La communauté internationale appelle à un soutien renouvelé en faveur des PMA

9 Juin 2016

Les représentants de l’ONU, de gouvernements, d’autres organisations internationales, de la société civile et du secteur privé se sont réunis du 27 au 29 mai à Antalya, en Turquie, pour discuter des progrès réalisés par la communauté internationale dans ses efforts d’aide aux pays les plus pauvres du monde, couramment appelés les pays les moins avancés (PMA), en matière de réduction de la pauvreté et de développement économique.

Ces trois jours d’examen de mi-parcours faisaient suite au Programme d’action d’Istanbul (PAI) adopté en 2011 pour répondre aux besoins des PMA et lutter contre la marginalisation de leur population de plus de 880 millions de personnes. Ils ont permis aux participants de faire le bilan des résultats obtenus dans le cadre de la mise en œuvre du PAI et de formuler des recommandations sur la manière de faire avancer ses objectifs.

Le PAI comprend un plan décennal axé sur huit domaines prioritaires : les capacités de production, l’agriculture, l’alimentation et le développement rural, le commerce, les matières premières, le développement humain et social, les crises multiples et les défis émergents, les ressources financières et la qualité de la gouvernance, avec pour objectif ultime de réduire de moitié le nombre de PMA d’ici 2020.
 

Quel est l’état des lieux ?

Bien que des progrès non négligeables aient été accomplis, ils n’ont pas permis une amélioration significative de la situation économique globale des PMA sur les cinq années écoulées depuis l’adoption du PAI. En particulier, il reste encore beaucoup à faire pour aider ces pays à diversifier leur base de production, à exploiter leur potentiel commercial et à se protéger de différents chocs externes, conclut l’examen.

Les pays les moins avancés (PMA), dont 34 sont situés en Afrique (sur 48), représentent 12 pourcent de la population mondiale mais ne contribuent qu'à hauteur de deux pourcent au PIB mondial, un chiffre qui en dit long. Depuis 1971, quatre pays seulement sont sortis de la catégorie des PMA, à savoir le Botswana, le Cap-Vert, les Maldives et Samoa, ce dernier étant le seul à y être parvenu depuis l’adoption du PAI en 2011.

« Nous reconnaissons que bien que les pays les moins avancés aient fait des efforts significatifs vers la réalisation des objectifs, buts et cibles du Programme d’Action d’Istanbul, il leur reste encore beaucoup à faire, ainsi qu’à leurs partenaires de développement » souligne la déclaration politique adoptée lors de la réunion.

Les PMA ont fait des progrès dans la réduction de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie, ainsi que sur de nombreux indicateurs spécifiques tels que la mortalité maternelle et infantile, l’égalité entre les sexes ou l’accès à l’internet et aux réseaux mobiles, mais ils continuent de se heurter à d’importants obstacles structurels qui entravent leur développement économique et humain.

C’est la raison pour laquelle il existe toujours « un besoin de soutenir les progrès dans l’ensemble des secteurs », souligne également la déclaration.

Un élément préoccupant est le fait que le taux de croissance économique des PMA est passé de 5,1 pourcent en 2014 à 4,5 pourcent en 2015, bien en dessous du taux de 7 pourcent visé dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD).

Cette chute des taux de croissance s’explique principalement par la baisse régulière ces dernières années des recettes d’exportation de matières premières, qui a également généré une instabilité économique et politique. Celle-ci a en retour compliqué les progrès des PMA en vue de la réalisation des objectifs figurant au programme d’action.
 

Des engagements renouvelés en faveur des PMA

Avec ces préoccupations à l’esprit, les participants à l’examen ont exprimé leur engagement renouvelé en vue de répondre aux besoins immédiats des PMA, en précisant dans la déclaration politique les différentes étapes nécessaires à la réalisation complète des objectifs et domaines prioritaires définis dans le PAI.

« Nous réitérons notre engagement à mettre en œuvre de façon complète, efficace et rapide le Programme d’Action d’Istanbul », affirme la déclaration politique, exprimant ensuite un engagement similaire pour la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, qui inclut les ODD.

L’examen de mi-parcours souligne que la réalisation de ces ambitieux programmes passe par un soutien solide de la part des partenaires de développement en complément de la mobilisation des ressources intérieures des PMA, dans le cadre notamment de l’aide publique au développement (APD).

