Malgré une reprise globale, les investissements vers l’Afrique baissent nettement en 2015

29 Janvier 2016

Les flux d’investissement direct à l’étranger (IDE) en direction de l’Afrique ont connu un net recul au cours de l’année 2015, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). C’est ce qu’indiquent les données publiées par l’institution onusienne dans le dernier numéro de son Global Investment Trends Monitor, un rapport périodique rendant compte des évolutions de l’investissement au niveau mondial. La version consolidée de ces statistiques devrait être publiées dans le courant de l’année dans le Rapport sur l’investissement dans le monde 2016 de la CNUCED.

À l’échelle globale, l’investissement s’est plutôt bien porté au cours de l’année écoulée, les flux d’IDE atteignant une valeur totale estimée de 1 699 milliards de dollars, le plus haut niveau atteint depuis la crise économique et financière de 2008-2009. Mais derrière cette augmentation de 36.5 pourcent par rapport à l’année précédente, se trouve un facteur principal, à savoir la hausse de l’IDE en direction des économies développées (+ 90 pourcent), en particulier de l’Amérique du Nord (+ 193 pourcent) et de l’Union européenne (+ 68 pourcent).

Pour le continent africain, la situation s’est en revanche détériorée en 2015, avec une baisse générale de 31.4 pourcent des flux d’investissement provenant de l’étranger, qui sont passés de 55 milliards US$ en 2014 à 38 milliards US$ l’année passée. Selon la CNUCED, la principale cause de cette contraction réside dans la fin du « super-cycle » des matières premières, qui a fait reculer les investissements visant le secteur des ressources naturelles. 

En termes régionaux, alors que l’IDE a connu une tendance à la hausse en Afrique du Nord, la moyenne continentale est tirée à la baisse par l’Afrique subsaharienne. L’Afrique centrale et l’Afrique de Sud connaissent les plus nets reculs, avec un effondrement de 74 pourcent de l’IDE pour l’Afrique du Sud, un chiffre impressionnant. Le document indique également que les flux d’investissement vers le Nigéria ont diminué de 27 pourcent en raison de la forte baisse du prix du pétrole.

La situation contraste fortement avec l’année 2014, au cours de laquelle la situation avait été totalement inverse. Alors qu’au niveau mondial, on avait assisté à une baisse significative des flux d’investissement, l’IDE était resté relativement stable en Afrique. L’Afrique du Nord avait connu un certain recul, qui avait été compensé par une légère hausse en Afrique subsaharienne (voir Passerelles, 8 juillet 2015).
 

Une hausse globale sans réel impact

D’aucuns pourraient se réjouir de la reprise des flux d’investissement à l’échelle du globe. Dans son Rapport sur l’investissement dans le monde 2015, la CNUCED tablait effectivement sur un redressement de l’IDE pour 2015, mais pas de l’ampleur de celui observé. Alors que des investissements d’une valeur totale de 1400 milliards US$ était anticipés, la réalité a finalement dépassé les attentes de presque 300 milliards de dollars. Néanmoins, au vu de la nature de cette croissance – et non simplement de son ampleur –, tout enthousiasme débordant se doit d’être immédiatement tempéré, selon l’institution onusienne.

En effet, la hausse globale de l’IDE en 2015 n’est pas le fruit de nouveaux projets d’investissement dans des actifs productifs, mais résulte plutôt d’une multiplication des fusions et acquisitions transfrontalières, ainsi que des reconfigurations d’entreprises n’impliquant pas de mouvements significatifs en termes de ressources réelles. Ainsi, alors que les fusions et acquisitions transnationales ont connu un accroissement de 61.4 pourcent, grimpant de 399 milliards US$ en 2014 à 644 milliards US$ en 2015, la valeur des nouveaux projets d’investissement n’a même pas augmenté de 1 pourcent. Pour la CNUCED, « la reprise de l’IDE est plus forte qu’attendue, mais elle manque d’impact productif ».

En Afrique également, les fusions et acquisitions ont largement augmenté (+ 304 pourcent) au cours de l’année écoulée, mais par rapport à un total de seulement 5 milliards US$ en 2014. Les flux d’investissement dans de nouveaux projets ont quant à eux fortement baissé, passant de 88 milliards US$ au cours de l’année 2014 à 71 milliards US$ en 2015.
 

Des perspectives maussades pour 2016

À moins que l’on assiste à une nouvelle vague de reconfigurations d’entreprises et de fusions et acquisitions, l’IDE devrait à nouveau connaître un recul en 2016, souligne la CNUCED. L’organisation attribue cette prévision à la fragilité de l’économie mondiale, à la volatilité des marchés financiers, à la faiblesse de la demande globale, ainsi qu’au ralentissement marqué de certaines économies émergentes. De surcroît, des risques géopolitiques accrus et des tensions régionales pourraient amplifier ces défis encore davantage. Dans un contexte marqué par la faiblesse des flux d’investissement ciblant de nouveaux projets, le redressement de l’IDE pourrait s’avérer particulièrement fragile.

Néanmoins, la CNUCED indique également qu’une éventuelle amélioration des conditions macroéconomiques, dans le cas d’une reprise modeste dans certaines économies émergentes, pourrait également renforcer la confiance des investisseurs et les inciter à investir davantage. Une dévaluation monétaire au sein de certaines économies émergentes pourrait également stimuler l’investissement, souligne le document.


Rapport ICTSD. 

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