PMA et BRICS: des enjeux commerciaux et d’investissement importants

10 Mai 2011

Le renforcement de la coopération Sud-Sud pour le développement est crucial à l’intensification des relations entre les PMA et les autres pays en développement. L’idée de la coopération Sud-Sud est née pendant la période de la décolonisation avec notamment le Plan d’action de Buenos Aires (1978) ayant marqué une étape importante dans son élaboration. Pourtant, pendant les vingt ans qui ont suivi, les pays en développement se sont désintéressés de la question et ce n’est que vers la fin des années 1990 que les responsables politiques ont redonné la priorité au renforcement des relations et des flux économiques entre les pays en développement. Dans cette optique des pays en développement tels que le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et la Turquie, ont sensiblement accru leur budget de coopération pour le développement, créé des institutions spécialisées, lancé de nouveaux programmes et de nouveaux fonds et renforcé ceux qui existaient déjà.

La Chine, en particulier, est fortement engagée dans les projets d’infrastructure en Afrique (routes, aéroports, ports, centrales électriques, conservation de l’eau, télécommunications, secteur minier, agriculture et industrie). Pour sa part, l’Inde a joué un rôle actif dans les projets d’infrastructure des PMA asiatiques et aussi, plus récemment, africains. Les initiatives d’aménagement du territoire lancées par l’Afrique du Sud mettent l’accent sur le renforcement des infrastructures et des activités industrielles durables dans les zones qui connaissent les plus forts taux de pauvreté et de chômage.

Le plus souvent, le renforcement de la coopération Sud-Sud pour le développement est allé de pair avec l’augmentation des flux commerciaux et des flux d’investissement entre les pays en développement donateurs et les PMA bénéficiaires. Dans le cadre de ces transactions commerciales certains accords dénommées «ressources naturelles contre infrastructures» ont été conclus entre la Chine et certains pays africains. Aux termes de ces accords, la Chine construit des infrastructures (routes, ponts, centrales électriques, par exemple) dans les pays africains en échange de contrats à long terme lui assurant un approvisionnement en matières premières (pétrole, minerais, produits agricoles, etc.) sous forme d’exportations.

La coopération technique est un élément important de la coopération Sud-Sud pour le développement. Elle se matérialise souvent par l’envoi régulier d’enseignants, de personnel médical, d’agronomes et d’ingénieurs a permis aux PMA d’acquérir des connaissances essentielles dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de la protection de l’environnement et de l’ingénierie.

L’accélération de la croissance économique dans plusieurs pays en développement et le renforcement de l’intégration régionale entraînent surtout une diversification accrue des partenariats économiques et de développement pour les PMA. La multiplication des débouchés commerciaux et des possibilités d’investissement, de financement public et d’acquisition de connaissances qui en résulte contribue à réduire la vulnérabilité des PMA aux chocs externes, car elle répartit les risques liés à ces chocs.

Du point de vue des PMA, les relations économiques Sud-Sud seront d’autant plus bénéfiques qu’elles favoriseront directement ou indirectement l’accumulation de capital, la création d’emplois, l’apprentissage technologique, la diversification et la modernisation de la production et des exportations, les relations économiques intérieures et/ou le renforcement des capacités nationales.

Des relations commerciales en expansion

On dit souvent que le commerce Sud-Sud permet aux pays en développement de diversifier leur commerce extérieur. En ce qui concerne la composition du commerce extérieur des PMA avec leurs principaux partenaires commerciaux en développement, on observe que les importations se sont diversifiées, alors que les exportations sont devenues plus concentrées. Les importations de produits manufacturés bon marché ont très certainement contribué à améliorer le pouvoir d’achat des consommateurs des PMA et donc à atténuer la pauvreté.

Toutefois, la poussée des importations en provenance des principaux partenaires commerciaux en développement a aussi eu pour effet de freiner la production industrielle intérieure et le commerce régional. La progression du commerce avec ces partenaires a accru la spécialisation des PMA africains et asiatiques dans les produits de base. Elle ne s’est donc pas accompagnée de la diversification des exportations de ces pays vers des produits à plus forte valeur ajoutée et/ou à potentiel d’apprentissage plus élevé. Il importe néanmoins de considérer la dynamique des relations économiques entre les PMA et leurs principaux partenaires commerciaux en développement. Si l’on se place dans une perspective d’avenir, les exportations de produits transformés des PMA à destination de pays en développement à croissance rapide peuvent augmenter. Ces pays sont en effet dotés d’industries en voie de modernisation et possèdent des classes moyennes de plus en plus nombreuses, dont les revenus et le pouvoir d’achat augmentent, stimulant la demande non seulement de ressources naturelles mais aussi de produits d’exportation non traditionnels plus diversifiés, tels que les produits de base transformés, les produits de l’industrie manufacturière légère, les biens d’équipement ménager, les produits alimentaires et les services touristiques. Les PMA ont le potentiel nécessaire pour exporter ces biens et services non traditionnels de manière compétitive à destination de certains de ces pays en développement.

