Comment le Cadre intégré renforcé aide-t-il les PMA à exploiter leur potentiel commercial ?

15 Novembre 2017

La faiblesse des capacités institutionnelles et productives constitue le principal obstacle à la participation des pays les moins avancés au commerce international. Comment le Cadre intégré renforcé les aide-t-il, notamment en Afrique, dans leurs efforts pour surmonter ces barrières et tirer meilleur parti du commerce ?


Le Cadre intégré renforcé (CIR) est le seul programme global ayant vocation à aider les pays les moins avancés (PMA) à utiliser le commerce comme moteur de la croissance, du développement durable et de la réduction de la pauvreté. Il exerce sa mission en partenariat avec les pays bailleurs de fonds, les organisations internationales et les gouvernements des PMA. Il apporte en premier lieu une aide institutionnelle aux PMA en vue de renforcer leurs capacités commerciales et de mettre en place la structure institutionnelle politique, réglementaire et stratégique qui sous-tend le programme de développement du commerce de chaque pays. Il apporte ensuite son soutien à la mise en œuvre des projets jugés prioritaires pour surmonter, dans les secteurs productifs qui jouissent d’un potentiel commercial, les défis qui pèsent sur la participation des PMA, et pour développer leur place dans le commerce international. L’appropriation nationale est au cœur de l’action du CIR, qui laisse le soin aux PMA de définir leurs besoins, d’établir leur ordre de priorité et de mettre en œuvre les interventions jugées importantes dans le domaine du commerce. Le CIR soutient 51 pays, dont les 33 PMA africains.
 

Renforcer les capacités commerciales des PMA

En matière institutionnelle, rien qu’en 2016, 11 000 fonctionnaires et 5 000 représentants du secteur privé provenant de 40 PMA ont été formés dans des domaines liés au commerce, tels que la facilitation des échanges, les chaînes de valeur mondiales, les normes et la qualité, le développement des entreprises, la fiscalité, l’élaboration des politiques commerciales, la mise en œuvre des réformes du commerce, la rationalisation des flux commerciaux ou l’intégration des questions de genre dans le domaine du commerce. En moyenne, 30 pourcent des participants étaient des femmes. Les connaissances ainsi acquises facilitent une participation inclusive aux programmes nationaux de développement du commerce des PMA.

L’aide pour le commerce en faveur des PMA est plus efficace lorsque les acteurs clés du secteur public et du secteur privé collaborent sur le programme national de développement du commerce. Le CIR a aidé 33 pays à mettre en place des mécanismes de coordination en matière de commerce, qui permettent aux partenaires de développement d’entretenir le dialogue sur les questions commerciales, de suivre les activités liées au commerce et de s’assurer que les initiatives soient complémentaires pour éviter toute duplication des efforts. Ces mécanismes comprennent un dialogue de haut-niveau entre les gouvernements et le secteur privé sur les questions de politique commerciale, des consultations entre gouvernements et bailleurs de fonds sur les interventions dans le secteur du commerce et des groupes de travail couvrant l’ensemble du secteur du commerce.

En matière de politiques publiques, certaines politiques inadéquates, ou dépassées, font peser d’importantes contraintes sur la capacité commerciale des PMA. Face à cela, dans le cadre de son soutien institutionnel, le CIR a aidé 35 pays (dont trois récemment sortis des PMA) à faire du commerce un élément clé de leurs plans nationaux de développement. Vingt-et-un pays ont ainsi formulé des politiques commerciales modernisées, qui couvrent les priorités commerciales relatives au commerce des biens, mais aussi des services, au niveau régional comme au niveau international.

Pour que le commerce fasse partie intégrante des programmes nationaux de développement, le CIR a aidé 32 PMA à faire le lien entre leurs stratégies sectorielles et leurs politiques commerciales, en intégrant le commerce à la stratégie sectorielle dans au moins trois secteurs productifs, pouvant inclure l’agriculture, le tourisme, l’énergie, l’industrie, les technologies de l’information et de la communication ou les transports, ou des domaines transversaux, tels que l’environnement, les infrastructures physiques, le commerce électronique, l’égalité entre les sexes ou les micro-, petites et moyennes entreprises (MPME). Le CIR veille également à ce que le processus d’élaboration des politiques et stratégies commerciales prenne en compte le point de vue des parties concernées et soit inclusif sur le plan du genre, tout en mettant l’accent sur le soutien aux populations les plus pauvres.

