Les financements chinois dans l'énergie doivent évoluer pour soutenir les ODD, selon une récente étude

31 Mai 2016

Boston University, en collaboration avec l’Institut de politique et économie mondiales de l’Académie chinoise des sciences sociales, a récemment publié un document de recherche intitulé « Les avantages et les risques du financement au développement de la Chine dans le secteur mondial de l’énergie », qui examine la prédominance du rôle financier de la Chine dans le secteur mondial de l’énergie, et la manière dont ce rôle doit évoluer dans les prochaines années pour promouvoir de nouvelles sources d’énergie plus conformes aux Objectifs de développement durable (ODD).

Ces dix dernières années, les institutions chinoises de financement du développement ont pris une importance considérable. Comme évoqué dans l’étude, « les 'banques stratégiques' et les fonds chinois ont multiplié par deux le financement du développement au niveau mondial – et détiennent deux fois plus d’actifs que les principales banques multilatérales de développement (BMD) soutenues par les pays occidentaux qui interviennent dans les pays en développement ».

Figure 1 : Actifs mondiaux des banques nationales de développement de la Chine (en milliards de dollars US)

Source : Global Economic Governance Initiative


Ce sujet est d’une importance cruciale pour les économies de l’ensemble du continent africain. En effet, d’après les spécialistes, le financement chinois du développement a été l’un des moteurs de la croissance significative qu’a connue l’Afrique ces dernières années.

En ce qui concerne spécifiquement l’Afrique, la Chine a mis en place diverses initiatives visant à accroître l’investissement public et privé dans la région. La China-Africa Industrial Capacity Cooperation Fund Company Limited (CAICCF), le fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund) et le fonds Africa Growing Together Fund (AGTF) en sont les principales plateformes d’investissement, avec des fonds totalisant plus de 22 milliards de dollars, principalement destinés à des projets de développement liés aux transports, à l’agriculture, à l’énergie et au secteur manufacturier.

L’étude montre également comment les investissements publics et privés réalisés par la Chine en ont fait l’un des leaders mondiaux du financement des projets liés à l’énergie.

« Les banques nationales de développement de la Chine ont déjà autant prêté aux gouvernements étrangers plus que l’ensemble des grandes BMD occidentales pour l’énergie », en contribuant 117,5 milliards de dollars dans ce domaine entre 2007 et 2014, indique l’étude.

Toujours dans le secteur de l’énergie, le niveau de participation des institutions chinoises de financement du développement en Afrique est remarquable. Entre 2005 et 2014, les banques chinoises ont investi 17,8 milliards de dollars dans ce domaine en Afrique, tandis que sur la même période, la Banque mondiale investissait 18 milliards de dollars et la Banque africaine de développement 11,6 milliards de dollars.
 

Des risques significatifs

Le portefeuille énergétique mondial de la Chine présente toutefois la caractéristique notable d’être très exposé aux risques macroéconomiques, climatiques et sociaux, ce qui constitue d’après l’étude une raison importante pour les banques de développement chinoises d’envisager un changement de stratégie.

Par rapport aux BMD occidentales, les banques stratégiques chinoises sont légèrement plus enclines à prêter de l’argent aux pays dont la notation de risque de l’OCDE est plus élevée, ce qui s’explique d’après le document par trois facteurs.

Premièrement, les banques stratégiques chinoises ne sont pas aussi tributaires de notations de crédit que ne le sont les BMD occidentales. Deuxièmement, la Chine ne distribue pas de prêts liés à des conditions de politique intérieure comme le font les BMD. Enfin, ces risques accrus proviennent également de prêts garantis par des matières premières, sachant que la moitié des projets énergétiques de la Chine sont financés de cette manière.

En Afrique notamment, plusieurs pays ont obtenu des prêts garantis par des matières premières telles que le cuivre, les diamants ou le cacao. Ce système s’est toutefois avéré risqué avec le récent plongeon des prix des matières premières, qui ont chuté de 19 pourcent depuis août 2015.

L’étude montre également que la plus grande partie du financement de l’énergie de la Chine est consacrée au secteur des combustibles fossiles, avec 80 pourcent de ce financement destiné à la production d’électricité. Cette stratégie s’accompagne toutefois d’importants risques climatiques et sociaux, notamment dans le secteur du charbon, qui représente 93 pourcent de la totalité des investissements chinois dans le secteur de l’électricité.

Le portefeuille des banques stratégiques chinoises dans les énergies renouvelables, bien que relativement modeste, comporte également d’importants risques sociaux, en raison de sa concentration sur d’importants projets hydroélectriques. Les centrales hydroélectriques sont souvent contestées par les populations locales en raison de leur caractère perturbateur en termes écologiques et culturels.

Bien que ces divers risques soient susceptibles d’inciter les institutions chinoises de financement du développement à repenser la composition de leur portefeuille énergétique, l’impact d’une telle réorientation sur les économies africaines est encore inconnu.
 

Passer aux énergies renouvelables

Cette transition permettrait non seulement aux banques chinoises du développement de réduire les risques significatifs associés aux projets énergétiques actuels auxquels elles sont associées, mais également de promouvoir de nouvelles sources d’énergie, comme par exemple les énergies renouvelables, dans l’esprit des ODD convenus à l’échelon mondial.

À l’heure actuelle, la Chine consacre 66 pourcent de ses financements énergétiques au charbon et seulement 27 pourcent aux projets d’énergies renouvelables. Le contraste est frappant avec les BMD, qui consacrent au niveau mondial plus de 88 pourcent de leurs financements énergétiques aux énergies renouvelables.

Dans le cadre du nouvel Agenda 2030 pour le développement durable, qui englobe les ODD, la Chine s’est engagée à « diriger le financement public vers l’énergie et les infrastructures de façon écologiquement viable et socialement inclusive » note l’étude. Si des progrès ont par exemple été réalisés pour investir dans des projets d’énergie éolienne en Éthiopie et d’énergie solaire au Soudan, ces projets restent modestes et moins d’un pourcent du portefeuille de la Chine en matière d’énergie renouvelable est alloué en dehors du secteur hydroélectrique.

L’étude appelle donc la Chine à réorienter ses capitaux vers un portefeuille d’énergies plus durables et souligne que les investissements dans les technologies énergétiques propres « aideront les banques stratégiques chinoises à réduire les risques associés aux matières premières et à réaliser les objectifs plus généraux de développement durable ».


Reportage ICTSD.

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