Pays en développement sans littoral : le commerce est essentiel pour réaliser les ODD

5 Juillet 2016

Les ministres et représentants gouvernementaux des pays en développement sans littoral (PDSL), réunis à Genève les 23 et 24 juin pour le cinquième sommet des ministres du commerce des PDSL, ont souligné le rôle essentiel que le commerce pouvait jouer dans la réalisation des aspirations du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et notamment de ses 17 Objectifs de développement durable (ODD).

Ce sommet, organisé conjointement par l’OMC et le Bureau du Haut Représentant pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement (UN-OHRLLS), a offert aux PDSL l’occasion de discuter de la manière d’exploiter au mieux le potentiel du commerce pour soutenir la transformation économique et le développement durable de ces économies.

« Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et le Plan d’action d’Addis-Abeba reconnaissent que le commerce international contribue à la promotion du développement durable et qu’il joue un rôle crucial dans la croissance économique inclusive et la réduction de la pauvreté », a souligné Gyan Chandra Acharya, Sous-Secrétaire général des Nations unies et Haut Représentant pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement.

Les ministres des PDSL ont adopté une déclaration politique qui réitère les besoins de développement de leurs pays et identifie les options possibles pour que le commerce contribue de façon plus efficace à la réalisation de leurs objectifs de développement.


Une situation difficile

L’absence d’accès à la mer entrave considérablement les efforts de développement économique des PDSL. Leur enclavement a pour conséquence des coûts de transit et de commerce beaucoup plus élevés (plus du double de ceux des pays côtiers) qui limitent considérablement leur compétitivité sur les marchés internationaux et les empêchent de profiter des avantages potentiels du commerce international.

« Les PDSL se trouvent confrontés à des coûts commerciaux très élevés en raison de leurs caractéristiques géographiques, ce qui affecte leur capacité à utiliser le commerce comme outil de croissance », a indiqué le Secrétaire général de l’OMC, Roberto Azevêdo, dans son allocution d’ouverture.

En conséquence, les économies des PDSL continuent d’occuper une position marginale dans le commerce international, ne représentant qu’un pourcent environ des exportations totales de marchandises. Elles attirent également moins d’investissement direct à l’étranger (IDE).

Le renforcement de leur capacité à utiliser le commerce comme outil de développement figure donc parmi les principales priorités des PDSL, comme l’a noté Raymond Mpundu, Ministre adjoint du commerce et de l’industrie de la République de Zambie et Président du groupe des PDSL. « Pour nos pays, le développement du commerce constitue une priorité en vue de réaliser le potentiel de développement de nos économies et garantir qu’aucun PDSL ne soit laissé de côté », a-t-il commenté.

Dans le souci de contribuer à l’amélioration des perspectives des PDSL, la réunion ministérielle a permis aux participants de s’engager dans des échanges substantiels sur la manière de développer au mieux les capacités commerciales aujourd’hui limitées des PDSL et de les connecter davantage aux marchés internationaux.

« Nous souhaitons transformer les pays enclavés en pays désenclavés avec la coopération des pays de transit, des partenaires de développement, des Nations unies et d’autres organisations internationales et régionales », a déclaré le Sous-Secrétaire général des Nations unies M. Acharya.


Le rôle clé de l’AFE

Au cours du sommet, plusieurs participants ont souligné l’importance cruciale du rôle de l’OMC pour aider les PDSL à mieux exploiter leur potentiel commercial. Roberto Azevêdo a noté que l’organe mondial du commerce pouvait contribuer « de plusieurs manières » à la réalisation de cet objectif.

La déclaration adoptée par les ministres des PDSL appelle notamment à une ratification et une mise en œuvre rapides de l’Accord de l’OMC sur la facilitation des échanges (AFE). Dûment mis en œuvre, l’AFE pourrait générer des avantages substantiels pour les pays sans littoral grâce aux disciplines relatives à la transparence et à l’efficacité des procédures de transit.

« Nous prévoyons qu’une fois mis en œuvre, l’accord pourrait réduire les coûts des échanges de plus de 15 pourcent en moyenne pour les PDSL, soit plus de 19 pourcent pour les produits manufacturés et plus de 11,5 pourcent pour les produits agricoles », a déclaré M. Azevêdo.

Pour que ces gains potentiels se concrétisent, la déclaration exhorte les membres de l’OMC à « continuer d’apporter une assistance en matière technique, financière et de renforcement des capacités aux PDSL, de façon durable, pour une mise en œuvre efficace de l’accord », tout en appelant également à la mise en place de facilités et de programmes de soutien spécifiques par les organisations internationales, comme cela a été fait avec le Mécanisme pour l'Accord sur la facilitation des échanges de l'OMC. 