À cet égard, la déclaration appelle les pays à honorer leurs engagements en matière d’APD, et notamment l’engagement de nombreux pays développés à consacrer 0,7 pourcent de leur revenu national brut (RNB) à l’APD, dont 0,15 à 0,20 pourcent spécifiquement pour les PMA.

En dépit de récentes tendances inquiétantes, avec une diminution de l’APD versée aux PMA ces dernières années et quelques pays seulement honorant leur engagement à ce titre, l’année écoulée a vu une légère augmentation de l’APD bilatérale aux PMA et la part de l’aide allouée à ces pays devrait augmenter entre 2016 et 2019.

Cependant, l’examen souligne également que pour renforcer les capacités de production des PMA et stimuler un développement inclusif et durable, l’aide publique au développement ne sera pas suffisante. L’investissement privé, et notamment l’investissement direct à l'étranger (IDE), est également nécessaire.

Les participants à la réunion se sont par conséquent montrés inquiets du fait que la part des PMA dans les flux mondiaux entrants d’IDE n’a absolument pas augmenté depuis 2013, restant aux alentours de 1,9 pourcent. Ils notent en outre que ces IDE sont largement concentrés dans les pays dotés d’abondantes ressources minérales.

L’investissement a en particulier un rôle crucial à jouer pour aider à la transformation structurelle des PMA en soutenant le développement d’infrastructures adéquates dans différents secteurs tels que les transports, l’énergie et les communications, comme le fait ressortir l’examen.

« Ma priorité est l’investissement : investissement dans les personnes, la santé et l’éducation, investissement dans les infrastructures – les routes, l’électricité, la fibre, la connectivité à haut débit. Car si nous pouvons créer cette plateforme de solides infrastructures et de capital humain, le capital du secteur privé est réellement considérable et mobile à l’échelle mondiale », a déclaré Jeffrey Sachs, un économiste réputé qui officie également en tant que conseiller auprès du secrétaire général des Nations unies, lors de la réunion.

En matière de technologie, une importante initiative a également été annoncée lors de la réunion avec la nomination d’un conseil des gouverneurs pour la Banque des technologies pour les PMA, ce qui rapproche la banque du démarrage de son activité.
 

Développer le commerce des PMA

L’examen souligne également l’importance du développement du commerce des PMA en vue de favoriser une croissance économique inclusive, d’encourager la création d’emplois et de stimuler la transformation structurelle de leurs économies. Comme mentionné plus haut, le commerce est l’un des sept domaines prioritaires du PAI.

Tout en notant que l’accès aux marchés de certains pays en développement s’est amélioré ces cinq dernières années pour les produits des PMA, la déclaration politique fait remarquer avec inquiétude que les exportations des PMA restent excessivement concentrées sur quelques produits de base, ce qui les rend très vulnérables aux fluctuations des prix des matières premières ainsi qu’aux choc externes.

En termes statistiques, la part des PMA dans les exportations mondiales est restée marginale depuis le lancement du PAI, chutant même de 1,1 pour cent en 2014 à 0,97 pour cent en 2015. Ces chiffres sont préoccupants et accusent un retard important par rapport à l’objectif consitstant à doubler la part des PMA dans les exportations mondiales d’ici 2020 qui figure dans le PAI.

La déclaration politique a toutefois réitéré un engagement à « accroître de façon significative la part du commerce des pays les moins avancés dans le commerce mondial avec l’objectif de doubler la part des exportations des pays les moins avancés dans les exportations mondiales d’ici 2020 », grâce notamment à des efforts d’élargissement de la base d'exportation de ces pays.

Pour permettre la réalisation de cet objectif, le document exhorte les pays « à utiliser les initiatives et programmes existants », tels que les décisions de l’OMC relatives à l’accès aux marchés en franchise de droits et sans contingent. Il appelle également les membres de l’OMC à mettre en œuvre rapidement les différentes décisions de l’organisation, notamment celles qui bénéficient plus directement aux PMA, et à continuer de simplifier le processus d’accession à l'organisation pour ces pays.

Les participants à l’examen de mi-parcours s’engagent également dans la déclaration à accroître le soutien apporté dans le cadre de l’aide pour le commerce et à « s’efforcer d’allouer une part croissante de l’aide pour le commerce aux pays les moins avancés ».
 

Reportage ICTSD.

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