Les dirigeants africains se préparent pour le sommet sur la zone de libre-échange continentale

9 Février 2018

Les dirigeants africains ont conclu la semaine dernière la 30ème session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine, le sommet donnant lieu à l’adoption d’une série de décisions pour l’intégration économique du continent, concernant notamment la Zone de libre-échange continentale (ZLEC), la libre circulation des personnes et le transport aérien.

Les deux journées de discussion à Addis-Abeba ont également permis aux participants d’évoquer la mise en œuvre l’Agenda 2063, qui constitue le programme de développement que l’Afrique s’est fixé, ainsi que du Programme de développement durable des Nations unies à l'horizon 2030. L’Union africaine (UA) a signé un accord-cadre avec les Nations unies pour mettre en œuvre ces deux grands programmes de manière coordonnée et complémentaire.

Le thème retenu pour le sommet de cette année, à savoir la lutte contre la corruption,  a également occupé une place centrale dans les discussion. Plusieurs dirigeants africains ont souligné qu’en dépit d’une prise de conscience croissante de la nécessité de s’attaquer à ce problème, des efforts supplémentaires restent nécessaires à tous les niveaux.

« Nous devons profiter du thème de cette année consacré à la lutte contre la corruption pour prendre des mesures décisives contre ce fléau qui entrave le développement et sape la cohésion sociale », a déclaré Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’UA, dans son allocation devant l’assemblée.

Le sommet a également été marqué par l’élection du président rwandais Paul Kagame à la présidence de l’UA. Il succède au président guinéen Alpha Condé et guidera le travail de l’organisation pour les douze mois à venir.
 

Sommet de la ZLEC : est-ce le compte à rebours final ?

Les dirigeants africains ont convenu d’organiser un sommet extraordinaire le 21 mars, à Kigali, dans le but d’examiner les textes juridiques concernant la ZLEC et de signer l’accord instituant la zone de libre-échange. Ce sommet sera précédé d’une session extraordinaire du Conseil exécutif de l’UA qui se déroulera le 19 mars, également à Kigali.

« La taille est essentielle. Nous devons créer un marché continental unique, intégrer nos infrastructures et diffuser la technologie au sein de nos économies. Aucun pays ni aucune région ne peut se débrouiller seul(e). Nous devons être efficaces et rester unis », a déclaré Kagame dans son allocution d'ouverture devant la Conférence de l’UA.

Ce projet de méga-ZLE devrait rassembler les 55 pays membres de l’Union africaine au sein d’un marché unique continental comptant plus d’un milliard de personnes et représentant un PIB supérieur à 3 400 milliards US$. S’il est conclu et mis en œuvre avec succès, il deviendrait la plus grande zone de libre-échange au monde en termes de nombre de participants.

Les négociations en vue de la création de la ZLEC ont été lancées en 2015 avec pour objectif initial de conclure une première phase couvrant le commerce des marchandises et des services avant fin 2017. Malgré les progrès significatifs réalisés à la fin de l’an dernier, les membres n’ont pas encore été en mesure de finaliser tous les aspects relatifs à cette première phase des négociations (cf. Bridges Africa, 8 décembre 2017).

Bien que les négociateurs aient achevé en novembre 2017 leur travail sur l’Accord instituant la Zone de libre-échange continentale et le Protocole sur le commerce des services, des discussions supplémentaires sont nécessaires pour résoudre les points de blocage restants concernant le commerce des marchandises, en particulier certains aspects relatifs aux règles d’origine, aux produits sensibles et exclus, aux recours commerciaux et aux industries naissantes.

Les négociations ont repris cette semaine en vue de surmonter les dernières divergences dans la perspective du sommet de mars et le processus de « legal scrubbing » (vérification juridique) est en cours pour les textes déjà finalisés.

L’UA a également annoncé lors du sommet de la semaine dernière un « partenariat stratégique » avec l’Initiative AfroChampions, un groupe de projets public-privé pilotés par des responsables gouvernementaux et des chefs d’entreprise africains. Cette nouvelle collaboration visera à promouvoir la ZLEC en donnant un coup d’accélérateur à l’implication des entrepreneurs du continent.

« En partageant les réflexions de ses membres et leur expérience acquise sur le terrain, l’Initiative AfroChampions nous permettra de définir des approches plus adaptées sur de nombreux sujets techniques, en matière notamment de tarif douanier commun, de facilitation des échanges intra-africains et de libre-circulation des travailleurs, des marchandises et des capitaux », a déclaré Albert Muchanga, commissaire de l’UA au commerce et à l’industrie.
 

Libre circulation des personnes et transport aérien

Dans le cadre d’un autre effort de renforcement de l’intégration continentale, la Conférence de l’UA a adopté un protocole prévoyant la mise en œuvre progressive de la libre circulation des personnes, du droit de résidence et de la liberté d’installation sur le continent, ainsi qu’un projet de feuille de route associé.

