Mise à jour de mi parcours sur Cancun: La question de Kyoto menace les progrès

6 Décembre 2010

Les oppositions croissantes au Protocole de Kyoto par certains pays développés posent la question de la possibilité d'un régime climatique global ; cependant, une légère note d'optimisme flotte à travers les couloirs des différents lieux accueillants les négociations principales de l'année sur le changement climatique à Cancun, alors que la première semaine de négociations touche à sa fin. La plupart des discussions ayant lieu au sein de l'imposante station balnéaire du Moon Palace ont été fermé aux personnes extérieures. La session bilan de mi parcours a mis en avant les avancées réalisées sur un nombre de secteurs clés. Au cours de la semaine finale, ministres et présidents sont mis au défi de démêler les problématiques les plus difficiles et contentieuses et de déterminer si un accord au Mexique est possible.

Les négociations ont lieux sous quatre angles différents à Cancun. Les deux organismes subsidiaires abordant les aspects scientifiques et techniques ainsi que la mise en œuvre de la Convention ont porté de nombreuses problématiques à un terme, mais ont laissé un certain nombre d'autres problématiques en suspens pour être examiné plus en détail. Les deux autres négociations de taille, sur l'action de long terme sous forme de coopération (LCA en anglais) et le futur du Protocole de Kyoto, ne sont parvenues qu'à une résolution partielle durant la première semaine. Tout comme la disparité peu commune entre les personnes présentes pour raison professionnelle à la Conférence des Parties (COP en anglais) et les vacanciers en maillot de bain, la diversité des opinions représentée jusqu'à ce point dans les négociations est saisissante. En effet, alors que certaines zones paraissent prêtent au consensus, d'autres nécessitent beaucoup plus de travail qu'il ne semble réalisable à Cancun.

Un  nouveau texte préparatoire sur l'action à long terme

Au moment de clôturer la première semaine de négociations, Margaret Mukahanana-Sangarwe -présidente du groupe de travail ad hoc sur l'action de long terme sous forme de coopération (AWG-LCA en anglais) - a communiqué une nouvelle version du texte de négociations aux délégués et leurs ministres respectifs afin qu'ils l'étudient.

Au moment de communiquer le texte préparatoire, Mukahanana-Sangarwe a mis l'accent sur le progrès réalisé en matière d'adaptation, en particulier sur les dispositions et fonctions institutionnelles. Au sujet de l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre, elle a souligné les consultations en cours et le travail additionnel requis. La présidente a également noté qu'un accord de financement, en particulier le financement à long terme et l'établissement du fond proposé, était sur le point d'être conclus. Les négociations en matière de transferts de technologies sont également « plus proche d'une solution de compromis », a-t-elle dit avec précaution. En matière de renforcement des capacités et de vision partagée, la présidente à ajouté avec précaution que plus de travail et de compromis seraient nécessaires afin de parvenir à un résultat.

Le texte préparatoire de 33 pages aborde le financement climatique et engage les pays développés à fournir 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour l'adaptation au changement climatique. Le texte fais également échos à des discours récurrents sur la nécessité de faire baisser les émissions industrielles de manière drastique en tant qu'élément crucial de l'effort de plafonnement du réchauffement climatique à deux degrés Celsius au dessus des niveaux de températures préindustrielles. Le projet appelle également à un réexamen nécessaire sur le niveau de plafonnement afin de déterminer si les deux degrés ne devraient pas être réduits à un et demi aux vues de nouvelles preuves scientifiques sur l'augmentation de la fréquence des désastres naturels.

Bien qu'un certain nombre de ces problématiques soient véritablement prêtes pour un accord ici à Cancun, elles pourraient ne pas donner lieu à une décision finale si les pays négociateurs ne parviennent pas à passer outre les blocages sur quelques une des questions les plus controversées, telles que la poursuite du Protocole de Kyoto, l'augmentation des objectifs pour les pays développés et la mesure, notification et vérification des engagements pris par les pays en développement.

Les groupes écologistes, qui ont émis des critiques régulières sur les positions des pays développés dans les négociations sur le climat, ont manifesté leur approbation pour le nouveau texte. Gordon Sheperd, directeur de l'initiative Globale sur le Climat du WWF, a salué le texte pour sa fermeté sur les engagements à prendre et l'a décrit comme « une bonne base pour les négociations ».  Malgré tout, il a averti que le texte devrait aborder l'écart entre les promesses de financement en vertu de l'Accord de Copenhague et la réalité des engagements actuels. « Nous souhaiterions voir un processus mis en place immédiatement qui aborde cet écart et propose une manière de l'amoindrir », a affirmé Sheperd.