Touchant de près aux politiques commerciales et aux stratégies sectorielles, une étude analytique intitulée Diagnostic Trade Integration Study (DTIS : Étude de diagnostic de l’intégration commerciale) a été récemment réalisée dans 31 pays avec le soutien du CIR. Cette étude factuelle permet aux pays d’analyser leurs perspectives macro-économiques, leur potentiel de réformes réglementaires et économiques, le commerce des services, la facilitation des échanges et la compétitivité. Cette DTIS constitue un outil indispensable pour les PMA qui souhaitent mieux intégrer le commerce à leurs plans nationaux de développement et à leurs stratégies dans les différents secteurs productifs. Elle est également cruciale pour identifier des projets bancables s’inscrivant dans le cadre des priorités visées par les bailleurs de fonds, les partenaires de développement et/ou l’investissement direct à l’étranger.

Le CIR joue également un rôle de catalyseur pour ces projets. À ce jour, il a ainsi soutenu 40 projets dans 29 pays. Ces projets répondent à des priorités sectorielles ou transversales offrant un potentiel en matière de développement, afin d’encourager l’émancipation économique des populations, notamment défavorisées, et leur permettre de bénéficier de la croissance économique grâce la création d’emplois et de revenus à la fois plus élevés et plus pérennes.  

Une grande majorité de ces projets se concentrent sur l’amélioration de la productivité à l’export et le développement d’entreprises tournées vers l’exportation, en visant notamment les MPME. Les 189 MPME qui ont bénéficié du soutien du CIR ont créé des emplois dans des secteurs à forte intensité de main d’œuvre, tels que l’industrie agro-alimentaire, les services du secteur du tourisme ou l’industrie du textile et de la confection, qui se caractérisent tous les trois par un niveau élevé de participation féminine.

Pour ne citer que quelques exemples, trois transformateurs de noix de cajou gambiens ont adopté de nouvelles technologies d’emballage qui leur permettent désormais de commercialiser leurs produits auprès des hôtels et supermarchés locaux. Une amélioration dans la production horticole au Lesotho a permis de générer un revenu mensuel moyen de 80 US$ pour des agriculteurs qui gagnaient précédemment très peu. Au Burkina Faso, 1 020 nouveaux emplois ont été créés en 2016 dans 17 nouveaux sites de transformation de la mangue, qui ont permis d’augmenter les exportations. Entre 2014, année de lancement du projet, et 2016, les exportations de mangues séchées sont ainsi passées de 3,9 à 10,2 millions US$, soit une croissance de 160 pourcent. En Zambie, 6 580 apiculteurs (dont 30 pourcent de femmes) ont été formés à de meilleures techniques d’apiculture, qui ont permis une amélioration de plus de 60 pourcent de la qualité du miel.
 

Un environnement difficile

Le CIR travaille avec des pays présentant des situations extrêmement difficiles. Les PMA se caractérisent non seulement par une pauvreté généralisée et une forte dépendance à l’égard de l’aide au développement, mais certains sont également géographiquement isolés et vulnérables, comme c’est le cas de petits États insulaires en développement tels que les Comores.            

En plus de ces contraintes matérielles, les gouvernements nationaux sont confrontés à des difficultés supplémentaires telles que les catastrophes naturelles (comme les récents glissements de terrain au Sierra Leone), les épidémies (Ebola en Afrique de l’Ouest) ou les troubles politiques (Burkina Faso, République centrafricaine, Somalie ou Sud-Soudan). Certains de ces événements détruisent les infrastructures et détournent les ressources humaines et financières d’autres secteurs tels que le commerce. Ils peuvent également affecter l’implication et le processus d’appropriation de la part des gouvernements à l’égard des programmes du CIR, ce qui se traduit parfois par des perturbations de longue durée.

Les pays bénéficiaires ont tous des caractéristiques particulières qui sont prises en compte dans la définition des programmes, notamment en termes de capacités humaines et institutionnelles, de rapidité d’exécution, d’implication des gouvernements, de dialogue avec les bailleurs de fonds et le secteur privé, de capacité à mobiliser des ressources, etc. Cela signifie que le CIR doit examiner l’incidence de ces différentes caractéristiques pour adapter le programme général aux besoins de chaque pays. Il doit également veiller à son obligation de gérer de manière efficace et productive les ressources des bailleurs de fonds et de rendre compte à l’ensemble du partenariat. La gestion des risques, dont notamment le risque fiduciaire, fait partie intégrante des processus du CIR visant à aider les pays les plus pauvres du monde à développer leurs activités commerciales.
 

