Les relations commerciales entre l’Afrique et le Mercosur: Etude de cas du Brésil

6 Mai 2013

Les relations commerciales entre le Mercosur et les pays africains étaient, jusqu'il y a peu, relativement insignifiantes. Les exportations de marchandises du bloc sud-américain vers l'Afrique ne comptaient que pour 3% des importations totales du continent, en 2010, et pour seulement 5% des exportations totales du Mercosur.

Graphique 1 - Développement du commerce extérieur entre le Mercosur et l'Afrique

Source : DNII (International Business and Integration Studies Department) à partir de Trade Map

Cependant, les échanges commerciaux entre le Mercosur et le continent africain se sont  rapidement intensifiés avec un volume  des exportations et des importations en hausse chaque année. L'Egypte et l'Afrique du Sud restent les deux principaux importateurs du Mercosur meme si la part de ces deux pays est en en baisse depuis 2001, alors que les exportations du bloc vers le Ghana, la Libye, le Sénégal, l'Angola et l'Algérie se sont accrues. L'instabilité persistante qui prévaut dans une grande partie de l'Afrique du Nord avec le Printemps arabe,  pousserait  le Brésil à accorder la priorité à ses relations avec l'Afrique subsaharienne.

Importations et exportations

Les importations du Mercosur en provenance d'Afrique sont fortement concentrées sur les carburants fossiles fournis par un petit nombre de pays. Le  Nigeria compte, à lui seul, pour plus de la moitié des importations totales du Mercosur en provenance du continent, suivi de l'Algérie, l'Afrique du Sud, le Maroc l'Angola et la Guinée équatoriale qui, ensemble, représentent, 35% du total des achats effectués par  le Mercosur en 2010. Il y a également des importations relativement importantes (mais en bien plus petites quantités) d'engrais naturels, de sel, de fonte et d'acier.

Concernant les exportations de marchandises du Mercosur vers l'Afrique, le sucre et les produits de confiserie représentent le pourcentage le plus élevé, suivis de près par la viande, les céréales, les graisses, et les huiles animales et végétales. Ces marchandises comptaient pour 60% des exportations totales du Mercosur vers l'Afrique en 2010.

Entre 2001 et 2010, les exportations de viande et d'abats ont réalisé le plus de gains, suivis du sucre. D'autres exportations de produits de base et de produits agricoles manufacturés vers l'Afrique ayant enregistré de bons résultats comprenaient les minéraux, les scories et les cendres, les semences, les oléagineux, le lait et les produits laitiers, le tabac, le poisson et les crustacés, la viande, les produits du poisson, ainsi que les aliments à base de céréales, les boissons, le café, les herbes et les épices.

L'Afrique représente un marché très intéressant pour la région du Mercosur. Ainsi, 63% du sucre importé par le continent vient du Mercosur, ce qui ne représente que 24% de l'ensemble des exportations globales de sucre du bloc. L'Afrique est également fortement tributaire des importations de viande et d'abats (plus de 45%) et il y a donc des possibilités d'améliorer les ventes du Mercosur, qui s'élèvent actuellement à moins de 10%. La pénétration du marché pour d'autres produits alimentaires est similaire à celle enregistrée pour les produits à base de viande. A une plus petite échelle, le Mercosur est un fournisseur relativement important de minéraux, de scories et de cendres (25%), de semences et de fruits oléagineux.

De toute évidence, les relations commerciales entre le Mercosur et l'Afrique, tout du moins à l'égard des produits les plus exportés du bloc, ne correspondent pas aux paramètres typiques des relations Sud-Sud, qui tendent à être dominées par les produits manufacturés industriels. L'Afrique a besoin d'importer des quantités de plus en plus importantes de produits alimentaires car elle amorce son développement et fait face à une forte croissance démographique. L'incapacité du continent à répondre à sa propre demande de produits alimentaires est directement liée aux faibles niveaux de productivité agricole, par rapport à ceux d'autres régions du monde.

Bien que le Mercosur exporte actuellement vers l'Afrique des quantités relativement importantes de véhicules et de pièces automobiles (700 millions de dollars US en 2010), ainsi que des machines, des réacteurs nucléaires, des chaudrons et des appareils mécaniques (450 millions de dollars US), entre autres produits manufacturés, le continent africain ne représente pas encore un marché significatif pour ce type d'exportations du Mercosur.

Un examen plus approfondi de l'importance des relations commerciales entre l'Afrique et, individuellement, chacun des pays du Mercosur, montre que le Brésil est à la fois le principal exportateur (comptant pour 70% du total) et le plus grand importateur au sein du bloc.

Graphique 2 - Commerce extérieur entre le Mercosur et l'Afrique

Source: DNII sur la base de Trade Map

Le total des ventes du Brésil à destination de l'Afrique s'élevait à 12,2 milliards de dollars US en 2011, égalant presque les gains que ce pays tire des exportations vers des pays tels que l'Allemagne et le Japon. Le Brésil a encore un déficit commercial avec l'Afrique, bien que les exportations se soient accrues de 20% par an entre 2001 et 2011. Au cours de la même période, les importations ont enregistré une hausse de 17%, pour atteindre 15,5 milliards de dollars US.

L'Argentine compte pour 30% des exportations totales à destination de l'Afrique et réalise un excédent commercial. En 2010, l'Argentine a exporté pour près de 4 milliards de dollars US et importé pour 300 millions de dollars.

Les ventes de l'Uruguay et du Paraguay se sont accrues à un taux plus élevé que ceux enregistrés par les deux autres partenaires du Mercosur (à un taux annuel de 23% et 48% respectivement, entre 2001 et 2011). L'Uruguay a exporté pour 330 millions de dollars US et importé pour 800 millions, alors que le Paraguay exportait pour seulement 140 millions de dollars, mais avait un excédent commercial car ses importations de marchandises en 2001 ne s'élevaient qu'à un total de 25 millions de dollars.

