Lever de Rideau sur Copenhague : l’orage parfait

7 Décembre 2009

Le regard du monde est tourné vers Copenhague, au Danemark, où dans le froid, sous un ciel gris, ont convergé une foule de 14 à 18.000 personnes, 192 pays négociateurs,  des douzaines de Chefs d'État, pour des centaines de réunions et d'innombrables discussions sur chacune des questions de changement climatique existantes.

Il y a deux ans, les mêmes pays rassemblés actuellement à Copenhague se réunissaient à Bali, en Indonésie, pour élaborer le Plan d'action de Bali - une simple feuille de route pour mener à bon terme les accords antérieurs souscrits aux fins de la Convention Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), qui ont encore cruellement besoin d'une coopération internationale plus forte. Le produit le plus significatif de la Convention avait été son  Protocole de Kyoto, en 2005. Toutefois, le Protocole reflétait des données scientifiques anciennes et manquait d'ambition politique et de participation du plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde - les États-Unis - qui avaient abandonné l'initiative alors que la plupart des autres pays développés ratifiaient l'accord. L'analyse scientifique et économique menée depuis lors a envoyé un message fort aux décideurs : la poursuite de la routine pourrait provoquer l'orage parfait pour des changements climatiques catastrophiques. Une conversion de tous les pays au développement à faible intensité de carbone est plutôt la seule alternative viable. Cependant, cette option suppose une décision globale pour permettre à tous les pays de participer pleinement et de manière effective.

Toutefois, des conditions peu clémentes ont entravé le processus. Des négociations pesantes au cours des deux dernières années ont abordé chaque paragraphe du Plan d'action de Bali. Il en est donc résulté un projet de texte de négociation embrouillé, où toutes les idées des différentes parties ont été incorporées, mais où les arbres cachaient le puits de carbone de la forêt.  Avec le compte à rebours de Copenhague, le texte a pris forme et les dirigeants politiques ont exercé de plus en plus de poids sur l'accord en instance. Et c'est ainsi que l'orage s'est préparé.

Un rayon d'espoir à travers des perspectives orageuses

Le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, ayant révisé à la baisse les attentes en exprimant son point de vue selon lequel Copenhague n'aboutirait pas à un accord juridiquement contraignant anticipé, beaucoup - en particulier parmi les petits États vulnérables - sont sceptiques quant aux résultats que Copenhague pourrait produire. Toutefois, à partir de ce faible niveau d'attente, de nombreux pays ont formulé des messages de soutien forts à un accord politique solide, avec des éléments juridiques qui pourraient aider promouvoir une action globale. La Chine, l'Inde et le Brésil notamment, ont présenté leurs offres sur la régulation, démontrant l'intention claire des économies majeures du monde en développement d'apporter leur contribution à l'accord.

Obtenir l'adhésion des États-Unis s'est avéré difficile, en dépit du soutien franc du Président américain Barack Obama à l'action globale sur le changement climatique. Les États-Unis ont initié une législation qui vise à mettre le pays en branle, au niveau national, pour appuyer le résultat international. Cependant, autant les projets de loi Waxman-Markey et Boxer-Kerry montrent l'intention des États-Unis de prendre en compte le changement climatique de manière plus sérieuse au niveau national, autant ils ont révélé le côté sombre de l'économie politique nationale américaine. Les groupes d'intérêt et les lobbies insistent sur le fait que les pertes potentielles porteraient préjudice à la compétitivité globale américaine. De plus, ces groupes font pression en vue de la protection, à travers des mesures aux frontières, pour les sociétés américaines tenues de supporter des coûts supplémentaires aux fins du climat. L'insistance croissante sur le fait que la législation ne survivrait pas sans ces mesures n'a fait qu'ébranler le jeu d'équilibrisme délicat en cours dans les négociations et a exacerbé les tensions dans les discussions de haut niveau visant la recherche de consensus.

Cette dernière question met en évidence la seconde question majeure dans le nouvel accord : comment impliquer les pays en développement tout en continuant à appuyer leurs objectifs de développement durable. Il y a un large écart entre pays développés et pays en développement dans la manière dont ils perçoivent la voie vers un renforcement majeur de la régulation et du financement pour prendre en compte le changement climatique. Le principe convenu des « responsabilités communes mais différenciées » a été un pilier du pont supposé relier ces deux mondes, mais la recherche de consensus sur le point de savoir en quoi consistent ces responsabilités et comment les mener à bien n'a pas encore mené précisément à la rencontre des deux camps.

Les pays développés souhaitent que les pays en développement -  en en particulier les plus grandes économies en leur sein - assument des cibles de réduction des émissions mises en application à travers « la surveillance, l'établissement de rapports et la vérification. » Les pays en développement insistent pour que les pays développés entreprennent des réductions d'émissions plus importantes, en conformité avec leur contribution historique au problème, et insistent sur un acheminement effectif du financement et du soutien technologique convenus pour leur adaptation et leur régulation.

Commerce et changement climatique : Que rechercher à Copenhague ?

