L'aide pour le commerce peut-elle contribuer à la facilitation du commerce des pays africains ?

30 Juin 2015

Quel rôle peut jouer l’aide pour le commerce dans la facilitation des échanges sur le continent africain ?
   

L’initiative Aide pour le Commerce, lancée en 2005 à l’occasion de la sixième conférence ministérielle de l’OMC (Hong Kong), vise à mobiliser une aide internationale spécifique, destinée à soutenir l’intégration des pays en développement (PED) et des pays les moins Avancés (PMA) dans le commerce international. Elle devrait contribuer à régler certains problèmes structurels qui entravent l’intégration des PED et des PMA au système commercial multilatéral, tels que l’insuffisance des infrastructures ou la complexité des procédures douanières et commerciales, entre autres. Le cinquième Examen global de l’Aide pour le commerce sera l’occasion de se pencher sur le thème « réduire les coûts du commerce pour une croissance durable et inclusive ». La rencontre devrait mettre l’accent sur la manière dont l’aide pour le commerce, à travers la réduction des coûts des échanges, peut offrir de nouvelles possibilités de développement et contribuer à une croissance durable et inclusive dans PED et les PMA.

En particulier, le concept d’aide pour le commerce soulève deux questions fondamentales, que les participants du cinquième examen global seront appelés à examiner. Premièrement, comment promouvoir au mieux les activités entreprises par les PED africains et leurs partenaires de développement en vue de réduire les coûts des transactions commerciales, et ce à la lumière de l’Accord de l’OMC sur la facilitation des échanges ? Deuxièmement, comment les PED et les PMA peuvent bénéficier d'une coopération plus forte dans les domaines des infrastructures et de l'énergie?

L’aide pour le commerce apporte aussi son concours à l’aide publique au développement, sous forme d'une assistance technique dans les cinq catégories d'activités liées au commerce ou de renforcement des capacités (politique et réglementations commerciales, développement du commerce, infrastructures liées au commerce, capacité de production, aide à l'ajustement). Pour être efficaces, des politiques bien conçues doivent s'appuyer sur des fondations solides, d’où l’importance des études diagnostiques de l'intégration du commerce et des stratégies et plans de développement.
 

Contraintes à la facilitation du commerce en Afrique

Les pays africains disposent sans conteste du potentiel pour devenir des acteurs déterminants du commerce mondial, puisqu'ils sont dotés d’immenses ressources naturelles – gisements de minerais, terres agricoles fertiles, combustibles, etc. Cependant, l’importance des coûts des échanges pour les entreprises africaines constitue un obstacle de fait à leur pleine participation dans le commerce mondial, notamment par le biais des chaines des valeurs mondiales. En plus des problèmes économiques et institutionnels, et des barrières physiques générant des coûts commerciaux exorbitants, l'infrastructure matérielle est déficiente. La faiblesse des infrastructures routières – avec des goulots d'étranglement tous les 25 km – et des infrastructures ferroviaires inter-États, ainsi que le déficit de vols régionaux, sont des facteurs qui entravent les échanges intra-africains. Pour réduire les coûts commerciaux, par l'assistance technique liée au commerce et au renforcement des capacités, et accroître la performance commerciale de l’Afrique, la construction d’infrastructures liées au commerce est vitale.

Élément bien établi de l'aide pour le commerce, la coopération Sud-Sud pourrait également apporter une réponse aux préoccupations des pays africains en matière de développement et de modernisation des infrastructures. À cet égard, il est important de saluer l’initiative chinoise visant à renforcer et approfondir la coopération avec l’Afrique dans le domaine des infrastructures, notamment dans le développement des réseaux de chemin de fer à grande vitesse. Un signal fort a été donné par la signature à Nairobi, le 11 mai 2014, d’un accord pour la construction d’un axe ferroviaire devant relier le port kenyan de Mombassa à Nairobi, et ensuite au reste de l’Afrique de l’Est, en passant par l’Ouganda et le Rwanda pour finalement mener au Soudan du Sud.
 

