Impliquer les femmes dans la diffusion des énergies renouvelables en Afrique

30 Avril 2018

En Afrique, beaucoup d’habitants des zones rurales sont encore privés d’accès à l’électricité. En réponse à ce défi, Solar Sister soutient l’entrepreneuriat féminin et la création d’entreprises dans le secteur des énergies renouvelables, qui permettent de diffuser les technologies solaires dans les communautés rurales.
 

La petite communauté d’Odeh est située sur les rives du fleuve Niger dans le sud-est du Nigéria. À l’exception d’un chef de village, qui possède un petit générateur pour alimenter une ampoule à la lumière tremblotante, personne n’a l’électricité. L’endroit le plus proche pour charger un téléphone portable se trouve à 15 minutes de bateau en remontant le fleuve et le réseau électrique le plus proche est à une heure de trajet.

De l’autre côté du continent africain, dans le nord de la Tanzanie, la communauté de Ranch couvre une vaste étendue plate, parsemée d’acacias épineux, qui abrite des familles d’éleveurs Masaï. Sans être très éloignée du réseau national, qui couvre la ville de Longido à quelques kilomètres de route, cette communauté n’a aucun accès à l’électricité.

Ce ne sont là que deux exemples de communautés dites du « dernier kilomètre », généralement à faibles revenus, isolées et ayant peu de chance d’accéder avant longtemps au réseau électrique, qui motivent le travail de Solar Sister. Dans des milliers de communautés comme celles-ci, le modèle d’entrepreneuriat dirigé par les femmes que Solar Sister encourage dans le domaine des énergies propres permet de mettre l’énergie solaire au service des familles, des entreprises locales, des églises, des écoles et des dispensaires.


Électrifier l’Afrique

Le défi de l’accès à l’électricité est considérable, mais il offre également la possibilité de générer un changement transformateur pour le continent africain. Rien qu’au Nigéria, on compte plus de 20 millions de foyers dépourvus de tout accès à l’électricité. Néanmoins, les énergies renouvelables, avec en tête de file l’énergie solaire, représentent un facteur de changement positif de plus en plus important au sein du secteur de l’énergie en Afrique. Avec la baisse des prix et l’augmentation de la qualité des technologies solaires destinées à l’éclairage portatif, à la connectivité mobile et à des systèmes plus importants, beaucoup ont compris l’importance de couvrir un marché qui a cruellement besoin de ces produits. De nombreuses entreprises solaires couvrant tout l’éventail des entreprises à but lucratif (d.light, Greenlight Planet, Mobisol, Off-Grid Electric, M-KOPA, Fenix International, PEGAfrica) et des organisations sociales hybrides ou à but non lucratif (Barefoot, Energy4Impact, ENVenture, Practical Action, SolarAid, Solar Sister) se sont attaquées à ce défi, s’appuyant sur des modèles économiques et des systèmes de paiement, de financement et de distribution novateurs pour diffuser des solutions utilisant l’énergie solaire au sein des communautés africaines mal desservies.
 

Le modèle Solar Sister

L’approche de Solar Sister vise à ne laisser personne sur la touche dans la course vers l’énergie renouvelable en Afrique. Elle reconnaît également l’importance d’investir dans les compétences et l’esprit d’initiative des femmes de chaque communauté. Le modèle Solar Sister leur offre l’opportunité, la formation et les ressources nécessaires au démarrage d’une activité commerciale dans le domaine des énergies propres. Ces entrepreneuses diffusent ces énergies au sein de communautés que beaucoup ignorent, car elles n’offrent pas de perspectives de rentabilité suffisantes en raison de leur éloignement, de leur faible densité de population, de leur pouvoir d’achat limité et de l’absence de main d’œuvre locale qualifiée. Cet accès dit de « première lampe, dernier kilomètre » est absolument fondamental, car sans lui l’accès universel à l’énergie, qui est l’un des dix-sept Objectifs de développement durable à atteindre d’ici 2030, restera lettre morte.

