Quelles solutions contre la volatilité des prix des produits alimentaires

15 Août 2011

La volatilité des prix, surtout des denrées alimentaires, inquiète la communauté internationale, au point d'avoir été l'objet d'une réunion exceptionnelle des ministres de l'agriculture des pays du G-20 tenue à Paris du 22 au 23 juin dernier. Aussi bien les pays développés et ceux en développement s'intéressent à ces prix qui ne cessent de monter depuis quelques années, et ont connu deux pics importants : le premier au dernier trimestre 2008, se prolongeant tout au long des deux premiers trimestres 2008 et le second au dernier semestre 2010.

Diverses solutions sont envisagées. Certaines institutions internationales avaient élaboré à cet effet un rapport  intitulé : « La volatilité des prix et les marchés agricoles : réponses politiques ». [1] Ce rapport a proposé « des options pour mieux atténuer et gérer les risques associés à la volatilité des prix des produits alimentaires et d'autres produits agricoles de base, sans fausser le comportement des marchés ».

Les pays pauvres d'Afrique payent le plus lourd tribut

Les plus vulnérables sont les populations des pays pauvres à travers le monde et plus particulièrement ceux d'Afrique subsaharienne qui font face à un déficit alimentaire. Sur ces vingt dernières années, la facture alimentaire de ces pays a été multipliée par cinq ou six.

Ces pays  qui se situent pour la plupart en Afrique subsaharienne sont aussi fortement dépendants des importations de riz et de blé pour nourrir leurs populations. Ces pays ont vu, ces dernières années, leur dépendance vis-à-vis des importations de denrées alimentaires s'accroître considérablement, à la fois en raison d'une croissance démographique forte et parce qu'ils n'ont pas suffisamment pu investir dans l'agriculture vivrière. Il est difficile pour les ménages de ces pays de supporter la hausse des prix d'autant plus qu'ils consacrent entre 60 et 70% de leur budget à l'achat de nourriture.

« La volatilité et le niveau élevé des prix des denrées alimentaires aggravent les souffrances des populations pauvres et pourraient pousser davantage de personnes dans la pauvreté », a déclaré le président du Groupe de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick. « Nous devons donner la priorité aux problèmes alimentaires et protéger les populations pauvres et vulnérables qui consacrent la majeure partie de leurs revenus à l'alimentation ».

Selon la Banque mondiale, depuis le mois de juin 2011, 44 millions de nouvelles personnes sont affectées par la crise alimentaire du fait de la flambée des prix. [2]

Des promesses non tenues

Des engagements en matière de lutte contre la faim ont été pris par les Etats membres du G20 lors des sommets du G20 à Rome en 2008 et du G8 à L'Aquila (Italie) en 2009. Mais ces promesses ne sont pas tenues.

Pour rappel, en 2009 au sommet du G8 à L'Aquila, un appel a été lancé pour mobiliser 22 milliards de dollars pour lutter contre l'insécurité alimentaire dans le monde.

Jacques Diouf, le directeur sortant du FAO rappelait récemment au G 8 ses promesses en ces termes : "J'espère qu'ils [les pays du G8] tiendront leur promesse car, pour l'instant, cet argent n'est toujours pas arrivé à destination, espérons que cet effort finisse par se concrétiser."

Jusqu'à présent, seuls 22% des 22 milliards de dollars promis ont été dépensés, à seulement un an du terme de cette initiative.

Les « solutions » contestées du G 20

Le dernier sommet du G 20 a proposé des solutions pour venir à bout de la volatilité des prix. L'objectif serait aussi de trouver des solutions à la crise alimentaire.

Le sommet du G 20 de Paris s'est terminé par l'adoption d'un plan d'action  qui dégage 5 objectifs :

-          améliorer la production et la productivité agricoles afin de nourrir la population mondiale, qui selon les Nations Unies devrait atteindre 9,1 milliards de personnes d'ici 2050

-           accroître l'information et la transparence du marché;

-          renforcer la coordination politique internationale;

-          améliorer et développer les outils de gestion du risque pour les gouvernements

-          améliorer le fonctionnement des marchés dérivés de produits agricoles. [3]

Les ministres de l'agriculture du G20 font du partage de l'information une priorité. Ils souhaitent amener les pays agricoles clés à partager leurs données au sujet de leurs stocks de produits respectifs (notamment le riz, le maïs et le blé).

Cette stratégie permettra d'améliorer les perspectives du marché, et de pouvoir réguler les prix, à défaut de pouvoir contrôler leur évolution.

Pour la mise en œuvre de cette stratégie, le G20 compte mettre sur pied un Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS) qui sera logé à la FAO, à Rome. Les pays qui étaient réticents comme ceux du Sud (l'Inde et la Chine principalement) ont finalement accepté cette proposition.
Une autre question importante a été celle relative à la régulation des marchés financiers. Les ministres de l'agriculture ont demandé à leurs collègues en charge des questions financières de l'inscrire et d'en débattre lors de leur prochaine rencontre qui se tiendra  au courant du mois de juillet.

Beaucoup d'organisations de la société civile contestent cette démarche et accusent le G 20, de manquer de volonté politique pour changer la donne. Certaines d'entre elles, comme Oxfam, invitent ces pays membres du G20 "à agir maintenant pour réparer le système alimentaire qui est détraqué".

Pour les responsables d'Oxfam, ces pays doivent ainsi " intervenir pour réguler le marché des matières premières et réformer les politiques défectueuses des biocarburants [qui accaparent des terres agricoles]. Ils doivent investir auprès des petits producteurs dans les pays en développement et les aider à s'adapter au changement climatique".

Une autre voix non moins importante de la société civile dénie toute légitimité au G20 de parler de cette question : il s'agit du mouvement paysan international "La Via Campesina" qui, dans un communiqué paru ce 16 juin 2011, condamnait les tentatives répétées de la part des gouvernements des pays les plus riches de la planète de s'accaparer et de contrôler les politiques alimentaires, ce qui affecte non-seulement « les paysans, les paysannes mais également tous les êtres humains ».

Dans le même ordre d'idée, il estime que « le G20 n'a aucune autorité pour dicter ses politiques au reste du monde » d'autant plus qu' « il est non seulement illégitime, mais, il est aussi incompétent ».

Synthèse Enda

Source: Olivier de Schutter, Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, http://www.srfood.org/index.php/fr

Accord du G 20 sur la volatilité des prix, http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/06/23/accord-au-g20-agricole-sur-la-lutte-contre-la-volatilite-des-prix_1539953_3234.html#ens_id=1537511

Sources : Voir article de Bridges Weekly, G20 agriculture ministers unveil plan to tackle high food prices, 29.07

Publication d'un rapport sur les moyens de mieux maîtriser la volatilité des prix des produits alimentaires

G20 Agriculture: Non à "l'accaparement alimentaire" par les pays les plus riches du monde !

Notes:

1  « la volatilité des prix sur les marchés agricoles et alimentaires : réponses politiques » sous la direction de l'OCDE et de la FAO, avec la participation de le FIDA, le FMI, l'OCDE, la CNUCED, le PAM, la Banque mondiale, l'OMC, l'IFPRI, avec l'accompagnement de l'Équipe spéciale de haut niveau de l'ONU.

2  Communiqué de presse n°:2011/430/PREM, WASHINGTON, 14 avril 2011

Déclaration ministérielle, plan d'action

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