Bien que de nombreux observateurs notent que la liberté de circulation des personnes pourrait jouer un rôle central pour libérer le potentiel économique du continent, certains préviennent également que l’application pratique de cette politique exigera un réel engagement des États membres, ce qui pourrait s’avérer difficile au vu des divisions qui se sont manifestées dans les discussions jusqu’à présent.

Tout en évoquant l’importance de mettre en place la ZLEC, Kagame a indiqué que la « liberté de circulation des personnes en Afrique est tout aussi importante », précisant également qu’à ses yeux, cet objectif pourrait être atteint cette année.

Le sommet de l’UA a également donné lieu à la création formelle et au lancement du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), une initiative qui vise à améliorer la connectivité au niveau continental et à développer les secteurs de l’aviation et du tourisme. « C’est une initiative dont la réalisation était attendue de longue date », a déclaré le président de la Commission de l’UA Moussa Faki Mahamat.

À ce jour, 23 États membres se sont engagés à mettre en œuvre immédiatement la décision de Yamassoukro de 1999, qui prévoyait la libéralisation des services de transport aérien au sein du continent. Ils seront les membres initiaux du MUTAA et comprennent l’Afrique du Sud, le Bénin, le Burkina Faso, le Botswana, le Cap-Vert, la République du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, l’Éthiopie, le Gabon, le Ghana, la Guinée Conakry, le Kenya, le Liberia, le Mali, le Mozambique, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, le Sierra Leone, le Swaziland, le Togo et le Zimbabwe.

« La mise en place d’un marché unique du transport aérien africain est indispensable à la réalisation de la vision à long terme d’une Afrique intégrée, prospère et pacifique conformément à l’Agenda 2063 de l’Union africaine », déclare un communiqué de presse de l’UA.

Comme la ZLEC et la libre-circulation des personnes, la création d’un marché unique du transport aérien en Afrique figure parmi les projets phares du plan de mise en œuvre de l’Agenda 2063 pour les dix premières années.

« En nous engageant à éliminer ces barrières, nous enverrons un signal fort en Afrique et au-delà que les choses sont en train de changer », a déclaré Kagame lors du sommet de l’UA.
 

Partenariat UA-ONU

S’exprimant pendant la cérémonie d’ouverture de la Conférence de l’UA, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a réaffirmé l’engagement des Nations unies à travailler à la résolution des problèmes les plus urgents du continent.

Dans un contexte de débat croissant sur les avantages du multilatéralisme, il a indiqué que les Nations Unies et l’UA pouvaient « démontrer que le multilatéralisme [était] notre meilleur et unique espoir ».

Les deux organisations intergouvernementales ont signé l’Accord-cadre UA-ONU pour la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et du Programme de développement durable à l’horizon 2030, qui vise à encourager une coopération accrue et à garantir la bonne intégration des deux programmes aux plans nationaux de développement des pays africains.

« Nos deux programmes – le Programme à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063 – sont complémentaires. L’élimination de la pauvreté sous toutes ses formes est notre principale priorité », a déclaré Guterres.

Grâce à l’adoption d’une approche coordonnée et à l’appui de ce nouvel accord-cadre pour guider leur travail commun, l’UA et les Nations Unies entendent optimiser la mobilisation et l’utilisation des ressources tout en évitant les efforts redondants.

Pour l’avenir, le chef des Nations Unies a également recensé cinq domaines de partenariat renforcé entre les Nations Unies et l’UA : paix et sécurité, développement durable et inclusif, changements climatiques, migrations et lutte contre la corruption.
 

Favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes

Un autre thème ayant retenu l’attention est celui de l’égalité entre les hommes et les femmes, la Conférence de l’UA appelant les États membres à mettre en œuvre l’ensemble des engagements formulés dans la Déclaration solennelle sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique.

Adoptée en juillet 2004, cette déclaration réaffirmait « l’engagement [des pays africains] à poursuivre, à intensifier et à accélérer nos efforts pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux » et énonçait 13 engagements spécifiques sur différents thèmes se rapportant au genre.

« En ce qui concerne notamment les femmes, nous devons leur accorder sans réserve la totalité de leurs droits et de leurs rôles », a déclaré Kagame lors de la cérémonie d’ouverture.

Les représentants officiels de l’Union africaine présents au sommet ont indiqué que l’UA avait fait du bon travail en vue d’assurer une représentation solide des femmes au sein des fonctions de direction, tout en appelant à des efforts supplémentaires pour combler l’écart entre les hommes et les femmes qui existe au niveau de la direction de l’organisation comme des pays.

Pour sa part, Guterres a souligné dans son discours le rôle précieux que les femmes et les jeunes pouvaient jouer pour faire aboutir les objectifs de développement des pays africains.

« La pleine participation des femmes favorise le dynamisme des économies et la réussite des processus de paix », a-t-il déclaré.
 

Reportage ICTSD ; « AU Summit Focuses on African Transformation, Coordination of Sustainable Development Agendas », IISD, 1er fevrier 2018 ; « UN-AU leaders sign Framework for Implementation of Agenda 2063 and 2030 Agenda for Sustainable Development », UNECA, 27 janvier 2018

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