Solar Sister achète des produits énergétiques renouvelables en gros et les distribue auprès d’entrepreneuses au sein des communautés du « dernier kilomètre ». Ces distributrices les revendent sur les marchés locaux et par le biais de leurs réseaux, diffusant ainsi des lampes solaires et des réchauds écologiques au sein de communautés qui en ont besoin tout en gagnant une marge bénéficiaire.

Les distributrices de Solar Sister sont des femmes issues des communautés locales, qui sont connues des habitants et bénéficient de leur confiance. Il s’agit par exemple de Nanbet Magdalene, une agricultrice qui élève seule cinq enfants et vend également des lampes solaires et des réchauds à énergie propre à Jos, au Nigeria, ou de Valentina Tlemu, qui est grand-mère, agent de santé communautaire et entrepreneuse à Haydom, en Tanzanie. À ce jour, plus de 3 000 entrepreneuses Solar Sister ont donné l’accès aux énergies propres à plus d’un million de personnes au Nigeria, en Tanzanie et en Ouganda.

Comme beaucoup d’entrepreneuses Solar Sister, Valentina a le souci que son activité dans le secteur du solaire continue avec les générations suivantes : « j’ai appris à tous mes enfants comment vendre le solaire […]. Ils savent utiliser les lampes solaires et ce sont des entrepreneurs […]. Lorsqu’ils ont fini l’école, ils doivent alors penser à l’entreprise ».
 

Pourquoi les femmes ?

La pauvreté énergétique est « genrée », ce qui signifie qu’elle a des implications différenciées en fonction du sexe. Parmi les 728 millions de personnes qui utilisent des combustibles nocifs, comme le charbon ou le bois, pour la cuisine, ce sont en grande partie les femmes qui supportent le fardeau. Ce sont elles qui assurent la gestion de l’énergie au sein des foyers, qui investissent dans l’éducation de leurs enfants et qui s’occupent des personnes âgées ou malades. Ce sont donc elles qui ont le plus besoin de solutions utilisant les énergies propres et renouvelables. Il est largement démontré que si vous investissez dans le bien-être des femmes, le rendement social sera probablement significatif. Pour commencer, comme le fait remarquer la Banque mondiale, « par rapport aux hommes, les femmes réinvestissent généralement une part plus importante de leurs revenus dans leur famille et leur communauté, distribuant la richesse au-delà d’elles-mêmes ». Et l’accès à l’énergie fait toute la différence. L’amélioration de l’accès à l’énergie est corrélée à une augmentation des revenus et du pouvoir de décision des femmes : au Brésil, les travailleuse indépendantes des zones rurales qui bénéficient d’un accès à l’énergie ont des revenus deux fois supérieurs à celles qui en sont privées ; en Tanzanie, les femmes qui possèdent des lampes solaires bénéficient d’un pouvoir de décision accru, de davantage de respect et d’un contrôle plus important sur les décisions financières.

Comme l’explique Isabella Mgaya, une distributrice Solar Sister du village de Maduma, en Tanzanie, « la femme est le foyer ». Valentina Tlemu nous rappelle également que « les membres de la communauté se tournent d’abord vers nous à cause de la manière dont nous nous occupons d’eux. À cause de l’affection que nous leur portons. À cause de l’attention que nous leur portons. »
 

Impact

Grâce aux efforts de Solar Sister visant à encourager le développement des énergies propres dans les communautés isolées par un soutien aux entrepreneuses, d’importantes retombées sociales et économiques ont été observées, que ce soit pour les entrepreneuses elles-mêmes ou les communautés qu’elles desservent.