Investissement étranger direct

Les entrées d’IED peuvent avoir un effet positif sur le développement des PMA si elles contribuent à promouvoir les capacités productives de ces pays. Les IED des pays en développement peuvent être plus efficaces que ceux des pays développés parce que les conditions économiques et institutionnelles des pays d’origine et des pays d’accueil sont plus proches. Ces similitudes facilitent l’établissement des STN (société transnationales) de pays en développement dans le PMA d’accueil, favorisent la création d’emplois et simplifient le transfert de technologie et de connaissances auprès des acteurs locaux.

L’accélération des flux d’IED des pays en développement vers les PMA a certainement contribué à stimuler les exportations de ces derniers ainsi que la formation de capital. Ces investissements ont, en outre, accéléré la création d’emplois dans l’industrie manufacturière et le tourisme. Ces deux secteurs représentent, toutefois, une part très faible de ces entrées d’IED qui sont destinées pour la plupart à des projets à forte intensité de capital (en particulier dans le secteur des ressources naturelles), lesquels n’ont généralement que peu d’effets sur la création d’emplois. De plus, les projets attirant l’IED dans les PMA − dans le secteur primaire et souvent aussi dans les secteurs secondaires et tertiaires − tendent à fonctionner comme des enclaves, très bien intégrées au niveau
international, mais peu reliées à l’activité économique nationale. Ces facteurs brident sérieusement le potentiel qu’a cette catégorie d’IED de stimuler l’activité, l’apprentissage et la modernisation technologique dans le pays d’accueil.

Les retombées fiscales de l’IED Sud-Sud dans le secteur des ressources naturelles tendent à être très faibles, ce qui est un problème d’autant plus capital qu’elles constituent le meilleur moyen de s’assurer que l’investissement étranger dans les industries extractives profite au développement. Or, souvent, pour attirer les investisseurs étrangers (y compris ceux de pays en développement), les PMA ont offert des conditions extrêmement avantageuses à ceux qui souhaitaient s’engager dans ce secteur.C’est pourquoi, le montant des impôts, des droits et des redevances versés par les STN du secteur est généralement très modeste, sauf dans les cas où l’État est lui-même actionnaire des sociétés d’exploitation. Les gouvernements des PMA d’accueil ne touchent habituellement qu’une part modique de la rente minière, privant leur pays des retombées positives très importantes de ces investissements.

En résumé, l’IED des pays en développement dans les PMA a contribué à cantonner ces derniers à la spécialisation et à la place qui étaient traditionnellement les leurs dans la division internationale du travail, avec une concentration sur les produits de base et les produits manufacturés à faible valeur ajoutée. Ainsi, l’IED Sud-Sud a un effet sur le développement comparable à celui du commerce Sud-Sud auquel il est fortement lié. Toutefois, il a la possibilité de contribuer à la diversification des structures économiques des PMA, comme le fait l’IED dans les secteurs non traditionnels (comme le secteur manufacturier et les services financiers et de télécommunications), dont la part est encore modeste mais qui peut augmenter dans l’avenir.

Sources : rapport sur les Pays les Moins Avancés 2010, intitulé « Vers une nouvelle architecture internationale du développement pour les PMA » (UNCTAD/LDC/2010), Synthèse ENDA.

Note Dans ce rapport, la CNUCED analyse les relations entre les PMA et les autres acteurs en développement dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Ventura-Dias, 2010

notamment Klinger, 2009; Shirotori and Molina, 2009

Balat and Porto, 2007; Aguilar and Goldstein, 2009

UNCTAD, 2006: 183-200

Centre for Chinese Studies, 2006

UNCTAD, 2007: 33-36

UNCTAD, 2005: 108-115, et 2005b: 37-63

UNCTAD, 2010b: 155 158

This article is published under
10 Mai 2011
La Conférence ministérielle de l’initiative NEPAD-OCDE sur l’investissement en Afrique, s’est tenue à Dakar les 26 et 27 Avril 2011. Cette rencontre, cinquième du genre, a été présidée par le...
Share: 
10 Mai 2011
Le Président du Comité du commerce et du développement (CCD), l’Ambassadeur Pakistanais Shahid Bashir, a adressé au Comité de négociations commerciales (CNC) un rapport sur l’état d’avancement des...
Share: