Sommet ordinaire de l’Union africaine: faire du commerce intracommunautaire un levier de développement en Afrique

10 Avril 2012

Le commerce intracommunautaire était le principal sujet inscrit à l'ordre du jour de la 18ème session ordinaire de l'Union africaine qui s'est tenue à Addis-Abeba du 24 au 31 janvier 2012. Ce sommet s'est largement penché sur les questions de l'intégration régionale et des échanges intracommunautaires; les différentes parties prenantes à ce sommet sont unanimement convaincues de l'importance du commerce intra-africain pour le développement économique du continent. En renforçant le commerce intra-africain, et en encourageant son développement, l'Afrique serait plus à même à réduire la pauvreté, à créer des emplois, à favoriser un développement économique durable et à mieux s'intégrer dans l'économie mondiale.

Un récent rapport de la Banque mondiale souligne d'ailleurs clairement le potentiel économique important du commerce intra-régional, et déplore également les pertes subies par le continent du fait des nombreuses barrières commerciales qui le fragmentent. Ce rapport intitulé La défragmentation de l'Afrique : approfondissement de l'intégration du commerce régional des biens et services met en lumière les milliards de dollars que coûte chaque année la fragmentation régionale au continent.

Conscients de cette situation, les dirigeants africains ont donc décidé, lors du sommet de l'UA, de la mise en place d'une zone de libre-échange à l'échelle du continent à l'horizon 2017. Un objectif que certains chefs d'Etat ont toutefois traité avec beaucoup de réserve ; à la lumière des graves défis qui entravent le développement du commerce intra-africain aujourd'hui, certains doutent en effet du réalisme d'un tel engagement.

La faiblesse du volume du commerce intra-africain reflète parfaitement le chemin qu'il reste à parcourir. Aujourd'hui, seulement 12% du commerce total en Afrique est intra-africain, alors que la part atteint 40% en Amérique du Nord et même 60% entre les pays européens.

Un plan d'action ambitieux

Le sommet a adopté un ambitieux plan d'action que l'UA compte dérouler, avec l'appui des communautés économiques régionales (CER) et des Etats. Ce plan s'appuie sur 4 principaux pôles: une politique commerciale au niveau continental, la facilitation du commerce, le renforcement des capacités de production et les infrastructures.

1)       Politique commerciale: L'objectif principal serait d'arriver à mettre en place des politiques commerciales cohérentes et efficientes au niveau national, régional et continental, ainsi qu'un mécanisme de suivi de ces politiques.   Cet objectif se décline à travers les actions suivantes :

-          l'intégration des échanges intra-africains dans les stratégies commerciales et de développement nationaux;

-          le renforcement du rôle du secteur privé, du secteur privé informel et des femmes dans la formulation des politiques commerciales;

-          encourager la croissance des échanges intracommunautaires dans les produits alimentaires;

-          la prise d'engagements clairs pour libéraliser les échanges liés au secteur de services;

-          harmonisation des règles d'origine et simplification des régimes commerciaux

-          promotion des concepts « acheté en Afrique » et « fabriqué en Afrique »

2 )  Facilitation du commerce : l'objectif est de réduire de 50% le temps requis pour déplacer les marchandises d'un point A à un point B, ce qui facilitera le mouvement des marchandises sur le continent. L'objectif requiert les actions suivantes :

-          réduire les barrages routiers

-          harmoniser et simplifier les procédures douanières et de transit ainsi que les documents et les réglementations

-          l'établissement et l'opérationnalisation d'un seul poste de contrôle aux frontières

-          une gestion intégrée des frontières

3 )  Renforcement des capacités de production: l'objectif à ce niveau est de créer des chaînes de valeur régionales et continentales qui permettront d'accroître la production locale et le commerce des marchandises produites en Afrique. Les actions à mettre en œuvre sont :

-          la priorisation et l'implantation de programmes et de plans d'actions continentaux tels que le plan d'action pour l'accélération du développement industriel en Afrique (Aida);

-          l'établissement, l'intégration et l'interconnexion des systèmes d'informations commerciales dans le continent;

-          encourager les investissements à travers des cadres concertés afin de favoriser la constitution de grandes entreprises;

-          l'établissement de centres d'excellence régionaux pour le développement technologique.

4 )  Développement des infrastructures liées au commerce. L'objectif ici est le développement de produits innovants, des mécanismes juridiques, financiers et autres pour développer des projets infrastructurels inter-Etats. Les actions à mettre en œuvre à court et moyen termes sont :

-          la mise en œuvre du programme de l'UA pour les infrastructures de développement en Afrique;

-          la mobilisation des ressources pour des projets d'infrastructures impliquant plusieurs pays;

-          la mise en place de projets d'infrastructures de haute qualité ;

-          la mise en place d'un environnement favorable pour la participation du secteur privé à la réalisation des infrastructures.

