La Chine et l’intégration régionale, moteurs de la transformation structurelle en Afrique

30 Août 2013

Avec des flux d'échanges et d'investissements multipliés par dix au cours de la dernière décennie, la Chine est en train de stimuler l'essor du marché des produits de base et de réduire le déficit en infrastructures en Afrique. Cependant, la transformation structurelle ne sera durable à long terme que si les communautés économiques régionales (CER) renforcent leurs cadres politiques à travers la promotion d'un climat d'investissement productif et la fusion des petits marchés régionaux.

A l'aube du nouveau millénaire, l'Afrique est en train de devenir le prochain marché émergent. Six des dix pays qui affichent les taux de croissance les plus élevés sont à présent sur le continent africain et le taux de croissance moyen pour l'Afrique subsaharienne est de 6,6 pourcent. La transformation structurelle - la réaffectation des ressources économiques des activités à faible productivité telles que l'agriculture familiale ou le commerce informel vers des secteurs plus productifs tels que la fabrication - est en train de devenir une réalité en Afrique.

La Chine est un des principaux moteurs de la transformation structurelle en Afrique. Avec des flux d'échanges et d'investissements multipliés par dix au cours de la dernière décennie, la Chine est en train de stimuler l'essor du marché des produits de base et de réduire le déficit en infrastructures en Afrique. Cependant, la transformation structurelle ne sera viable à long terme que si les Communautés Economiques Régionales (CER) renforcent leurs cadres politiques à travers la promotion d'un climat d'investissement productif et la fusion des petits marchés régionaux. La Banque Africaine de Développement (BAD) appuie également la transformation structurelle par l'intermédiaire d'Africa50Fund. Cet instrument financier innovant garantira que l'Afrique  soit en mesure de financer sa propre transformation structurelle.

La Chine moteur de la transformation structurelle en Afrique

La persistance de la forte croissance économique chinoise et de la forte demande de la Chine en produits de base pour alimenter son propre processus d'industrialisation et d'urbanisation sont les principaux moteurs de la transformation structurelle en Afrique. Ceci a mené à la croissance exponentielle du commerce et des investissements sino-africains au cours de la dernière décennie. En 2011, les flux d'échanges et d'investissements entre l'Afrique et la Chine étaient estimés, au total, à 166,3 milliards et 9 milliards de dollars US, respectivement. En effet, le solide engagement économique de la Chine sur le continent a conduit à un regain d'intérêt de la part d'autres investisseurs en provenance d'Asie, d'Amérique et d'Europe. Ce phénomène a contribué à coller à l'Afrique l'étiquette de « marché émergent ».

A travers le continent africain, la Chine s'engage avec divers pays,  ceci allant d'états fragiles à des économies à revenu intermédiaire. Dans certains pays tels que la République Démocratique du Congo, l'Angola et l'Algérie, la Chine intervient dans les industries extractives, alors que dans d'autres comme le Maroc et l'Égypte, l'investissement chinois dans le secteur manufacturier a créé des liens en amont et en aval avec l'économie nationale, ce qui facilite la transformation structurelle.

Les politiques des pays africains et la capacité du secteur manufacturier local sont des facteurs cruciaux pour déterminer l'impact des investissements chinois dans un pays. L'Ethiopie montre bien à quel point le « nouveau » partenariat économique sino-africain stimule la transformation structurelle. Comme dans de nombreux autres pays africains, les flux d'échanges et d'investissements sino-éthiopiens ont enregistré une hausse rapide au cours de la dernière décennie. Les compagnies chinoises sont actuellement en train de construire une ligne de chemin de fer électrifiée d'un montant de 2,8 milliards de dollars US, de moderniser les télécommunications éthiopiennes à hauteur de 1,3 milliard de dollars US et de construire des centrales hydroélectriques et des lignes de transmission  pour un montant de 1,2 milliard de dollars. L'intervention de la Chine ne se limite pas au financement de projets d'infrastructure, mais concerne également le secteur productif. Huajian, un des plus grands exportateurs chinois de chaussures, a investi plusieurs millions de dollars en Ethiopie pour lancer la fabrication de chaussures. Ceci montre  clairement que l'Ethiopie peut conquérir une part de la production manufacturière à forte intensité de main-d'œuvre - un élément essentiel de la transformation structurelle - bien que l'Ethiopie ait toujours à concurrencer la Chine et d'autres pays asiatiques dans les marchés d'exportation. Ceci signifie également que les produits de l'industrie légère exportés par l'Ethiopie  vers l'Europe et l'Amérique sont en concurrence directe avec les exportations chinoises du même secteur.

Le soutien de la Chine à la transformation structurelle africaine fait partie de sa politique « gagnant-gagnant », où tant l'Afrique que la Chine tirent profit de l'accroissement des opportunités d'affaires. Dans le même temps, elle donne aux compagnies chinoises la possibilité de s'assurer des ressources et d'étendre leurs opérations à l'étranger. C'est pour cela que la Chine encourage les investissements en Afrique à travers la stratégie chinoise « Going Global » au titre de laquelle les  compagnies chinoises peuvent recevoir un soutien financier d'une gamme d'institutions telles que China Development Bank, China EXIM Band et le Ministère du commerce. En outre, le Fonds de Développement Chine-Afrique (CADF) a été spécialement mis en place pour promouvoir les partenariats d'affaires entre des entrepreneurs chinois et africains et a investi plus de 500 millions de dollars de ses propres ressources tout en encourageant des investissements de plus de 20 milliards de dollars par des  compagnies chinoises.

