En Afrique centrale, l’intégration régionale peine à se concrétiser

23 Mars 2016

Malgré les efforts déployés pour promouvoir l’intégration régionale en Afrique centrale, le processus peine à produire des résultats concrets. C’est là le constat peu réjouissant tiré par les États membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), réunis la semaine passée à l’occasion de la 8ème journée de la CEMAC.

Créée en 1994, la CEMAC constitue un bloc régional qui regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République de Centrafrique et le Tchad. Elle a été instituée dans l’optique de « donner une impulsion nouvelle et décisive au processus d’intégration en Afrique Centrale par une harmonisation accrue des politiques et des législations de leurs Etats ».

Organisée autour du thème « Les ressources naturelles, enjeux et défis », la 8ème journée de la CEMAC a permis de revenir sur une palette de questions variées, en particulier en lien avec la gestion des ressources naturelles, la transparence, la bonne gouvernance ou encore la diversification des activités économiques au sein de la région. L’intégration régionale s’est toutefois également imposée comme l’une des thèmes majeurs de l’évènement.
 

Une intégration à la peine

Selon le président de la CEMAC, Pierre Moussa, très peu de progrès ont été effectué, depuis la création de l’organisation, pour améliorer la vie quotidienne des habitants de la région. Les États d’Afrique centrale ont travaillé à renforcer l’intégration régionale depuis leur indépendance dans les années 1960, mais ne sont toujours pas capables de garantir la libre circulation des biens et des personnes au sein de l’espace communautaire, a-t-il souligné.

Les dirigeants de la CEMAC avaient pourtant pris la décision, au début du mois de mai 2015, de mettre en œuvre la libre circulation des personne au sein de la communauté d’États. Cette mesure, prise à l’occasion de la 12ème session ordinaire des chefs d’État de la CEMAC, aurait dû permettre aux ressortissants des États membres de circuler sans visa à l’intérieur du territoire communautaire.

Sur le terrain pourtant, la réalité est pour l’instant bien différente. La région n’est pas encore devenue la zone sans-visa que la décision laissait présager. Dans les faits, seuls le Tchad et le Cameroun permettent à leurs ressortissants de voyager entre les deux pays sans visa, et ce en raison d’un accord bilatéral.

S’exprimant à ce sujet lors de la 8ème journée de la CEMAC, l’ambassadeur de la Guinée équatoriale, Marcos Ndong Edu Nchama, a indiqué : « Juridiquement parlant, la libre-circulation n’est pas encore possible. Le problème est que la commission doit faire son travail, tout en sensibilisant les États à remplir leurs conditions, c’est-à-dire à harmoniser les droits internes. Il s’agit là d’un problème technique ».

Malgré quelques acquis modestes, comme l’accord obtenu sur une réduction des droits de douane pouvant aller jusqu’à 70 pourcent sur certains produits de base, comme le sucre ou d’autres produits agricoles, de nombreuses initiatives visant à renforcer l’intégration communautaire au sein de la CEMAC connaissent le même sort que la libre circulation des personne et restent au stade de projet. C’est notamment le cas des plans visant l’établissement d’une compagnie aérienne régionale, la construction de routes reliant les capitales régionales ou encore la création d’une place boursière régionale.
 

Quels sont les obstacles ?

Selon Pierre Moussa, cette absence de véritable progrès en matière d’intégration est en partie responsable du fait que les pays de la région demeurent parmi les moins développés d’Afrique. De fait, ce sont 30 pourcent des habitants de la région qui souffrent de la faim, et 70 pourcent qui vivent avec moins de 1 US$ par jour.

Pour le président de la CEMAC, les États membres sont largement responsables de cet échec de l’intégration économique au sein de la communauté. Principalement préoccupés par leurs propres intérêts, ils croient également fermement que chaque État peut se développer de manière autonome, ce qui constitue le principal obstacle à l’intégration selon Pierre Moussa.

Toutefois, Moussa reconnaît également que la situation sécuritaire est un élément qui empêche les états de la région de se focaliser pleinement sur le défi du développement économique. Comme nombre d’observateurs le soulignent, le conflit en Centrafrique et les répercussions régionales de l’insurrection menée par le groupe Boko Haram ont affecté négativement les économies de la région et les efforts d’intégration. Ces défis absorbent également des ressources qui devraient être affectées au développement en temps normal.

De plus, un autre facteur vient encore compliquer la donne. Les pays de la CEMAC sont aussi membres d’un groupement régional plus large, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Cette dernière partage de nombreux objectifs avec la CEMAC et comprend également l’Angola, le Burundi et Sao Tome et Principe. Selon l’analyste gabonais Emmanuel Bimbo, ce chevauchement crée une mauvaise allocation et une duplication des ressources.

« L’impact de ce chevauchement de régimes est négatif car depuis qu’ils travaillent sur le même programme, ils gaspillent des ressources et du temps. La région ne connaît pas d’avancées aussi importantes que les autres sous-régions du continent. Ils doivent mettre en pratique ce que les chefs d’État ont décidé. L’objectif de l’Union africain est de converger vers une communauté économique sur le continent d’ici 2028 », a déclaré Emmanuel Bimbo.

Rapport ICTSD.
Sources : « Regional Integration Stalled in Central Africa », Voice of Amercia, 18 mars 2016 ; « Intégration: Libre-circulation, encore une idée… », Gabon Review, 16 mars 2016.

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