multilatérale.

Rapport ICTSD; « UNCTAD Report proposes ways to reform international investment agreement system », CNUCED ; « New UN report finds drop in global foreign direct investment in 2014 », UN NEWS CENTRE ; « La Cnuced voit l’investissement rebondir en 2015 », LE MONDE.

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