Le Miller Center for Social Entrepreneurship de l’Université de Santa Clara, qui a réalisé une étude sur les activités de Solar Sister en 2017, a constaté que son modèle de promotion des énergies propres par les femmes avait d’importantes retombées en termes de développement, que ce soit en termes économiques, sociaux ou environnementaux. Le rapport de l’étude indique ainsi que « les lampes solaires génèrent un cycle positif de croissance économique qui a le pouvoir de révolutionner la situation financière des familles » et que « l’éclairage fonctionnant à l’énergie solaire protège la santé de chacun au sein du foyer et entraîne un changement intrinsèque de l’image de soi des femmes et de leur pouvoir perçu ».

Une étude publiée par l’Initiative on Technology Evaluation (CITE) du Massachusetts Institute of Technology en 2018 souligne également que les « entrepreneuses de Solar Sister pénètrent sur les marchés et dans les communautés du dernier kilomètre, qui ont peu d’autres options pour se procurer des produits d’éclairage fiables et abordables ».
 

Les défis à surmonter

L’expérience de Solar Sister auprès de ces communautés du dernier kilomètre fait ressortir plusieurs domaines clés dans lesquels ces entreprises auraient besoin d’un soutien supplémentaire pour se développer et toucher davantage de personnes. En Afrique, les petits entrepreneurs du secteur de l’énergie propre travaillent souvent dans des conditions difficiles, notamment pour les entreprises. Les communautés isolées et les marchés sont reliés par des routes en mauvaise condition et des transports peu fréquents, la saisonnalité des revenus pèse sur le pouvoir d’achat et les marchés locaux sont inondés de produits solaires bon marché de mauvaise qualité. Il y a également une pénurie de spécialistes locaux correctement formés pour mieux faire connaître les nouvelles technologies, vendre des solutions de qualité, assurer le service client et répondre aux besoins énergétiques des communautés locales. Cette expertise locale est indispensable pour que les clients aient confiance dans la technologie et en voient les avantages de leurs propres yeux.

« Une personne m’a rit au nez lorsque j’ai essayé de lui vendre une lampe solaire. Il est allé en acheter une moins chère au marché. Elle est tombée en panne au bout d’un mois et il est revenu m’en acheter une », raconte Victoria Ikem, une distributrice Solar Sister du village d’Odeh.

La fiscalité applicable aux importations de produits liés aux énergies propres, comme les réchauds écologiques ou les produits solaires, constitue une difficulté supplémentaire, car elle réduit les marges des distributrices Solar Sister qui vendent ces produits dans des communautés dont les habitants n’ont qu’un faible revenu disponible.
 

Recommandations

Pour conclure, il est possible de formuler un certain nombre de recommandations clés, qui s’inspirent en partie de l’appel à l’action du Global Distributors Collective, en vue de relever les défis de la distribution de solutions énergétiques renouvelables jusqu’au « dernier kilomètre » dans le cadre d’une approche soucieuse de la parité hommes-femmes.

Adopter une approche axée sur la participation des femmes

En termes de développement durable, il est indispensable de reconnaître le rôle crucial des femmes dans l’offre au sein de la chaine de valeur des énergies durables, de promouvoir leur inclusion à tous les niveaux et de lutter contre les barrières culturelles auxquelles sont confrontées les entrepreneuses.

Améliorer l’accès aux financements

Les distributrices ont du mal à accéder à des financements. À ce titre, des ressources subventionnées sont indispensables pour réduire les risques et surmonter les difficultés inhérentes aux marchés du bas de la pyramide économique, sans pour autant empêcher les entreprises de parvenir à la viabilité financière.

Galvaniser le soutien à la demande

Les gouvernements, les donateurs et les fabricants de produits ont un rôle crucial à jouer pour résoudre les problèmes de demande et de sensibilisation sur les marchés du « dernier kilomètre », ainsi que pour encourager une adoption et une utilisation plus larges des énergies propres.

Influencer les décideurs et leurs politiques

Les distributrices ont besoin d’être mieux représentées dans les processus de prise de décision, afin que les gouvernements et les organismes d’aide puissent concevoir des politiques et des programmes qui soutiennent le secteur.
 

Auteure : Fid Thompson, responsable de la communication, Solar Sister

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