Pendant sa première semaine au pouvoir, Trump esquisse les contours de sa politique commerciale

26 Janvier 2017

La première semaine de Donald J. Trump à la présidence des États-Unis a donné lieu à des mesures exécutives et des projets de réunion sur le commerce, qui fournissent les premières indications de l’orientation possible du programme de la Maison-Blanche en matière de commerce et d’autres priorités politiques.

Trump a prêté serment le vendredi 20 janvier, prononçant un discours d'investiture bref, mais enflammé, qui appelle à une politique consacrée à « l’Amérique d’abord » et affirme que les États-Unis d’aujourd’hui souffrent d’un « carnage américain » qu’il attribue à un soi-disant déclin économique prolongé, à une déférence excessive envers les intérêts et besoins étrangers et à une criminalité accrue dans le pays.

« Nous avons enrichi d’autres pays tandis que notre richesse, notre force et la confiance de notre pays disparaissaient à l’horizon. L’une après l’autre, nos usines ont fermé et ont quitté nos rives, sans même une pensée pour les millions et millions de travailleurs américains laissés pour compte », a-t-il déclaré, le reste de son discours développant des thèmes similaires.
 

PTP : retrait des États-Unis

Parmi les premières mesures de son mandat, Trump a signé le lundi 24 janvier un « mémorandum présidentiel » qui donne instruction au Représentant américain au commerce « de retirer les États-Unis des signataires du Partenariat trans-pacifique (PTP), de retirer définitivement les États-Unis des négociations du PTP et d’engager, chaque fois que possible, des négociations commerciales bilatérales pour promouvoir l’industrie américaine, protéger les travailleurs américains et augmenter les salaires américains. »

« Mon administration a pour politique de représenter le peuple américain et son bien-être financier dans toutes les négociations, et plus particulièrement le travailleur américain, et de créer des accords commerciaux équitables et économiquement avantageux qui servent leurs intérêts », précise le mémorandum.

Trump avait fait du du PTP l’une de ces principales cibles pendant la campagne électorale de l’an dernier, le qualifiant à multiples reprises de « catastrophe potentielle » pour les États-Unis. Cet accord réunissant 12 pays avait été l’une des grandes priorités de l’Administration Obama, à la fois pour faire avancer les règles du commerce et pour renforcer les liens avec la région Asie-Pacifique.

Depuis que les négociations avaient été finalisées et l’accord signé, il y a un an exactement à la date de son annulation par Trump, le PTP avait suscité de vives controverses parmi les responsables politiques et l’opinion publique, notamment dans le cadre de la campagne électorale. La nature et le ton des débats avaient fini par susciter des doutes dans certains cercles quant à la possibilité que la version actuelle de l’accord puisse finalement être ratifiée à Washington (voir Passerelles, 13 septembre 2016).

Trump avait déjà annoncé en novembre son projet de formaliser un retrait du PTP, alors même que certains signataires poursuivaient leur processus de ratification interne. Avant le mémorandum présidentiel de cette semaine, les responsables officiels australiens faisaient partie de ceux qui suggéraient que les États-Unis avaient peut-être simplement besoin d’un délai supplémentaire pour se réconcilier avec le PTP.

Selon les termes de l’accord, tout signataire qui souhaite se retirer doit en informer le « dépositaire » de l’accord, qui est la Nouvelle-Zélande. Il doit également aviser les autres membres du PTP. En vertu des « dispositions finales » figurant dans le chapitre 30 du PTP, la notification du retrait déclenche un délai de six mois avant la sortie effective de l’accord prenne effet, bien que les membres du partenariat puissent choisir de respecter un calendrier différent.

Les autres signataires du PTP sont l’Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. À la suite du mémorandum présidentiel, certains ont indiqué qu’ils entendaient trouver un moyen d’avancer, même sans les États-Unis.

« Nous avons eu des discussions préliminaires sur la manière dont nous pourrions conserver les gains [de l’accord d’origine] dans le cadre d’un nouveau PTP reformulé, juste sans les États-Unis », a déclaré le ministre australien du commerce, Steven Ciobo, dans un entretien avec CNN.

Le président mexicain Enrique Peña Nieto a indiqué à CNN que son pays prévoyait de discuter avec les autres pays « pour mettre en place de nouveaux accords commerciaux bilatéraux avec les autres pays du partenariat ». En parallèle, un porte-parole du ministre du commerce et de l’industrie de Singapour a indiqué que puisque le PTP ne pouvait entrer en vigueur sous sa forme actuelle sans les États-Unis, la ville-État asiatique prévoyait de continuer à participer à d’autres initiatives d’intégration régionale.

Le Chili, pour sa part, a lui aussi manifesté son souhait d’aller de l’avant même sans les États-Unis, le ministre des affaires étrangères Heraldo Muñoz confirmant cette semaine son projet d’inviter en mars ses collègues du PTP à un sommet sur les prochaines étapes. Les représentants officiels de deux pays ne faisant pas partie du PTP (la Chine et la Corée du Sud) seraient également invités, d’après des commentaires rapportés par Reuters.
 

Réunions sur NAFTA et projets de renégociation

Les prochains jours devraient également voir l’annonce de la renégociation prévue de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui lie depuis plus de vingt ans les États-Unis, le Canada et le Mexique, et qui a lui aussi donné lieu à de vives critiques de la part de Trump à l’approche des élections de novembre 2016.