Le développement des infrastructures: enjeux vitaux

Selon le premier ministre éthiopien Meles Zenawi, «le renforcement du commerce africain est une volonté que nous partageons à 100%, mais, il ne suffit pas d'ajouter une nouvelle couche institutionnelle à celle qui existe déjà pour régler nos difficultés à assurer des échanges commerciaux entre nous.» Il a ainsi plaidé pour des solutions réalistes pour faire face aux difficultés du commerce intra-africain, appelant notamment à résoudre les problèmes centraux, tels que la faiblesse des infrastructures transnationales ou le manque de financement des échanges commerciaux. Zenawi s'est notamment réjoui de l'avancement de certains projets d'infrastructures, tels que la construction de route entre l'Ethiopie et le Kenya, la mise en place d'une interconnexion électrique entre Djibouti et l'Ethiopie et la connexion ferroviaire entre le Kenya et l'Ethiopie. « C'est à travers des projets concrets d'intégration régionale comme ceux-là que nous allons renforcer le commerce intra-africain », a-t-il conclu.

Dans cette perspective, le chef d'Etat sud-africain, Jacob Zuma, n'a pas manqué de présenter à ses homologues du comité d'orientation du nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) un état des lieux de l'Initiative présidentielle pour la promotion des infrastructures (IPPI), qui comprend sept projets régionaux d'infrastructures. Lancée par l'Union africaine et l'Agence de planification et de coordination du (APCN), l'IPPI prévoit, notamment, la construction d'une autoroute transsaharienne reliant, sur une longueur de près de 8.715 km, Dakar à Djibouti en passant par le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Soudan, l'Ethiopie et Djibouti. L'initiative envisage également la construction du tronçon routier entre Assamaka, en Algérie, et Arlit, au Niger, ainsi que la pose d'un câble de fibre optique terrestre entre le Nigeria et l'Algérie. Il a également présenté à ses pairs le plan à moyen et long termes de renforcement de l'intégration régionale au niveau de la communauté d'Afrique de l'Est (CAE), prévoyant notamment une plus grande fluidité dans la circulation des biens et des personnes, qui selon lui est la seule voie possible pour le renforcement du commerce intra-africain.

L'Algérie, par la voie de son représentant, a également souligné la volonté de son pays de renforcer ses relations économiques et commerciales avec les autres pays africains; M. Ahmed Ouyahia a ainsi, après avoir déploré le manque d'infrastructures dans les pays africains qui entrave l'investissement, la production et la concurrence, soutenu le plan commun de développement du commerce intra-africain proposé par l'UA et le NEPAD en vue d'accélérer la mise en place de réseaux régionaux de transport et de communication.

Pour sa part, le président tanzanien Jakaya Kikwete a expliqué que l'avenir de cette zone de libre-échange continental repose sur la mise en place d'un marché commun ouvert sur l'ensemble du continent, du Caire jusqu'au Cap.

Selon Obiageli Ezekwesili, vice-président de la Banque mondiale, si le continent parvient à réaliser ses objectifs de relance du commerce intra-africain, l'impact négatif de la crise de la zone euro sur la croissance économique de l'Afrique pourrait être atténué.

La Chine décidée à soutenir l'intégration africaine

Jia Qinglin, président du comité national de la conférence consultative politique du peuple chinois, a saisi l'occasion de sa présence lors du sommet pour saluer la pertinence du thème soulevé par les membres de l'UA, qui selon lui revêt une importance particulière dans le cadre d'une situation économique mondiale complexe et difficile. « Une intégration économique régionale renforcée aidera l'Afrique à mieux affronter les risques économiques extérieurs. Nous espérons du fond du cœur que ce Sommet aboutira à des résultats positifs sur ce sujet, » a-t-il déclaré. Il a ainsi appelé l'UA et les pays africains à prendre des engagements forts en faveur de l'intégration africaine et de la construction d'infrastructures transnationales et interrégionales en Afrique.

La présence de la Chine et son engagement pour bâtir un partenariat durable avec le continent se matérialisé dans le nouveau siège de l'UA, qu'elle a entièrement et exclusivement financé et qui a été inauguré à l'occasion de ce sommet. Celui-ci était donc l'occasion pour Jia Qinglin de rappeler l'engagement de la Chine au sein de l'Afrique, déclarant : «ce gigantesque complexe en dit long sur notre amitié envers les peuples africains et porte témoignage de notre entière détermination à aider l'Afrique dans son développement.» Satisfait de ce geste du géant asiatique, le sommet a adopté une motion de remerciement et de gratitude proposée par le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, président en exercice de l'UA.

Sources :

L'Union africain envisage un bloc commercial, Magharebia.com, 2 février 2012.

African Union Aims for Continental Free Trade Area by 2017, Bridges Weekly, Vol. 16, No. 4, 1er février 2012

L'Afrique perd des milliards de dollars en revenus commerciaux potentiels, Banque mondiale, 7 février 2012

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