La Chine et les États-Unis s’accordent sur une interdiction du commerce de l'ivoire

5 Octobre 2015

Le Président chinois, Xi Jinping, effectuait les 24 et 25 septembre sa première visite d’État aux États-Unis, durant laquelle il a pu discuter avec Barack Obama des grandes questions globales, régionales et bilatérales. À cette occasion, les deux dirigeants ont annoncé leur détermination commune à prendre des mesures concrètes pour relever le défi mondial que constitue la lutte contre le trafic illégal d’espèces sauvages, reconnaissant l’importance et l’urgence de telles actions.

En particulier, selon un communiqué de la Maison blanche, les États-Unis et la Chine ont fait part de leur engagement à promulguer des « interdictions quasi complètes » des importations et des exportations d’ivoire. Les deux États se sont engagés à imposer des restrictions importantes sur les importations d’ivoire sous la forme de trophées de chasse et prendre des mesures significatives pour mettre un terme au commerce interne d’ivoire.

De surcroît, les gouvernements chinois et américain  ont également annoncé qu’ils comptent accroître leur coopération en la matière. Cette collaboration accrue devrait consister en des efforts conjoints de formation, des échanges techniques, un partage d’information et une sensibilisation du public sur la thématique de la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. La Chine et les États-Unis devraient également renforcer leur coopération pour faire appliquer le droit international dans le domaine, tout en cherchant le soutien d’autres pays dans tous ces efforts. « Les États-Unis et la Chine ont décidé de collaborer avec d’autres nations dans un effort compréhensif pour combattre le trafic d’espèces sauvages », peut-on lire dans le même communiqué.
 

Une avancée « historique » 

Cet accord entre les présidents américain et chinois représente une avancée considérable dans la lutte contre le braconnage des éléphants et le commerce illégal d’ivoire. Il fait suite à une annonce faite par les autorités chinoises, en mai dernier, dans laquelle ces dernières s’engageaient à sévir contre le commerce interne d’ivoire en Chine. La nouvelle avait pourtant suscité le scepticisme de certains observateurs, que l’accord entre Barack Obama et Xi Jinping devrait permettre de dissiper.

L’accroissement de la demande chinoise, mu par une classe moyenne toujours plus nombreuse et pour qui l’ivoire constitue un signe extérieur de statut social, est largement considéré comme le principal facteur derrière la montée du trafic d’ivoire braconné des dernières années. Les États-Unis, quant à eux, représentent également l’un des plus grands marché mondiaux, mais le pays applique d’ores et déjà une interdiction quasi complète du commerce de l’ivoire, notamment grâce à un renforcement des restrictions en la matière introduit en février 2014.

De nombreuses organisations militant pour la protection des animaux menacés ont accueilli l’engagement conjoint des États-Unis et de la Chine avec un grand enthousiasme. « Cette annonce constitue la plus grande avancée possible pour la réduction du braconnage des éléphants », a déclaré Peter Knights, directeur de l’organisation WildAid. Le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) a pour sa part salué un « engagement historique ».

Du côté de The Humane Society of the United States, on souligne également l’étape cruciale que cette annonce représente : « C’est la première fois qu’un président américain et un président chinois annoncent un engagement concret pour sauver la faune sauvage, élevant ainsi la crise du trafic d’espèces sauvages au niveau du discours diplomatique entre les dirigeants mondiaux les plus importants ». Selon l’organisation, ce rapprochement entre « les deux plus grands pays consommateurs d’ivoire » représente un véritable tournant dans la lutte contre le commerce illégal de l’ivoire.
 

Rester vigilant

Malheureusement, le trafic d’ivoire braconné constitue une activité particulièrement lucrative, et les inquiétudes sont grandes concernant l’avenir des différentes espèces d’éléphants. À l’heure actuelle, certaines estimations indiquent que ce sont plus de 30'000 éléphants qui sont massacrés chaque année pour leur ivoire. Ce contexte d’urgence est surement l’une des raisons pour lesquelles l’engagement sino-américain a été accueilli avec tant de ferveur.

Même si l’annonce des États-Unis et de la Chine constitue un signal politique important, il sera nécessaire de rester vigilant quant à la mise en œuvre concrète des mesures annoncées, particulièrement du côté chinois où beaucoup reste à faire. « Malgré cette nouvelle bienvenue et vraiment encourageante, la communauté de la conservation des éléphants devra rester engagée pour s’assurer que les gouvernements donnent suite et enrayent effectivement les marchés de l’ivoire », a déclaré Azzedine Downes, Directeur de l’IFAW.

De surcroît, il est également nécessaire de reconnaître que d’autres marchés contribuent significativement à accroître la demande d’ivoire braconné. La Thaïlande, le Vietnam, ou encore les Philippines, entre autres, constituent des marchés importants. Ces pays ont donc également une responsabilité majeure et un rôle crucial à jour dans les efforts pour mettre fin au fléau que constitue le braconnage des éléphants.

Enfin, dans l’optique de mettre un terme au massacre des éléphants de manière efficace, il est également nécessaire de complémenter les efforts dans les pays de destination par des mesures dans les pays à la source de ces activités. Ainsi, les gouvernements des États sur le territoire desquels les braconniers sévissent ont également une importante contribution à apporter dans la lutte contre ce trafic. À cet égard, l’adoption en mai dernier, par les dirigeants africains, d’un projet de stratégie à l’échelle africaine pour combattre le commerce illégal d’espèces sauvages constitue sans aucun doute un pas dans la bonne direction (voir Passerelles, 6 mai 2015).
 

Rapport ICTSD.

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