Perspectives d’avenir

Pas de PMA laissé sur la touche

Le travail du CIR est aligné sur les Objectifs de développement durable (ODD) et a pour principe de ne laisser aucun PMA sur la touche. L’ODD 17 appelle à revitaliser le partenariat mondial pour le développement durable, tandis que la cible 17.11 de cet ODD appelle à doubler d’ici 2020 la part des exportations des PMA. En sa qualité de partenariat entre PMA, bailleurs de fonds et organisations internationales associées, peu d’organisations incarnent mieux l’esprit de l’ODD 17 que le CIR. Il est le mieux placé pour rassembler toutes les parties concernées et coordonner leurs efforts en vue d’aider les PMA à doubler leur part dans les exportations mondiales. Les ODD mentionnent d’ailleurs spécifiquement l’importance du CIR pour la réalisation de la cible 8.a des ODD, qui appelle à accroître l’aide pour le commerce, dans le cadre notamment du CIR.

Mettre l’accent sur le genre et l’environnement dans la définition des programmes

Le développement du commerce est source de croissance et de nouvelles opportunités, mais il affecte différemment les hommes et les femmes. Le CIR continuera de soutenir les politiques commerciales et de développement appropriées en vue de promouvoir une approche inclusive en termes de genre dans la définition et la mise en œuvre des programmes liés au commerce, en favorisant notamment la participation des femmes au sein des différents secteurs productifs qui se développent grâce au commerce. Le CIR continuera également de promouvoir une croissance respectueuse de l’environnement, avec des cadres réglementaires qui s’efforcent de le protéger.

Mettre les ressources au service de la croissance du secteur privé

Le CIR utilise l’aide au développement pour faire avancer les réformes économiques et stimuler le commerce, dans le but que cet accroissement du commerce entraîne à son tour de nouvelles opportunités d’investissement et de commerce. Sachant que les investissements du CIR jouent un rôle de catalyseur, le programme est en train d’élargir sa base de bailleurs de fonds pour y associer des organisations philanthropiques et promouvoir la coopération Sud-Sud ou triangulaire. En retour, les PMA bénéficient de cette évolution des mécanismes du CIR pour mobiliser l’expertise et les financements nécessaires à leur programme de développement du commerce dans le cadre de différentes formes de financements mixtes, associant gouvernement et secteur privé, gouvernement et donateurs bilatéraux, gouvernement et CIR, CIR et donateurs bilatéraux, CIR et organisations internationales ou CIR et ressources du secteur privé.

Nouvelles questions

À la lumière des évolutions récentes du commerce mondial et des prévisions quant aux futures discussions internationales dans ce domaine, le CIR est en train d’élargir ses domaines d’intervention pour y inclure de nouveaux aspects qui auront une incidence sur le développement du commerce des PMA, comme par exemple l’intégration régionale, le commerce électronique, la connectivité ou les chaînes de valeur mondiales.

Limitation des ressources

Confrontés à de nombreuses contraintes dans leurs efforts pour accroître leur productivité et participer pleinement au commerce international, les PMA ont besoin d’un soutien spécifique et ciblé, aussi bien technique que financier, de la part de leurs partenaires de développement nationaux et étrangers. Ce soutien est crucial pour améliorer la compétitivité des PMA, qui dépendent fortement des matières premières. Les niveaux actuels de soutien financier au CIR ne sont pas suffisants pour lui permettre de s’acquitter pleinement de son mandat tel que stipulé dans l’ODD 8.a. Il s’ouvre donc aux ressources provenant de donateurs non traditionnels en plus de ses bailleurs de fonds traditionnels.
 

Conclusion

Les contraintes institutionnelles et le manque de ressources continuent de peser sur la capacité des PMA à accroître leur part dans le commerce international. Mais même confrontés à ces défis à la fois nationaux et globaux, les PMA font preuve d’une résilience remarquable, qui justifie la poursuite du dialogue et du soutien apporté par le CIR pour les aider à mettre le commerce au service de la réduction de la pauvreté et d’une croissance économique plus forte et plus inclusive. En sa qualité de cadre général de coordination de la distribution de l’aide pour le commerce aux PMA, le CIR continuera de les aider à surmonter ces contraintes, de surveiller les risques et de mettre en place des mesures d’atténuation. L’aide aux PMA est plus efficace lorsque les pays concernés parviennent à pleinement s’approprier les programmes de développement du commerce et que les principales parties concernées du secteur public et du secteur privé travaillent de concert. C’est cette approche de partenariat, maintenant consacrée par les ODD, qui a permis au CIR de parvenir à l’impact souhaité sur le terrain.
 

Auteurs : Ratnakar Adhikari, Directeur exécutif, secrétariat exécutif du CIR. James Edwin, Coordinateur suivi et évaluation, secrétariat exécutif du CIR.

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