Troisième Sommet UE / Afrique : les APE se sont invités au débat, mais aucune avancée significative au plan politique

19 Décembre 2010

Le troisième sommet entre l'Afrique et l''Union européenne (UE) s'est tenu à Tripoli (Libye)  les 29 et 30 novembre 2010. Deux questions ont été au cœur des discussions entre ces deux parties du monde : l'économie et la sécurité.

Le contexte de cette rencontre a été pertinemment                      annoncé                        par       le président            du                    Conseil européen, Herman van Rompuy, qui a déclaré à la veille de la réunion que « dans un contexte de globalisation croissante et de crise économique et financière, le partenariat  de  l'Union  avec  l'Afrique est d'une importance stratégique. Nous aborderons des sujets clés comme la paix et la sécurité, la gouvernance globale et l'intégration régionale. Nous allons également renforcer nos efforts conjoints pour encourager                    l'investissement,            la création d'emplois et la croissance ».

L'UE voudrait atteindre ces différents objectifs à travers les APE qui se sont invités au débat. Les divergences entre l'UE et l'Afrique se matérialisent à travers la négociation de ces accords.

Le premier point de divergence porte sur  l'opportunité ou non de signer ces Accords. Ces divergences ne semblent pas décourager l'UE de son objectif d'avoir des APE globaux et régionaux.

En effet, M. Barroso a indiqué que l'UE est prête à avoir des discussions concrètes et profondes avec les pays africains sur les APE. « On verra très bientôt  un  progrès  important »  a-t-il laissé entendre.

Mais cet espoir ne semble pas être partagé par toutes les parties et les propos du président Abdoulaye Wade le confirme. Il estime en effet, que « ce qu'elle (l'UE) nous propose ne paraît pas acceptable ».

Cette    différence         d'approche,      de compréhension et d'objectifs entre les deux parties a déteint sur ce sommet que certains considèrent comme un échec. Concrètement, la raison d'un tel échec est à chercher au niveau des divergences profondes sur trois questions principales : le commerce, l'immigration  et  le  climat.  « Nous  avons échoué dans notre partenariat économique »,  avait  déclaré  Mouammar Kaddafi  de  la  Lybie,  il  ajoute  que «nous avons commencé avec une série de conventions mais ces accords ne sont pas effectifs »,

En effet, les échecs précédents avec les accords de Yaoundé et de Lomé sont des expériences à ne pas répéter. C'est  pourquoi  les APE  qui  sont  en cours de négociation font l'objet de nombreuses divergences.

Autant l'UE souhaite la conclusion d'APE globaux et régionaux, autant, la position de la plus part des pays africains est de ne pas signer ces accords qui détruirait leur industrie fragile, leur agriculture pour la simple raison que les produits européens n'inondent le marché africain après la signature d'un tel accord.

Les blocages constatés au niveau technique se sont prolongés au niveau politique          comme l'a            souligné            le président  Wade ;  « tous  les  chefs d'Etat qui ont pris la parole à Tripoli ont dénoncé le fait qu'il n'y a pas de résultats tangents dans nos relations avec l'Union européenne ».

Allant plus loin dans l'analyse, le président Wade a souligné dans une interview accordée à un journal burkinabé que « nous avons établi une liste de produits à libéraliser. L'Union européenne en a proposé une autre. Nous sommes loin d'être d'accord sur le nombre de produits et sur le taux de libéralisation. Nous ne pouvons pas libéraliser au point de détruire nos industries naissantes. Nos industries naissantes- c'est un libéral qui parle- ont besoin d'être protégées. Quand elles seront fortifiées, on pourra ouvrir la concurrence. Si on ouvre les frontières, toutes nos industries vont disparaître. Parce qu'elles ne sont pas compétitives.   L'Union   européenne nous propose une compensation financière. Cela n'a pas de sens. On ne peut pas détruire une économie et remplacer cela par de l'argent ».

Une question de confiance

Ces pays africains optent donc pour un commerce plus juste qui prendrait en compte les différences de niveau de développement. Et, le  président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, l'exprime bien en indiquant que « les  aides  seules  ne  peuvent  pas nous            sortir     des       difficultés.        Les investissements et le commerce sont plus importants que l'aide pour le développement  des  pays  africains ». Mieux, il  a été rappelé que ces aides étaient souvent conditionnées.

Dans  les  négociations  des APE,  un volet développement y est introduit à travers un programme communément appelé PAPED.

Ce programme estimé à 9. 5 milliards d'Euro      constitue                       une       divergence profonde et pose le problème de la volonté  de  l'UE  de  le  financer,  eu égard aux positions qu'elle a eu à prendre   à   ce   niveau.   Il   faut   le rappeler ;  elle  compte  participer  au financement de ce programme jusqu'à hauteur de 6 milliards d'Euro, mais la difficulté vient du fait qu'elle compte utiliser                    ses       instruments       de financement déjà existant pour le faire. Beaucoup d'acteurs des négociations ont dénoncé cette position de l'UE, notamment la société civile.

Les réactions des uns et des autres laissent voir un manque de volonté de la part de l'UE. Et les chefs d'Etats africains à travers le président Wade semblent ne plus croire à l'UE, il dit en effet  qu'« à  Tripoli,  tous  les  chefs d'États africains, chacun à sa façon, a fait comprendre aux Européens qu'ils nous  faisaient  prendre  les  vessies

pour     des                  lanternes.                      Ils         tiennent toujours les mêmes discours : on va faire çi, on va faire ça. Alors qu'en les regardant, on voit qu'ils ne croient même pas en ce qu'ils disent. Ils n'ont pas besoin            de       nous                 faire      des promesses qu'ils ne peuvent pas respecter. » Ce flou dans le futur des relations entre l'UE et l'Afrique va certainement pousser les dirigeants africains         à                      mieux            considérer                     la diversification du partenariat.

