Accès à l’énergie en Afrique : l’importance des mini-réseaux

30 Avril 2018

L’amélioration de l’accès à l’énergie en Afrique est une étape indispensable pour la transformation économique et le développement durable. Comment exploiter le potentiel des mini-réseaux pour relever ce défi ?


L’accélération du développement économique constitue une condition sine qua non de l’élimination de la pauvreté en Afrique. Elle passe par une allocation plus équitable des ressources pour libérer les capacités productives des citoyens, ce qui implique de disposer de ressources de soutien telles que l’accès à l’énergie, de meilleurs services de santé et une éducation de base. Il est notamment indispensable d’améliorer l’accès à l’énergie des populations africaines pour que le continent puisse réaliser l’ambitieux Programme de développement durable à l’horizon 2030 adopté fin 2015 par les Nations unies. Même si l’Objectif de développement durable (ODD) 7 concerne explicitement la nécessité de « garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable », il est largement reconnu que cet accès à l’énergie jouera également un rôle déterminant dans la réalisation des autres ODD, et notamment de ceux qui concernent la réduction de la pauvreté, une croissance durable et inclusive, une infrastructure résiliente et une industrialisation durable, l’accès aux soins de santé et l’élimination de la faim. L’accès à l’énergie est l’un des facteurs clés du développement économique. Il contribue à la mécanisation nécessaire à la réduction des inefficacités, qui représentent l’un des principaux freins à la croissance et à la transformation structurelle sur l’ensemble du continent africain.

Le niveau d’accès à l’énergie en Afrique est nettement inférieur à la moyenne mondiale, avec moins de 10 pourcent de la population disposant d’un accès à l’électricité dans des pays comme le Burundi, le Tchad ou le Malawi. S’appuyant sur des données issues de 36 pays africains, une étude d’Afrobarometer montre qu’en 2014-2015, quatre africains sur dix n’étaient pas connectés à un réseau électrique, soulignant également que la fiabilité de ces réseaux est souvent très mauvaise pour leurs utilisateurs.[1] De son côté, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) indiquait en 2017 que 590 millions d’habitants du continent africain restaient privés d’accès à l’électricité, à savoir environ 57 pourcent de la population. L’Afrique subsaharienne dispose d’importantes ressources énergétiques, notamment solaires et éoliennes, mais le niveau de l’offre énergétique reste très faible. Bien que le continent ait tout ce qu’il faut pour produire l’énergie nécessaire à ce que sa population y ait universellement accès, ces ressources ne sont pas exploitées. Le principal facteur expliquant cette insuffisance de l’offre, et donc de l’accès, est le coût élevé des infrastructures. Pour les gouvernements, soit il ne constitue pas une priorité, soit ils n’ont pas les moyens nécessaires pour y remédier.
 

Développer les mini-réseaux grâce à une participation accrue du secteur privé

Cette situation soulève la question de savoir quelles sont les solutions pour améliorer l’accès à l’énergie en Afrique. La réponse se trouve en grande partie dans le modèle économique de l’approvisionnement en énergie. Le continent reste figé dans un modèle de services publics, dans lequel les services contrôlés par les pouvoirs publics règnent sur le continent. Cette absence de modèle économique adapté, ainsi que le besoin de régimes réglementaires autorisant une participation accrue du secteur privé à l’offre d’énergie, sont les deux principales barrières à surmonter pour élargir l’accès à l’énergie en Afrique. La mise en place de réformes adaptées permettrait un niveau de développement économique sans précédent, comme l’ont montré d’autres régions dans lesquelles l’accès à l’énergie est devenu un moteur du développement économique et du commerce.

La plupart des gouvernements africains ont essayé d’améliorer l’accès à l’énergie en se concentrant sur l’expansion des réseaux nationaux, une stratégie qui peut s’avérer particulièrement coûteuse dans le contexte démographique de l’Afrique, avec une attention insuffisante portée aux mini-réseaux – qui peuvent se définir comme « l’interconnexion de sources de production modulaires de petite taille aux systèmes de distribution de courant alternatif basse tension ».[2] Ces mini-réseaux représentent pourtant une option prometteuse pour élargir l’accès à l’électricité sur l’ensemble du continent tout en exploitant également l’énorme potentiel des énergies renouvelables. L’AIE indique que pour réaliser l’ODD 7 et offrir l’accès à une énergie durable pour tous en Afrique, 40 pourcent des nouvelles connexions nécessaires devront provenir de mini-réseaux. Mais pour que ceux-ci se développent, il est nécessaire que le secteur public autorise une participation accrue du secteur privé, au moyen principalement d’un environnement plus incitatif – que ce soit par le biais de réglementations ou de mécanismes de financements.