Comment faire de l’aide pour le commerce un instrument de facilitation des échanges

Le commerce mondial est dominé par l’offre de grands blocs économiques, notamment l'Amérique du Nord, l’Union Européenne, et les pays asiatiques tels que la Chine, l'Inde, la Corée du Sud, etc. Ces pays ont très tôt admis l’importance du commerce en tant que moteur de la croissance économique et du développement, comme en attestent les politiques axées sur la promotion des exportations et des investissements qu'ils mènent depuis des décennies.

Contrairement à ces pays, beaucoup de PMA ne soulignent pas le rôle moteur du commerce dans leurs plans et stratégies de développement. Il faut noter la place souvent secondaire octroyée au commerce par les institutions et acteurs concernés dans nombre de pays en développement. Or, il convient d’avoir une vision plus large du commerce comme instrument de développement, et d’assurer une véritable intégration du commerce dans la stratégie de développement du pays. Pour ce faire, un véritable plan d'intégration du commerce est nécessaire.

Une fois le commerce intégré dans les plans et stratégies nationaux de développement, l'appropriation par les pays en développement et les pays les moins avancés est une condition clé du succès de l'initiative Aide pour le commerce. Les besoins en matière de renforcement des capacités liées au commerce ne doivent pas seulement être identifiés dans les plans et stratégies nationaux de développement, mais également gérés de manière efficace sur le plan opérationnel. À cet effet, dans un contexte plus large, il faut que s'instaure un dialogue efficace entre le gouvernement dans son ensemble et les parties prenantes, en vue de formuler une politique en matière de commerce et de développement qui exploite les synergies, et qui atténue autant que possible les incohérences entre le programme de développement du commerce et les autres politiques économiques et sociales.

Il faut orienter l'aide vers des programmes visant à stimuler la facilitation des échanges, le commerce international, l'investissement et la croissance économique, notamment dans les domaines des infrastructures et de l’énergie, mais pas uniquement. Pour que l'Afrique puisse parvenir à un niveau de participation au commerce mondial comparable à celui des autres régions en développement, les principaux partenaires techniques et financiers qui soutiennent l'initiative Aide pour le commerce doivent renforcer leur soutien pour les programmes et projets régionaux, sous-régionaux et transfrontaliers, en collaborant avec la commission de l'Union Africaine (UA) et les Communautés économiques régionales (CER). Les pays en développement africains et leurs partenaires de développement doivent appuyer l’UA dans la mise en place d’une stratégie d’aide pour le commerce, afin de renforcer la coopération sud-sud dans le domaine du commerce et de la facilitation des échanges. Il est également important d’encourager les stratégies de coopération entre CER axées sur le développement d’infrastructures aéroportuaires, routières et ferroviaires, en vue d’une plus grande mobilité des biens, des services et des personnes.

En définitive, les partenaires du développement doivent coopérer sur la base d’un cadre bien défini, comprenant des principes directeurs clairs et une plate-forme de coopération, et qui s’articule autour des cinq principaux domaines de l'aide pour le commerce. Les pays en développement de l'Afrique et leurs partenaires de développement doivent également veiller à une coordination plus efficace, au niveau national voire régional, des nombreux mécanismes d'aide au développement, et plus particulièrement des activités d'assistance technique liée au commerce. Le cinquième Examen global de d'Aide pour le commerce devrait contribuer à l'effort de développement du commerce des PED et des PMA, en vue de faire en sorte que ces pays puissent tirer davantage parti du commerce pour relever le niveau de vie de leur population, améliorer la santé et l’éducation, protéger l’environnement, réduire la pauvreté et assurer leur développement.


Crédit photo: jbdodane, "Iron ore train on the Sishen-Saldanha railway, South Africa".
Licence: Attribution-NonCommercial 2.0 Generic (CC BY-NC 2.0)

This article is published under
18 Juillet 2014
De la rhétorique à l'action: retour sur le Sommet de l'Union Africaine sur la sécurité alimentaire à Malabo, Guinée Equatoriale. Le paradoxe africain est saisissant. Quinze des vingt deux économies...
Share: 
18 Juillet 2014
L'intérêt actuel des investisseurs étrangers pour les terres agricoles du sud qui serait justifié par les enjeux liés à l'approvisionnement du monde en produits alimentaires dans un contexte marqué...
Share: