L’Afrique unit ses forces contre le commerce illégal d'espèces sauvages

6 Mai 2015

Les chefs d’État, experts et décideurs africains, réunis dans le cadre de la Conférence internationale sur l'exploitation illégale et le commerce illicite des produits de la faune et de la flore sauvages d'Afrique, tenue du 27 au 30 avril à Brazzaville, ont souligné l’urgence de coordonner les efforts en matière de lutte contre le trafic illégal d’espèces naturelles en Afrique. L’évènement a abouti à des projets de stratégie et de plan d'action d’ampleur continentale pour réduire et si possible éradiquer le commerce illicite des espèces animales et végétales sauvages.

La conférence de quatre jour, portant sur le thème « Sécuriser la biodiversité d’Afrique pour la durabilité et la paix mondiale », était organisée sous la direction de la République du Congo, en partenariat avec la Commission de l'Union africaine (CUA), et avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le  développement (PNUD), du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), de la Banque africaine de développement (BAD), de l'Équipe spéciale de l'Accord de Lusaka et de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Elle avait été décidée par l’Union africaine durant sa 23ème session du mois de juin 2014.
 

Une stratégie à l’échelle africaine

Dans la déclaration finale de la conférence, les gouvernements africains réaffirment le besoin d’une stratégie unifiée pour aider l’Afrique à lutter contre le commerce illicite d’espèces et de produits de la faune et de la flore sauvages. Le projet de stratégie développé dans le cadre de la conférence, qui esquisse les grandes lignes d’une telle stratégie unifiée pour la période 2015-2024, constitue une véritable première à l’échelle du continent africain. La stratégie et son plan d’action continueront d'être développés en consultation avec les États africains et leur état d'avancement sera examiné en juin prochain, à l’occasion la réunion biannuelle des décideurs africains, qui se tiendra en Afrique du Sud, avant d'être soumis pour adoption.

« Une stratégie africaine développée par l'Union africaine et ses États membres, et axée sur les besoins du continent est une étape extrêmement importante », a déclaré Achim Steiner, le Directeur exécutif du PNUE. C’est en substance également le message délivré lors de la conférence par le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, qui a affirmé : « Notre devoir est de travailler ensemble, à l'échelle continentale, afin de sauvegarder notre biodiversité unique pour les générations présentes et futures et de produire des solutions communes pour éliminer ce fléau ». Le Commissaire de l'Union africaine pour l'économie rurale et l'agriculture, Tumusiime Rhoda Peace, a quant à lui salué le développement d’une « feuille de route claire permettant de préparer le terrain pour la réalisation d'une stratégie forte, produite par l'Afrique et dirigée par elle ».
 

Les grandes lignes

Le but affirmé de la stratégie est de prévenir, de réduire, et dans la mesure du possible d’éliminer le commerce illicite d’espèces et de produits de la faune et de la flore sauvages. D’un point de vue concret, elle s’articule autour de 7 objectifs spécifiques : (1) une augmentation l’engagement politique, (2) un accroissement des capacités, des connaissances et de la sensibilisation, (3) une amélioration de la gouvernance et de la coopération régionale, (4) une implication accrue des pays de destination pour diminuer la demande de produits illégaux, (5) une promotion du développement économique et des moyens de subsistance des communautés locales grâce à leur utilisation durable de la faune et de la flore sauvages, (6) une réduction, voire une élimination, des impacts économiques et sécuritaires des crimes environnementaux, (7) et enfin une amélioration des capacités des États d’origine et de transit dans la détection d’activités illicites, en particulier aux frontières.

La stratégie cherche à susciter des réponses et des actions coordonnées de la part des États africain en matière de lutte contre le trafic illégal d’espèces naturelles, à commencer par le renforcement de leurs cadres institutionnels et juridiques ainsi que l’application des lois existantes aux niveaux national et international. Un tel trafic étant le fruit de réseaux transnationaux de crime organisé, aucun pays ne peut y faire face seul à l’intérieur de ses propres frontières, et une forte collaboration est impérative, comme l’a souligné John Scanlon, le Secrétaire général de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

En particulier, la stratégie vise à opérationnaliser les décisions prises dans le cadre d’autres forums internationaux, ainsi qu’à lever des financements pour soutenir la lutte. De manière importante, une emphase particulière est également placée sur le rôle essentiel des communautés locales, dont l’implication dans la gestion de ces problématiques est absolument cruciale. Enfin, il est intéressant de noter que si la stratégie aborde évidement le problématiques de l’origine de ces crimes environnementaux, elle s’intéresse également aux pays de transit et de destinations finale des spécimens illégalement commercés. A ce propos, les participants ont recommandé la tenue d'une conférence conjointe avec les pays consommateurs et de transit en Asie, en vue de convenir des actions conjointes à mener pour éliminer l'offre, le demande, le commerce et la consommation illicite des produits d'espèces sauvages en provenance d'Afrique.
 

Un message fort

En tant qu’État hôte de la conférence, la République du Congo a saisi l’occasion pour faire passer un message fort. "Les forêts et la faune font partie de notre héritage commun, mais elles sont en train de disparaître à une vitesse inimaginable", a alerté le président Denis Sassou Nguesso. De nombreux participants à la conférence se sont également fait l’écho de ces préoccupations et de ce sentiment d’urgence, à l’image de Daudi Sumba de l’African Wildlife Foundation, qui a declaré dans son allocution : « Compte tenu de la situation catastrophique avec le commerce illégal de la faune, cette stratégie adoptée à Brazzaville offre une importante occasion pour l'Afrique de passer rapidement à l'action ».

Dans un geste symbolique clair, la République du Congo a profité de la conférence pour brûler l’intégralité de ses stocks d’ivoire saisi, le tout alimenté par un brasier d’essences de bois également saisies dans la lutte contre le commerce illicite. Un acte qui se veut le reflet de la détermination politique du continent à lutter contre les crimes environnementaux. « La destruction, aujourd’hui, de l’ivoire saisi par la République du Congo attirera une attention globale, régionale et nationale et devrait servir à sensibiliser contre les effets dévastateurs du commerce illicite d’ivoire et le trafic d’espèces sauvages, tout en montrant la détermination collective du Congo, et de toute la communauté globale, à y mettre fin », a déclaré John Scanlon (CITES).

 

Rapport ICTSD ; « Les décideurs d'Afrique développeront un plan conjoint pour stopper le commerce illégal des espèces sauvages », UNEP, 27 mai 2015 ;  « Regional Cooperation, Working with Demand Countries Key to Ending Wildlife Crime, Say African Nations », UNEP, 30 mai 2015 ; « Congo Republic burns its entire stockpile of seized ivory », UNDP, 30 mai 2015.

Crédit photo : Stephen Miller/Ministère congolais de l'économie forestière.

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