C'est un point de divergence profonde entre   les   deux   parties.   « L'Union européenne  nous  reproche  de  faire des  faveurs  à  l'Inde,  à  la  Chine » affirme le président Wade.

Si l'UE estime que la clause de la nation la plus favorisée (NPF) doit être incluse dans les nouveaux accords, les pays africains considèrent que cela pourrait les empêcher d'envisager des partenariats gagnant-gagnant avec d'autres zones du monde principale- ment les pays du Sud à la tête desquels se trouvent la Chine, l'inde et le Brésil.

Beaucoup d'observateurs et d'acteurs des négociations APE estiment que l'UE veut sécuriser ses marchés africains qu'elle considère comme sa chasse gardée et qu'elle pourrait souffrir de la concurrence des BRICs.

Mais il faut rappeler que le point de divergence essentiel est l'offre d'accès au marché. En effet, l'UE refuse toujours de reconsidérer sa position que les pays africains doivent ouvrir leur marché à hauteur de 80 %. Et cela pour   deux   raisons :   d'abord   une conformité avec les règles de l'OMC ensuite soutenir un développement ambitieux.

Les pays de l'Afrique pour la plupart considèrent qu'une ouverture à 70 % est largement suffisante.

Autrement, des secteurs entiers des économies  africaines          pourraient largement en pâtir. En plus du volume, les parties ne s'accordent pas sur la durée et le rythme de libéralisation. Pendant   que   l'UE   propose   une libéralisation sur 15 ans, les zones africaines estiment que des délais plus importants, vingt cinq (25) ans par exemple, sont nécessaires.

Quelle suite aux discussions

Ces divergences sur ce point important que constitue les APE n'a cependant pas entaché les discussions du sommet puisque comme l'a du reste souligné le Président de la commission de l'UE, ces deux parties du monde ont « une histoire commune et des intérêts communs  face  aux  défis  mondiaux". Ce qui devrait les pousser  à adopter des mesures concrètes pour réaliser des objectifs ambitieux. À la fin des travaux, une Déclaration dite de Tripoli et un second Plan d'action de la Stratégie commune Afrique-UE portant sur la période 2011-2013, ont été publiés.

Les dirigeants des pays africains et européens sont tombés d'accord pour intensifier leurs efforts communs afin de renforcer leur coopération dans les huit partenariats prévus par la stratégie mise en place depuis 2007.

Même s'il n'y a pas de convergence sur   les   APE ?   Les   deux   parties s'engagent dans la déclaration finale à accélérer l'incitation à la croissance des investissements, à la création d'emploi et au travail des jeunes générations entrant sur le marché du travail.

Cela passe selon l'UE par un soutien au secteur privé principal pourvoyeur d'emploi dans les pays africains.

"Nous sommes déterminés à soutenir le secteur privé     comme moteur essentiel d'une croissance économique inclusive et durable, et comme facteur important pour assurer un développement plus      égalitaire           et équilibré », indique la Déclaration. De l'avis de Herman Van Rompuy, le président de l'UE, « l'UE et l'Afrique sont appelées à collaborer et à saisir les opportunités offertes par notre potentiel   combiné   énorme ».   Son homologue africain Jean PING a quant à  lui  appelé  à  « lever  définitivement des blocages comme celui des APE, question vitale qui doit être bouclée au plus tôt dans l'intérêt mutuel ». En tout état de cause, les dirigeants africains appellent à un partenariat d'égal à égal. « Nous voulons un partenariat d'égal à égal basé sur l'intérêt mutuel  et  non  sur  l'exploitation »  a déclaré  « Le Guide » libyen.

Une ambition qui colle mal avec les objectifs de développement des pays africains et rend difficile la poursuite des négociations

Un espoir a été placé à ce Sommet en ce sens que beaucoup pensaient que les avancées au niveau politique pourraient aider à débloquer et faire avancer les négociations au niveau technique.          Mais     les            divergences observées entre l'UE et l'Afrique durant ce Sommet   montrent à suffisance, une différence fondamentale dans le cadre de la coopération et des relations commerciales. Aujourd'hui, rien dans l'horizon ne semble jouer en la faveur de la conclusion d'APE régionaux et globaux. Le gap au niveau des positions est très profond. En plus de la divergence sur la diversification du partenariat, sur le financement                        du              développement, l'ouverture des marchés, les deux parties  bloquent  sur           les  clauses d'exécutions,  mais  aussi          sur        le commerce des services.

Cette question des services montre parfaitement que l'UE cherche à élargir ses marchés au moment ou l'Afrique cherche à mieux les organiser et l'idée la plus répandue au niveau africain est que le partenaire européen place en second lieu le développement de l'Afrique     bien      loin       derrière ses ambitions d'étendre les marchés de ses entreprises multinationales.

Tout cela montre que la mutation des relations commerciales, de la coopé- ration entre l'UE et l'Afrique reste difficile. Malgré la volonté des parties d'influencer favorablement les négociations sur d'importantes questions mondiales         sur        le          développement économique global, les problèmes financiers, l'aide au développement, l'organisation du commerce international. Il en va de même des questions importantes telles que les changements climatiques, l'énergie, les migrations, la sécurité alimentaire, sans oublier les objectifs du millénaire.

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