Les dirigeants du Canada comme du Mexique ont manifesté un intérêt de principe pour une modernisation de cet accord commercial tripartite et des réunions sur ce thème sont déjà prévues. Trump devrait rencontrer le président mexicain Enrique Peña Nieto le 31 janvier.

Les relations américano-mexicaines ont été un thème récurrent de la campagne de Trump, l’homme d’affaires exprimant à maintes reprises la nécessité d’endiguer l’immigration illégale. La question de l’immigration et du maintien de liens bilatéraux constructifs pourrait être abordée la semaine prochaine entre les deux présidents, surtout après la signature par Trump d’un nouvel ordre exécutif cette semaine concernant la construction d’un « mur frontalier » entre les deux pays d’Amérique du Nord – une autre promesse de sa campagne.

Le nouveau président américain devrait également rencontrer prochainement le premier ministre canadien Justin Trudeau, bien qu’une date officielle n’ait pas encore été annoncée à la date de publication.
 

Relations américano-britanniques

Trump rencontrera également la première ministre britannique Theresa May le vendredi 27 janvier 2017 pour un entretien qui devrait notamment porter sur la possibilité d’un accord commercial bilatéral entre les États-Unis et le Royaume-Uni une fois que ce dernier aura finalisé la négociation de son « Brexit » avec l’Union européenne.

Malgré ce centre d’intérêt commun, les deux dirigeants ont exprimé des opinions divergentes sur les mérites de l’intégration avec l’UE. Alors que May a clairement indiqué que son pays avait tout intérêt à ce que l’UE reste solide et unie, Trump a récemment qualifié le bloc européen de « véhicule » pour l’Allemagne et indiqué que les autres États membres pourraient suivre l’exemple du Royaume-Uni pour en sortir.

Le nouveau président américain n’a fourni aucune indication publique quant à la suite qu’il comptait donner aux négociations sur le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI), une initiative entre les États-Unis et l’Europe lancée elle aussi sous l’administration Obama. Les responsables officiels européens ont toutefois indiqué qu’ils s’attendaient à ce que les pourparlers restent en suspens pendant un certain temps.

S’exprimant le 24 janvier devant un auditoire à Bruxelles, la commissaire européenne au commerce Cecilia Mamlström a réitéré ses récentes déclarations selon lesquelles les pourparlers entre l’UE et les États-Unis allaient probablement « rester bien au frais pendant un certain temps ». Elle a toutefois minimisé les éventuelles répercussions négatives de cette situation sur le programme commercial plus large de l’UE.

« Même si les États-Unis sont notre partenaire le plus important, et un partenaire nécessaire, le monde ne se limite pas à un seul pays. Avec ou sans Trump, nous avons une longue liste d’autres pays prêts à négocier avec l’UE, avec près d’une vingtaine de nouveaux accords commerciaux en voie d’élaboration », a déclaré la responsable du commerce de l’UE.
 

Des débuts controversés et autres mesures

En plus des mesures évoquées plus haut concernant le commerce, Trump a également pris une série de mesures exécutives sur différents aspects de la politique américaine.

Dans les premiers jours du mandat de Trump, le site Web de la Maison-Blanche a fait l’objet d’une mise à jour avec la suppression des pages consacrées aux changements climatiques en faveur d’une page détaillant une politique intitulée « America First Energy ». Le site Web du Représentant américain au commerce (USTR), ainsi que ceux d’autres agences, ont fait l’objet de changements similaires. Trump a également émis des mémorandums présidentiels visant à relancer les travaux de construction des pipelines Keystone XL et Dakota Access.

La construction de ces deux projets avait été bloquée par Obama pour des raisons environnementales. La décision sur le pipeline Keystone XL avait également fait l’objet d’un différend investisseur-État dans le cadre de l’ALENA, engagé l’an dernier par la société pétrolière TransCanada à l’origine du projet. La question de savoir si ce différend se poursuivra dans le contexte actuel reste sans réponse à l’heure actuelle. Bien que Trump ait déclaré que l’avancement du projet Keystone XL devrait passer par une renégociation des conditions et insisté pour que le projet utilise des tuyaux fabriqués aux États-Unis, sa décision a malgré tout été saluée par Trudeau qui y voit un potentiel de création d’emplois (voir Bridges Weekly, 12 novembre 2015 et 14 janvier 2016).

 

Reportage ICTSD ; « TPP unravels: Where the 11 other countries go from here », CNN, 24 janvier 2017 ; « Mexico braces for confrontation with Trump team », FINANCIAL TIMES, 24 janvier 2017 ; « Trump Team in Talks with U.K. on Post-Brexit Trade Deal », BLOOMBERG, 22 janvier 2017 ; « Chile eyes new deals with Pacific trade pact members: minister », REUTERS, 23 janvier 2017 ; « Trump and Trudeau look forward to meeting soon after Saturday phone chat », CBC NEWS, 21 janvier 2017; « Trudeau welcomes Trump’s Keystone XL decision », CBC NEWS, 24 janvier 2017.

Cet article est initialement paru dans Bridges Weekly, le 26 janvier 2017.

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