Le Forum public de l’OMC met le « commerce inclusif » en tête de l’ordre du jour

6 Octobre 2016

L’importance de rendre le commerce plus inclusif – notamment pour les entreprises de petite taille, les femmes et les autres acteurs qui ont historiquement du mal à profiter pleinement des avantages du commerce – a occupé le devant de la scène la semaine dernière au Forum public annuel de l’OMC.

Cet événement de trois jours, qui a commencé le mardi 27 septembre pour se terminer en fin de journée jeudi, a rassemblé responsables politiques, représentants de la société civile, universitaires et autres parties intéressées au siège de l’organisation à Genève. Cette année marquait le quinzième anniversaire de cette manifestation, qui a attiré plus de 2 000 participants.
 

Le débat sur la mondialisation

Le thème de cette année, « Un commerce inclusif », touchait à de nombreux aspects proches du thème de l’an dernier, « Le commerce fonctionne », qui faisait également ressortir la difficulté de s’assurer que les cadres du commerce soient conçus de manière à ce que leurs avantages puissent être partagés plus largement, en permettant à un plus grand nombre de personnes de participer aux échanges internationaux (voir Bridges Weekly, 1er octobre 2015).

Ces derniers mois, le débat sur le commerce et la mondialisation a pris de l’ampleur, dans le contexte notamment de l’élection présidentielle américaine. Deux grands accords commerciaux ont indéniablement suscité une attention particulière dans ce contexte, à savoir les efforts de ratification par 12 pays de l’accord de Partenariat transpacifique (PTP) ainsi que les efforts de l’UE et du Canada en vue de la signature et de la ratification de leur accord économique et commercial global (AECG, ou CETA en anglais).

Si ces accords commerciaux et le climat électoral aux États-Unis ont contribué à faire ressortir certaines préoccupations liées au commerce, le débat est également alimenté par un mécontentement plus général dans plusieurs pays sur les inégalités croissantes de revenus et la lenteur de la reprise économique mondiale, dont une grande partie de la population n’a pas encore vu les bénéfices.

« Tout le monde parle de l’opposition au commerce et à la mondialisation », a déclaré le directeur général de l’OMC Roberto Azevêdo en ouverture de la manifestation de cette année.

« L’Histoire montre que cela n’est pas inhabituel en période de faible croissance prolongée. Mais elle illustre également les conséquences dramatiques que peuvent avoir les sentiments de cette nature. Et dans certains endroits, le débat semble se diriger vers une situation dangereuse », a poursuivi le chef de l’OMC.

L’organisation a également publié mardi ses dernières prévisions concernant le commerce en 2016 et 2017, revoyant fortement à la baisse ses prévisions antérieures (pour en savoir davantage sur les nouveaux chiffres, voir l’article sur ce sujet dans Bridges Weekly du 29 septembre 2016).

« C’est une sonnette d’alarme », a indiqué M. Azevêdo dans une salle de conférence comble mardi matin, faisant référence aux derniers chiffres et à leurs implications. Il a prévenu que si ces tendances se poursuivaient, elles risquaient d’avoir également des répercussions significatives sur la croissance économique.
 

Séance plénière d’ouverture : corriger les idées fausses, soutenir les petites entreprises

Compte-tenu de cet environnement politique, M. Azevêdo a également appelé à corriger les « idées fausses » sur le commerce, faisant remarquer que la plus grande partie des pertes d’emploi dans les économies avancées – environ 80 pourcent – sont le résultat d’autres facteurs. En parallèle, le commerce crée des emplois et favorise une croissance durable.

« Mais il est également important de reconnaître les problèmes. Nous devons avoir un débat équilibré. Parler des avantages globaux du commerce n’apporte que peu de réconfort à celui qui a perdu son emploi ou qui vit dans la pauvreté », a-t-il ajouté, appelant non seulement à reconnaître ces problèmes, mais également à y répondre et à les résoudre.

Les autres intervenants de la séance plénière de mardi ont évoqué des thèmes similaires, expliquant dans l’optique de leurs domaines respectifs comment les entreprises de plus petites tailles et d’autres groupes « marginalisés » s’efforçaient – souvent non sans mal – d’exporter leurs produits.

Parmi ces intervenants figuraient la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, le directeur des politiques publiques mondiales d’eBay, Hanne Melin, le fondateur d’African Born 3D Printing, Roy Ombatti, le ministre nigérien du commerce et de l’investissement Okechukwu, E. Enelamah, et le secrétaire général de la Chambre de commerce internationale, John Danilovich.