Pourquoi l'Afrique est importante pour le Brésil ?

Le Brésil devient rapidement un acteur global majeur. Ceci est dû à sa détermination à devenir un géant sud-américain ainsi qu'aux fortes attentes élevées concernant la croissance économique projetée du pays (O'Neill, 2003). Il est donc compréhensible que le Brésil cherche à rehausser son  profil international.

L'Afrique est un bon exemple de la manière dont le Brésil s'efforce de regarder au-delà de sa région, en particulier depuis la présidence de Luiz Inacio Da Silva (2003-2011), au cours de laquelle les relations commerciales avec les pays africains ont été fortement promues. Le Brésil est le pays latino-américain qui a les liens historiques et culturels les plus forts et les plus profonds avec l'Afrique, avec certaines des politiques qui remontent aux années 60.

Les efforts déployés par le Brésil pour obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU ont incité ce pays à concevoir une diplomatie spécifique à l'intention du continent africain, sur la base d'intérêts multiples. C'est  ce qui explique l'élaboration d'un agenda de négociation du Mercosur pour les pays africains. Jusqu'ici, les deux régions ont conclu deux accords, l'un avec l'Égypte, et l'autre avec la SACU (Union douanière d'Afrique australe).

Le Brésil a également augmenté ses investissements en Afrique par l'intermédiaire de grandes entreprises privées et d'Etat, a renforcé la coopération et fourni davantage de lignes de crédit à travers la Banque brésilienne de développement. Le Brésil a renforcé sa présence en Afrique par l'ouverture de nouvelles missions diplomatiques dans la région. En 2006, ITCO a présidé le premier Sommet Afrique/Amérique du Sud (tenu à Abuja, au Nigeria), en coordonnant des actions avec l'Inde et l'Afrique du Sud.

Exploiter l'avantage culturel

Le Brésil bénéficie d'un « avantage culturel » important par rapport à la Chine, la Russie ou l'Inde, en particulier en Afrique lusophone. L'importance d'une langue commune est particulièrement manifeste dans le cas de l'Angola et du Mozambique, mais le portugais est également la langue officielle du Cap-Vert, de la Guinée Bissau, et de Sao Tomé et Principe. Ces pays appartiennent à la Communauté des pays lusophones, au sein de laquelle le Brésil organise fréquemment des ateliers, des séminaires et d'autres activités de formation.

Au cours des dernières années, le Brésil a entrepris près de 200 projets de coopération avec les pays africains dans des domaines allant de la recherche agricole à la médecine et à la coopération technique, entre autres. Ces activités sont essentiellement axées sur les pays lusophones.

Le Brésil bénéficie d'une présence particulièrement forte en Angola, où des entreprises telles que Odebrecht participent activement à des projets de construction de logements conçus par le gouvernement angolais. Parmi d'autres exemples, il y a Vale Company qui a investi plus de 2 milliards de dollars US dans une mine de charbon au Mozambique.

Un certain nombre de dignitaires brésiliens se sont rendus en Afrique lusophone au cours des dernières années. Le ministre des Relations étrangères, Celio Amorim, s'est rendu à Luanda, en 2003, accompagné d'une forte délégation d'hommes d'affaires brésiliens. Le Président Lula a également effectué une visite en Angola, la même année, et peu de temps après, la Banque nationale brésilienne a ouvert une succursale dans ce pays et ouvert de nouvelles lignes de crédit en faveur de ce pays. Un comité bilatéral a également été constitué. Petrobas (Brazilian National Petroleum Co.) a augmenté ses opérations en Angola et la Banque de développement brésilienne a consenti des crédits supplémentaires. En 2007, le Président Lula a effectué une seconde visite en Angola et une délégation de sénateurs brésiliens en a fait de même l'année suivante.

Concurrence avec la Chine

En dépit de ces initiatives, les investissements chinois en Angola et au Mozambique dépassent les efforts commerciaux du Brésil. Selon la Banque chinoise de développement les investissements de la Chine en Angola (troisième producteur de pétrole en Afrique) s'élèvent déjà à 10 milliards de dollars US. On attend en outre 15 milliards d'investissements supplémentaires dans des projets d'infrastructures au Mozambique.

Pour contrer le poids économique grandissant de la Chine sur le continent africain, le Brésil parie sur le lien culturel avec l'Afrique, en particulier dans les pays où le fait de parler le Portugais confère un avantage.

Le Brésil aspire également à être perçu comme un pays respectueux de l'environnement, tout en essayant, dans le même temps, d'être transparent dans les octrois de licences et les appels d'offres internationaux en Afrique, où les hauts niveaux chroniques de corruption et le manque de transparence constituent les risques le plus dangereux pour le développement.

Pour se distinguer des pratiques des entreprises chinoises - à qui l'on reproche souvent de bafouer les lois relatives à l'environnement et au travail dans les pays africains - les compagnies brésiliennes ont adhéré à un code de conduite et d'éthique. Elles tiennent également à employer des travailleurs africains à un moment où la majeure partie des entreprises chinoises qui opèrent sur le continent importent de plus en plus leur main-d'œuvre directement de Chine. En dépit de ces efforts, certains projets brésiliens ont également fait l'objet de critiques à l'égard de leur bilan en matière de protection de l'environnement et du travail.

Auteurs: Ignacio Bartesaghi et Susana Mangana sont chercheurs au Department of International Business and Integration Studies (DNII), Business School, Catholic University of Uruguay.

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