Mais en dépit de l'optimisme sur les avancées dans les pourparlers sur les LCA, l'accord est loin d'être passé. Les opinions sur plusieurs problématiques restent grandement divergentes.  Par exemple, les discussions sur la forme juridique à donner aux résultats obtenus au cours du sommet de Cancun, ont montré qu'il s'agissait d'une question sensible, suscitant des opinions diverses. Certains voulant inclure ceux-ci comme une décision COP 16, d'autres voulant les inclure au cours d'une procédure durant les intercessions, d'autres encore voulant déléguer cette décision au AWG - LCA (ou d'autres organismes subsidiaires). Malgré tout, le texte préparatoire proposé par la présidente a été bien reçu par les nombreuses divisions et dans de nombreux cas offre des options multiples sur la manière de procéder.

Le Mexique fait pression pour une avancée des négociations sur les forêts

La première semaine a également vu le Mexique émerger en tant que fervent partisan de l'initiative collective des Nations Unies sur la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+ en anglais). A l'approche de COP 16, REDD+ a fait l'objet de nombreuses spéculations sur une avancée possible à Cancun. Le Mexique semble avoir adopté cette problématique comme son projet phare avec l'implication directe du président Felipe Calderon. REDD+ a été isolé comme l'une des problématiques qui pourraient avancer même en l'absence d'un accord complet sur le climat.

Cependant, les blocages posés par la Bolivie et l'Arabie Saoudite menacent de faire dérailler les pourparlers. La Bolivie a contesté ce qu'elle croit être un manque de garanties pour le maintien du contrôle exercé par les populations autochtones sur des terres qui leurs sont attribuées de manière coutumière. Pendant ce temps, des sources affirment que l'Arabie Saoudite s'est mise en retrait afin de faire pression sur d'autres questions. S'adressant aux parties présentes lors du « Forest Day », en marge de la conférence principale, le président Calderon a imploré les négociateurs à faire avancer la question, mettant l'accent sur le caractère urgent de l'action requise.

Kyoto: la problématique qui créera ou détruira

La pression continue et énergique exercée par un ensemble de pays développés pour mettre fin au Protocole de Kyoto après sa première phase de mise en œuvre en 2012 est l'une des questions centrales sur lesquelles les discussions reposent. Le Japon a choqué de nombreux participants le jour de l'ouverture des pourparlers COP 16 en déclarant fermement qu'il n'approuverait pas une extension du Protocole. « Même si l'extension du Protocole de Kyoto devient un élément majeur à l'ordre du jour au sommet de Cancun et que le Japon se trouve isolé sur la question, il ne cèdera pas »,   a affirmé Hideki Minamikawa, vice ministre pour les affaires globales environnementales au ministère de l'environnement japonais.

Alors que la position du Japon sur le Protocole de Kyoto est largement connue, le choix du moment de l'annonce a été vu par beaucoup comme un signe que les parties adverses ne pourraient peut être pas parvenir à combler des lacunes majeures à Cancun. Si tous les pays n'ont pas révélé leurs cartes sur la question de Kyoto, la Russie, la Nouvelle Zélande, l'Australie et le Canada ont également  montré leur opposition à la continuation du Protocole.

Au cours de la dernière année, les pays développés ont répété leurs appels planétaires à ne pas "tuer le Protocole de Kyoto". Nombre des pays en développement ont affirmé qu'ils n'accepteraient pas une action de réductions des émissions sous forme de LCA à moins que les pays développés réduisent de manière plus poussée leurs émissions en accord avec le Protocole. Au même moment, les pays développés insistent sur le fait qu'il n'y aura d'accord sur aucune des problématiques à Cancun - même celles qui ont atteint un consensus - à moins qu'un accord sur les réductions soit passé pour les pays en développement. Le ministre de l'environnement indien, Jairam Ramesh, a décrit l'énigmatique Protocole de Kyoto comme "la problématique qui créera ou détruira".

Il est prévu que les ministres participent à des consultations sur un ensemble de questions liées au Protocole de Kyoto et aux LCA cette semaine. Les discussions ont débuté lors d'un dîner informel organisé samedi par le gouvernement mexicain et continueront en groupes restreints tout au long de la semaine à venir. Les ministres délibéreront sur les questions individuelles sous chacun des angles mentionnés ci-dessus, mais certaines rumeurs laissent penser qu'ils les aborderont également sous les quatre angles de manière conjointe. De nombreux pays en développement et organisations ayant un statut d'observateur considèrent que « l'effondrement » des deux terrains de négociations mettrait un terme au Protocole de Kyoto et placerait les pays en développement dans une position compromettante vis-à-vis de leurs partenaires de négociation.

A mesure que la fin du sommet approche, l'urgence va rapidement révéler quelles problématiques sont susceptibles d'être résolues à Cancun et lesquelles seront reportées lors de COP17 à Durban l'année prochaine.  Comme la ministre des affaires étrangères mexicaine, Patricia Espinosa l'a souligné au début du sommet, le timing est essentiel et le temps est compté. « Il est temps de faire un effort commun avant qu'il ne soit trop tard », a-t-elle dit. « Nous pouvons parvenir à des résultats seulement si nous nous engageons à faire des progrès. »

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