Les questions du commerce et du climat se recoupent là où les questions de croissance économique, de diversification et de sécurité entrent en jeu. Plusieurs questions liées au commerce international restent dans le cadre des discussions de Copenhague. Et certaines peuvent devenir parties de « l'accord politique » attendu, alors que d'autres peuvent finir par se retrouver dans des processus existants ou de nouveaux processus de négociation en vue d'un futur accord.

Questions commerciales à guetter à Copenhague

Compétitivité

  • Mesures d'ajustement aux frontières pour le carbone: vision et mesures de réponses communes

  • Agriculture et combustibles de soute pour le transport maritime et aérien: approches sectorielles

Moteurs et obstacles technologiques

  • Discussions sur la propriété intellectuelle: développement et transfert de technologie

  • Facteurs propices au développement et à la diffusion: financement

Développement et diversification économique

  • Pour les pays vulnérables: adaptation et financement

  • Pour les pays en développement: mesures de réponse

Diverses préoccupations liées à la compétitivité ressortent dans le contexte des politiques nationales existantes ou nouvelles et des mesures prises, ou envisagées, destinées à stimuler les opportunités de baisse des émissions de carbone ou de décourager les pratiques à forte intensité de carbone. Sur un front connexe, il y a le recours potentiel aux subventions au moment où les pays s'efforcent d'appuyer des secteurs tels que l'agriculture, le transport, l'énergie et la construction pour s'adapter et survivre dans un monde à faible intensité de carbone. L'impact des politiques climatiques sur les marchés d'exportation est une préoccupation particulière pour de nombreux pays dans ce Forum, non seulement par rapport aux exportateurs de pétrole, mais aussi aux produits à forte intensité d'énergie ou de carbone tels que l'acier, l'aluminium et le ciment. Et un ensemble final a trait à l'établissement de normes internationales dans des secteurs où e terrain de jeu pour les pays développés et les pays en développement reste déséquilibré.

D'autres considérations commerciales ressortent sur la question de savoir si le transfert de technologies à faible intensité de carbone et haut rendement énergétique sera un moteur de la prise en compte du changement climatique, ou un obstacle. Les industries et les secteurs nationaux seront tenus d'innover, d'accéder et de mettre en œuvre un grand nombre de nouvelles technologies pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s'adapter au changement climatique. Toutefois, le développement, le déploiement et la diffusion de la technologie ne sont ni bon marché, ni d'un accès facile pour tous les pays.

L'accent sera mis de manière prépondérante, à Copenhague, sur le renforcement de la régulation globale et du financement. En effet, ces deux questions étroitement et fondamentalement liées peuvent déterminer la réussite ou l'échec de l'accord politique. Selon le Rapport sur le développement mondial 2009 de la Banque mondiale, publié ce mois-ci, il faudra entre 144 et 175 milliards de dollars US par an pour aider les pays en développement à mettre en œuvre les mesures de régulation nécessaires pour empêcher un réchauffement climatique mondial de plus de 2°C, alors que les investissements nécessaires pour aider les pays en développement à faire face aux coûts et d'équiper leurs pays pour les impacts climatiques s'élèvent en moyenne à 30 à 100 milliards de dollars US, en sus de l'aide au développement actuelle, qui est de 100 milliards de dollars US. Ce qui est sûr, c'est que plus la régulation est menée de manière précoce, plus les coûts d'adaptation seront faibles ultérieurement.

Qu'attendre de Copenhague ?

Les négociations se déroulement simultanément sur deux axes, la Convention et le Protocole. Chaque axe de travail se conclura soit par une décision, soit se poursuivra dans le cadre de futures négociations. Le résultat le plus innovant sera ‘l'accord politique' conclu par plus de 100 Chefs d'État présents. Cette décision peut contenir des solutions pour le changement climatique, ou simplement, des platitudes. Sous l'angle le plus ambitieux, il pourrait inclure de nouvelles cibles finales pour tous les pays développés ; des actions de régulation quantifiées et vérifiées, de la part de certains ou de tous les pays en développement ; les niveaux et des délais fixes pour le financement du soutien à l'adaptation et à a régulation pour les pays en développement ; un engagement clair sur l'assistance technologique ; de nouvelles institutions pour aider à l'acheminement du financement et du transfert de technologie ; et un mandat en vue d'un nouvel accord juridique dans un délai de 6 mois à 1 an. Autrement, l'accord pourrait soit tomber à l'eau, soit simplement réitérer une reformulation quelconque du Plan d'action de Bali, permettant de poursuivre les négociations.

Ce qu'il faut réellement durant les deux semaines à venir - plus que des manifestations tonitruantes et des commentaires torrentiels - c'est un orage parfait de volonté politique, de perception technique et un esprit de coopération pour ouvrir la voie à l'action globale.

L'ICTSD rendra compte de l'évolution des négociations dans notre bilan de la Conférence de Copenhague du 14 décembre et lors de la conclusion des discussions. Pour des comptes-rendus et les mis à jour sur les questions de commerce et de changement climatique, vous pouvez consulter Passerelles, Mise à jour de Copenhague sous le lien suivant :

http://ictsd.org/climate-change/copenhagen-updates/francais/

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