Le FMI encourage les États d’Afrique centrale à accélérer la diversification de leurs économies

18 Janvier 2016

La Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, s’est rendue en Afrique centrale du 4 au 9 janvier pour une mini-tournée, au cours de laquelle elle a émis certaines recommandations du FMI à l’attention des États de la région. Passant par le Nigéria avant de se rendre à Yaoundé, la capitale camerounaise, elle a saisi l’opportunité de cette visite pour encourager les gouvernements centre-africains à faire tout leur possible pour accélérer leurs efforts de diversification et d’intégration au niveau régional.
 

L’Afrique centrale face à un double choc

À Yaoundé, la cheffe du FMI a souligné, lors d’une table ronde réunissant les ministres des finances de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC), les grands défis auxquels les États de la région sont actuellement confrontés. Les économies de la région subissent selon elle un double choc qui risque de plomber durablement les perspectives économiques qui s’offrent à elles, raison pour laquelle une réponse appropriée de la part des gouvernements concernés est nécessaire.

Il y a bien sûr la très forte baisse des prix du pétrole, qui ont plongé d’un niveau de 120 US$ en juin 2014 à moins de 32 US$ aujourd’hui. Sachant que le pétrole représente à l’heure actuelle plus de 70 pourcent des exportations des pays de la CEMAC, et plus d’un tiers de leur recette budgétaire, la situation est particulièrement difficile. L’économie est substantiellement affectée et les tensions budgétaires s’accentuent. « Le défi est d’autant plus redoutable que, à la différence des cycles précédents, les prix du pétrole devraient cette fois-ci rester durablement bas », a déclaré Christine Lagarde, avant d'ajouter qu'il s'agit là d'une « nouvelle réalité ».

Il y a également la menace représentée par le groupe Boko Haram qui, au-delà des graves conséquences sécuritaires qu’elle engendre, perturbe gravement l’activité économique des zones affectées et provoque une augmentation des dépenses militaires. « Ces opérations ont un effet d’éviction sur les crédits dans des domaines cruciaux tels que l’éducation et la santé », a déclaré la directrice générale du FMI.

Ces deux défis pèsent lourdement sur l’état de santé économique des États de la CEMAC, dont les projections de croissance ont été significativement revues à la baisse pour l’année 2015. En décembre dernier, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) avait fait état d’un taux de croissance de 2.4 pourcent pour 2015, alors qu’elle tablait initialement sur une prévision de 5 pourcent. Du côté du FMI, on estime que la croissance dans la CEMAC n’a pas dépassé les 2 pourcent en 2015, avec toutefois des situations passablement différentes selon les pays.

« L’activité au sein de la CEMAC devrait rebondir à environ 3.5 pourcent cette année », a toutefois indiqué Madame Lagarde. Mais elle estime que cette projection dépendra de la mise en place de politiques adéquates, visant à préserver la stabilité macroéconomique et à lever les obstacles à la croissance. « Un proverbe tchadien me vient à l’esprit : "Si tu empruntes toujours le même chemin, il te mènera là où tu es déjà allé". Face à cette nouvelle réalité, la CEMAC doit tracer un nouveau chemin pour sa prospérité », a-t-elle ajouté.
 

Face aux défis, la diversification

En lien avec ce contexte économique particulièrement délicat, Christine Lagarde a présenté aux États de la région les recommandations du FMI, préconisant certaines politiques à adopter en vue de garantir une croissance forte et inclusive au sein de la CEMAC. Au programme, trois grands axes : (1) dépenser mieux, en investissant stratégiquement dans des projets d’infrastructures, (2) percevoir davantage, en accroissant les recettes fiscales non pétrolières, et (3) mobiliser la région dans son propre intérêt, en promouvant la diversification économique.

Pour dépenser mieux, la directrice générale du FMI a recommandé aux gouvernements de la région d’appliquer une plus grande sélectivité dans le choix des projets d’infrastructures qu’ils financent, en particulier dans ces temps difficiles en matière de budget. « Un ensemble approprié de projets d’infrastructure complémentaires est à l’évidence une condition préalable à toute croissance durable et inclusive. Cependant, dans un environnement de tensions budgétaires croissantes, il importe d’accorder une attention accrue aux priorités », a-t-elle déclaré. Cela peut exiger, par exemple, de revoir à la baisse l’ampleur de certains projets. Elle a également encouragé le recours à des sources de financement concessionnelles pour préserver la viabilité de la dette à moyen terme.

S’agissant des revenus de l’État, Madame Lagarde a exhorté les États de la CEMAC à s’efforcer de mieux mobiliser leurs ressources intérieures, en élargissant l’assiette des recettes fiscales non pétrolières. Ces dernières se sont accrues l’année passée, atteignant 15 pourcent du PIB régional, mais davantage de progrès sont possibles et souhaitables selon elle. Le FMI préconise donc une réduction des exonérations fiscales et douanières discrétionnaires, une amélioration de la coopération intergouvernementales en matière de politique fiscale, ainsi qu’une meilleure prise en compte des importantes questions de fiscalité internationale qui ont une incidence sur l’assiette des impôts liés aux industries extractives. « Nous sommes prêts à apporter notre concours sur divers aspects de la mobilisation des recettes intérieures », a-t-elle ajouté.

Enfin, Christine Lagarde a exhorté les gouvernements centre-africains à se mobiliser, de concert, pour stimuler l’essor du secteur privé et la diversification de leurs économies. Pour ce faire, il convient selon elle d’améliorer substantiellement le climat des affaires et de renforcer l’intégration régionale au sein de la CEMAC.

De nombreux indicateurs tendent à montrer que la CEMAC bénéficierait énormément de certaines réformes visant à mettre en place un environnement plus favorable au secteur privé et au commerce. Par exemple, au sein de la région, les entreprises doivent passer en moyenne 572 à s’acquitter de leur obligations fiscale, contre 304 heures ailleurs sur le continent africain. De plus, le dédouanement des marchandises à la frontière peut durer près de 40 heures pour les exportations et 50 heures pour les importations. Dans ces domaines, une amélioration de la situation produirait des résultats substantiels, a souligné la patronne du FMI.

Il est également important que les États membres de la CEMAC renforcent l’intégration régionale, selon Madame Lagarde. À l’heure actuelle, le commerce intra-régional ne représente que moins de 5 pourcent de leurs échanges. Ainsi, elle a notamment appelé à une amélioration de l’efficacité du dispositif de gouvernance actuel. Elle a également indiqué que la CEMAC pourrait aussi tirer profit de règles budgétaires régionales cohérentes pour accroître les investissements, domaine dans lequel le FMI est prêt à fournir une assistance technique. « À l’évidence, pour approfondir l’intégration régionale, il faudra un effort collectif de la part de tous les pays membres. Le Cameroun, dont l’économie est la plus vaste, la plus diversifiée et la moins touchée de la CEMAC, occupe une place de choix pour maintenir et renforcer la dynamique de l’intégration », a-t-elle déclaré.

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