« Manifestement, beaucoup de gens dans le monde aujourd’hui ne se sentent pas intégrés au commerce, et c’est quelque chose dont nous devons tenir compte », a déclaré Mme Malmström dans son allocution d’ouverture, appelant les promoteurs du commerce à prendre le débat très au sérieux.

Si certains intervenants ont fait valoir la nécessité d’améliorer l’accès aux financements du commerce et aux technologies qui le facilitent, d’autres ont également appelé à un cadre de règles plus adapté pour aider les pays les plus pauvres. M. Enelamah, qui prononçait un discours au nom du président nigérien, Muhammadu Buhari, a appelé à des efforts supplémentaires pour rendre les règles du commerce mondial plus « favorables au développement » à l’avenir.

« Le Nigeria est convaincu qu’une approche constructive du commerce inclusif doit associer, d’une part, l’action des institutions multilatérales en vue de règles actualisées plus flexibles, et d’autre part, l’acceptation de la responsabilité de réformes sérieuses et durables en matière de politique intérieure par les États membres », a-t-il déclaré.

D’autres intervenants ont souligné que toutes ces questions – et d’autres – restaient cruciales pour aider les petites entreprises à s’intégrer au cadre du commerce international et ont exhorté les participants au forum à y réfléchir pendant la manifestation de la semaine et au-delà.

M. Ombatti, qui représentait une jeune PME kenyane fabriquant des imprimantes 3D, a fait part de l’expérience de sa propre entreprise. L’un de ses grands projets consiste à permettre l’utilisation de ces imprimantes pour fabriquer des chaussures sur mesure pour les personnes dont le pied a été déformé à la suite de piqûres par les puces-chiques. Ses salariés travaillent encore dans un petit garage, au salaire minimum, et s’ils espèrent bien exporter un jour leur produit, les coûts sont à bien des égards trop élevés pour l’instant.

« Nous avons dû refuser beaucoup de clients internationaux parce que nous ne savons pas comment expédier notre produit », a-t-il indiqué, ajoutant que son entreprise, comme tant d’autres, voulait juste « avoir sa chance ».
 

Rapport sur le commerce mondial : coup de projecteur sur les PME

La première journée du forum public a également vu le lancement du Rapport sur le commerce mondial de cette année, la nouvelle édition de cette publication phare de l’organisation étant consacrée à l’établissement « de règles du jeu équitables » pour les petites et moyennes entreprises (PME).

Ce rapport s’efforce de fournir un aperçu de la manière dont ces PME exercent leur activité dans différentes régions du monde, et notamment de leur rôle dans la création d’emplois, les auteurs constatant qu’elles sont souvent la principale source d’emplois dans de nombreux pays.

Le rapport évoque également les différents obstacles auxquels elles sont confrontées, comme par exemple le manque de stabilité de l’emploi et de formation pratique, ainsi qu’une productivité plus faible. En matière de commerce, les auteurs font ressortir le rôle que pourrait avoir le commerce en ligne pour faciliter les premiers pas à l’exportation des entreprises de plus petite taille, un processus souvent plus long pour les PME que pour les entreprises de plus grande taille.

Les droits de douane, les mesures non tarifaires, l’absence d’accès aux financements du commerce et la lourdeur des procédures douanières aux frontières sont autant de facteurs qui freinent la participation des PME au commerce. Le rapport fait notamment ressortir l’intérêt que pourrait avoir la ratification et la mise en œuvre de l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges (AFT) pour ces entreprises de plus petite taille, accord qui était le thème du Rapport sur le commerce mondial de l’an dernier

Les négociations de l’AFT se sont achevées il y a presque trois ans. Deux tiers des 164 membres de l’OMC doivent le ratifier pour qu’il puisse entrer en vigueur, ce que 94 ont fait à ce jour, ce qui signifie qu’un peu plus d’une douzaine de ratifications sont encore nécessaire pour atteindre le seuil requis.

 



Renseignements complémentaires

Le Forum public est la principale activité de communication annuelle de l’OMC. En plus d’une série de réunions plénières réunissant des représentants de haut niveau du secteur public et du secteur privé, la manifestation de cette année comprenait également une centaine de sessions couvrant des sujets allant des chaînes de valeur mondiales au commerce numérique et aux normes de durabilité.

Le programme complet des sessions, y compris les enregistrements audio et vidéo de certains événements, est disponible sur le site internet de l'OMC.
 

Reportage ICTSD

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