Beaucoup de pays africains ont un cadre réglementaire peu propice au développement de mini-réseaux. La plupart d’entre eux conservent, par exemple, des régimes tarifaires uniformes, dans lesquels le gouvernement contrôle le prix de l’électricité, au lieu de laisser les forces du marché le fixer librement en fonction de l’offre et de la demande. Cela a pour effet de rallonger le délai de retour sur investissement des projets, et peut donc réduire de manière significative leur attrait pour le secteur privé. De plus, les procédures d’octroi de licence pour les mini-réseaux sont souvent mal définies, les services publics ayant souvent des licences nationales, ce qui exclut les mini-réseaux non exploités par les pouvoirs publics.

Pour développer des modèles économiques adaptés aux mini-réseaux, il est nécessaire de réfléchir à l’usage qui sera fait de l’électricité et d’examiner comment les communautés desservies en bénéficieront. Par le passé, les gouvernements se sont concentrés sur l’approvisionnement en électricité destiné à l’éclairage, ce qui s’est traduit par d’énormes investissements pour connecter le « dernier kilomètre », comme en témoigne l’exemple du Kenya. Le problème est que cette approche ne contribue pas réellement à stimuler la productivité des citoyens, ou tout au moins, pas autant que ne le ferait une approche davantage fondée sur une réflexion globale. Il est donc indispensable que dans leur examen des mini-réseaux, les gouvernements accordent une attention particulière à l’usage productif de l’énergie électrique. L’accès à l’énergie doit avoir un impact transformateur et conduire à l’essor économique, à des gains de productivité et au développement du commerce. C’est ainsi que l’on parviendra à une augmentation du revenu disponible. Pour les développeurs de mini-réseaux du secteur privé, cet aspect est également important pour garantir que les clients aient les moyens de payer l’électricité fournie.
 

L’accompagnement des partenaires de développement

Même s’il est reconnu que les mini-réseaux constitueront l’une des solutions pour parvenir à un accès universel à l’électricité en Afrique, il reste nécessaire d’intensifier les efforts visant à encourager leur développement sur l’ensemble du continent. Il n’y a pas eu grand chose de fait jusqu’à présent dans ce sens. Alors que le secteur privé restait sur ses gardes, des partenaires de développement se sont aventurés dans le secteur, accordant des subventions aux gouvernements pour soutenir le développement de modèles commerciaux, la formation technique et l’apport d’une expertise technique en vue d’améliorer l’accès à l’énergie en Afrique. L’arrivée de partenaires de développement dans le secteur africain de l’énergie a ouvert le continent au commerce dans ce domaine. Bon nombre de ces partenaires offrent des financements mixtes, qui servent de catalyseur au secteur et le préparent ainsi aux financements commerciaux. Un client du Centre pour l’innovation climatique du Kenya (KCIC) a ainsi reçu un financement du Fonds des énergies durables pour l’Afrique (SEFA), un fonds multi-donateurs administré par la Banque africaine de développement, à hauteur de presque 1 million US$ pour soutenir la préparation d’un projet hydro-électrique de 7,8 mégawatts au Kenya. Cela constitue un exemple de la manière dont les partenaires de développement encouragent une participation accrue du secteur privé dans les mini-réseaux. PowerGen est un autre client du KCIC qui a bénéficié de subventions de départ de la part de KCIC pour valider son concept, et plusieurs partenaires de développement et investisseurs privés envisagent maintenant d’investir dans la société. L’action combinée de partenaires de développement et d’investisseurs est susceptible de jouer un rôle déterminant pour assurer la viabilité des projets de mini-réseaux d’électricité propre, et aider ainsi les pays africains à réaliser leur « contribution prévue déterminée au niveau national » dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, en plus des ODD.

L’accès universel à l’énergie en Afrique ne pourra se réaliser que dans le cadre de partenariats entre les pouvoirs publics, le secteur privé et les partenaires de développement. Cela implique de développer des modèles économiques qui permettent d’accélérer la croissance du secteur, de mettre en place un environnement favorable par le biais de politiques et de réglementations adaptées, et enfin, d’accéder à des financement novateurs provenant de la communauté du développement et d’investisseurs privés.

 

Auteur : Edward Mungai, directeur général du Centre pour l’innovation climatique du Kenya


[1] Abel Oyuke, Peter Halley Penar et Brian Howard, « Off-Grid or ‘Off-On’: Lack of Access, Unreliable Electricity Supply Still Plague Majority of Africans », Dispatch No. 75, AFRO-Barometer, 14 mars 2016

[2] Définition utilisée par les experts travaillant dans le cadre de la Tâche 11 du Programme photovoltaïque (PVPS) de l’AIE.

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