Le document appelle également les pays de transit à coopérer de façon productive pour une application rapide des dispositions de l’accord en vue de réduire effectivement les délais et les coûts de transit.

Dans son discours, le Président du groupe des PDSL, Raymond Mpundu, a toutefois noté que la mise en œuvre de l’AFE pourrait de pas s’avérer suffisante à elle seule et qu’elle a donc besoin d’être accompagnée « d’initiatives visant à résoudre les difficultés liées aux infrastructures pour des résultats et un impact tangibles ».


Vers un programme de travail pour les PDSL à l’OMC ?

Dans leur déclaration, les ministres ont également réitéré leur souhait qu’un programme de travail spécifique pour les PDSL soit mis en place au niveau de l’OMC en vue de « répondre aux besoins, aux difficultés et aux vulnérabilités spécifiques des PDSL en vue d’accroître leur participation au système commercial multilatéral ».

Lors de la dixième conférence ministérielle de l’OMC (MC10), qui s’est tenue à Nairobi en décembre 2015, les ministres des PDSL avaient publié un communiqué dans lequel ils demandaient déjà la création d’un tel programme.

« Nous soulignons l’importance d’avoir un Programme de Travail spécifique pour les PDSL d’ici la onzième conférence ministérielle », indique la déclaration, qui précise en outre que les principaux domaines concernés devraient inclure la facilitation des échanges, l’agriculture, l’aide pour le commerce, les services et l’accession.

Le document aborde également des sujets plus généraux relatifs à l’OMC, soulignant notamment la nécessité que les discussions et négociations post-Nairobi soient justes, équilibrées et axées sur la dimension du développement.

Les ministres des PDSL reviennent notamment sur l’importance du principe du traitement spécial et différencié, qui constitue selon eux l’une des pierres angulaires du régime juridique de l’OMC. « La réaffirmation de ce principe doit faire partie intégrante des travaux de l’OMC ainsi que de tout accord ou toute décision ultérieure », indique la déclaration.

En matière d’agriculture notamment, le document souligne que ce secteur est d’une importance cruciale pour les économies des PDSL, et tout en appelant à une mise en œuvre rapide des décisions de la MC10 sur la concurrence à l’exportation et le coton, indique que les PDSL « attachent une importance particulière à la poursuite du processus de réforme afin de promouvoir l’accès aux marchés et de réduire ou d’éliminer les mesures de soutien interne ayant des effets de distorsion ».


Le besoin de soutien et de financement

Tout au long du sommet comme dans la déclaration, les ministres ont également souligné le besoin de soutien et de financement adéquat des PDSL pour parvenir à une transformation structurelle et un développement durable grâce au commerce.

Rappelant les engagements internationaux figurant dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et le Plan d’action d’Addis-Abeba, le Sous-Secrétaire général des Nations Unies Acharya a fait remarquer qu’il « était essentiel que les pays en développement sans littoral tirent parti de ces engagements pour renforcer leurs capacités productives, construire des infrastructures liées au commerce et assurer des formalités de transit efficaces et sans entrave pour leurs produits sur les marchés internationaux ».

À cette fin, la déclaration précise que l’aide publique au développement (APD) restera cruciale, car elle représente la plus importante source de financement international pour un certain nombre de PDSL. L’APD devrait donc faire office de catalyseur, en aidant les PDSL à mieux s’intégrer à l’économie internationale et en encourageant la diversification de leur structure de production.

Les ministres des PDSL mentionnent en particulier un certain nombre d’initiatives dans leur déclaration, dont notamment l’Initiative Aide pour le Commerce de l’OMC, qui vise à mobiliser un soutien financier en vue de s’attaquer aux limitations commerciales rencontrées par les pays en développement, y compris les PDSL.

Le document indique que l’aide pour le commerce devrait tenir compte des besoins spécifiques des PDSL, « y compris le renforcement des capacités pour l’élaboration de politiques du commerce, la participation aux négociations commerciales et la mise en œuvre de mesures de facilitation des échanges, ainsi que la diversification des produits destinés à l’exportation et le renforcement des capacités productive en vue d’accroître la compétitivité des produits des PDSL sur les marchés d’exportation ».

Malgré toute l’importance accordée à l’APD, les ministres des PDSL reconnaissent également l’importance du rôle « complémentaire et catalytique » des flux internationaux de capitaux à long terme, dans le cadre notamment de l’investissement direct à l’étranger.

« Nous nous engageons à continuer de promouvoir des politiques favorables pour attirer l’investissement direct à l’étranger et promouvoir le commerce ainsi que le développement durable des PDSL », indique la déclaration.


Reportage ICTSD.

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