Non seulement la Chine soutient la transformation structurelle au niveau macroéconomique à travers de grands projets d'investissements dans les infrastructures, qui attirent souvent l'attention des médias, mais également au niveau microéconomique, en partageant avec l'Afrique   le savoir-faire sur le développement et la production. La Chine a mis en place un réseau de centres de recherche agricole chinois en Afrique, afin de promouvoir la sécurité alimentaire et d'accroître la productivité agricole. Les petites et moyennes entreprises (PME) chinoises tirent parti des nombreuses opportunités commerciales en Afrique et contribuent également à la transformation structurelle en investissant dans de nombreux secteurs, allant des boutiques de vente au détail et restaurants à des petites entreprises qui produisent pour le marché local africain.

Les CER promeuvent les investissements productifs et accélèrent la transformation structurelle

Bien que la demande chinoise de matières premières et les investissements chinois dans les infrastructures soient les principaux moteurs de la transformation structurelle en Afrique, ceci ne peut être viable à long terme que si les bonnes politiques sont en place. Les Communautés Economiques Régionales (CER) jouent un rôle crucial à cet égard car elles peuvent promouvoir des politiques favorables au marché et l'intégration régionale. Ces politiques ont mené à une amélioration de la productivité des investissements - un élément crucial qui accélère la transformation structurelle. Ceci revêt une importance particulière pour l'Afrique qui compte progresser dans les chaînes des valeurs mondiales et exporter davantage de produits manufacturés, à la place des matières premières.

Les CER sont en train d'harmoniser les plans nationaux d'investissements dans les infrastructures au sein d'un cadre régional qui mène à des économies d'échelle et qui se traduit par des prix plus abordables pour les entreprises et les consommateurs. Ceci fait baisser les coûts de production et améliore la compétitivité internationale de l'Afrique. A terme, des pools énergétiques régionaux peuvent créer des marchés énergétiques continentaux dotés de systèmes d'alimentation électrique coordonnés. C'est  déjà le cas, et dans les années à venir, des réseaux électriques en Afrique de l'Est et en Afrique australe seront connectés pour constituer un pool énergétique régional unique. Au sein de ces cadres régionaux, la Chine est en train de promouvoir l'intégration africaine en finançant et en construisant des ports, des centrales hydroélectriques, des voies de télécommunications et des projets d'infrastructure ferroviaire. Il faudrait souligner que, de même que pour les pools énergétiques, seuls les CER et les gouvernements africains peuvent prendre l'initiative de l'harmonisation des politiques et de l'amélioration d'un environnement propice à des investissements  productifs, qui sont tous aussi importants que les infrastructures physiques dans la promotion de l'intégration régionale.

Bien que les CER en Afrique aient des mandats et des membres différents, il y a une nette tendance à la convergence entre ces institutions. Ainsi, l'accord tripartite de libre-échange fusionnera le COMESA, la CAE et la SADC en une seule zone de libre-échange, dotée d'un marché de 500 millions de personnes. On observe une tendance similaire entre les CER ouest-africaines avec la CEDEAO et la CEEAC. La tendance à la convergence met en évidence l'importance que revêtent les CER en tant que principal mécanisme de renforcement de la coopération sino-africaine.

Africa50Fund pousse l'Afrique à financer sa propre transformation structurelle

La BAD est tout à fait consciente de la nécessité de s'attaquer au déficit d'infrastructures et de promouvoir l'intégration régionale pour accélérer la transformation structurelle en Afrique. En effet, à condition que le cadre de base soit en place, l'Afrique - avec toute la richesse de ses ressources et son marché de consommateurs en expansion - devrait être en mesure de financer sa propre transformation structurelle. Dans le cadre de cet effort, la BAD est en train de créer l'Africa50Fund. Le but de cet instrument financier innovant sera d'accélérer la réalisation d'infrastructures en Afrique en augmentant le nombre de projets d'infrastructure susceptibles d'obtenir un financement, ainsi que les financements directs de projets. Africa50Fund devrait mobiliser au moins 100 milliards de dollars US de financements privés au cours de la décennie.

Conclusion

La demande continue de produits de base et les investissements de la part de la Chine  stimulent la transformation structurelle en Afrique. En effet, les activités chinoises sur le continent sont en train d'attirer d'autres investisseurs en provenance d'Asie, d'Amérique et d'Europe. Ceci contribue à la nouvelle étiquette de l'Afrique en tant que « marché émergent ».

Toutefois, les décideurs africains ne devraient pas se laisser leurrer par le boom actuel des ressources qui alimente la transformation et l'image positive du continent. La transformation structurelle ne sera durable à long terme qu'avec un renforcement de l'intégration régionale et la mise en place d'un cadre politique solide. Le but de ces réformes est d'accroître la productivité des investissements, de facilité la convergence des marchés nationaux et d'améliorer l'environnement favorable aux affaires. Ceci est crucial pour que l'Afrique s'empare d'une partie de la production manufacturière à forte intensité de main-d'œuvre que la Chine est actuellement en train de délocaliser en raison de la hausse des coûts salariaux dans ce pays. Ceci offrira également à l'Afrique la possibilité d'exporter ses biens manufacturés à plus forte valeur ajoutée - au lieu de n'exporter que des produits de base.

Les auteurs:

Richard Schiere, Chargé en chef des résultats et des performance au sein du département résultats et contrôle de la qualité du Groupe de la Banque africaine de développement.

Alex Rugamba, Directeur du Département chargé du NEPAD, de l’intégration régionale et du commerce auprès du Groupe de la Banque africaine de développement.

Les résultats, interprétations et conclusions exprimés dans cet article sont ceux de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de la Banque africaine de développement, celle de son Conseil d'administration ou les pays qu'elle représente.

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