Un mini-sommet se penche sur les défis africains lors de la COP21

7 Décembre 2015

Le 1er décembre, en marge de la 21ème Conférence des parties (COP21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), une douzaine de chefs d’États africains se sont réunis sur invitation du Président français François Hollande pour un mini-sommet consacré à l’Afrique. L’évènement a également vu la participation du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, de Nkosazana Dlamini-Zuma, la Présidente de la Commission de l’Union africaine, ainsi que des représentants de plusieurs gouvernements et institutions internationales, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD).

Intitulée « Défis climatiques : solutions africaines », la rencontre a mis en lumière l’importance cruciale de l’adaptation aux conséquences du changement climatique pour le continent africain et permis une discussion de fond sur certains des défis les plus pressants auxquels le continent africain est confronté en matière de climat. Certaines annonces importantes en matière de financement ont également été faites, à l’occasion de ce sommet, dans le domaine de l’adaptation et celui de la promotion des énergies vertes en Afrique.

Dans son allocution, François Hollande a rappelé que l’Afrique, malgré le fait qu’elle ne soit pas responsable du problème, subit déjà les plus graves conséquences du changement climatique. « Il y a une dette écologique que le monde, et en particulier le monde développé, doit régler à l’égard du continent africain », a-t-il déclaré. Soulignant la multiplication des initiatives et projets africains pour parer aux effets délétères du dérèglement climatique, il a également profité de la rencontre pour appeler à ce que les financements en faveur de l’Afrique soient mobilisés aussi vite que possible. « Ce ne sont pas les projets qui manquent, ce sont les financements, et il nous faut donc engager une mobilisation mondiale », a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a aussi souligné la grande vulnérabilité de l’Afrique face aux effets du changement climatique. « Il y a beaucoup de travail à faire ici à Paris, et les enjeux sont très élevés, surtout pour les personnes et les pays les plus vulnérables », a-t-il affirmé, appelant à la conclusion d’un accord ambitieux sur le climat « dont les peuples d'Afrique et du monde entier ont besoin ».
 

Électrification et énergies renouvelables

L’accès à l’électricité et la promotion des énergies renouvelables constituent l’un des grands axes autour desquels les discussions se sont articulées lors du sommet. Plusieurs chefs d’État ont souligné, dans leur intervention, l’importance de l’accès à l’électricité, qui constitue non seulement une condition du développement économique, mais également un moyen de lutte contre la déforestation. « Aujourd’hui, la forêt, mes concitoyens en ont besoin pour cuisiner », a déclaré le Président ghanéen John Dramani Mahama. Et son homologue malien, Ibrahim Boubacar Keïta, d’ajouter : « il faut de l’énergie : pour travailler la nuit, les étudiants sont obligés d’aller sous les lampadaires publics.»

Dans ce domaine, la Banque africaine de développement (BAD) a tenu a rappelé le lancement, annoncé la veille sous le toit du Pavillon africain au Bourget, de l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables. Cette dernière prévoit de doter l’Afrique d’une capacité de production d’électricité de 10 gigawatts supplémentaires d’ici 2020, et ce uniquement par le biais d’énergies renouvelables. À plus long terme, elle vise également la production de 300 gigawatts d’électricité supplémentaire d’ici 2030.

François Hollande a annoncé que le France consacrera 6 milliards d’euros, entre 2016 et 2020, pour l’électrification du continent africain, dont un investissement de 2 milliards d’euros en faveur des énergies renouvelables qui viendra participer à l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables. Ce montant, qui sera octroyé par le biais de l’Agence française de de développement (AFD), représente une augmentation de 50 pourcent des engagements bilatéraux français par rapport aux 5 dernières années. Il devrait essentiellement s’agir de prêts concessionnels, et non de dons.

Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA) sorti en octobre de cette année, il serait possible pour l’Afrique d’augmenter la part des énergies renouvelables dans sa consommation finale d’énergie à 22 pourcent d’ici 2030 – comparé à 5 pourcent en 2013. La part des énergies vertes dans le mix électrique africain bondirait alors à 50 pourcent. S’il est vrai qu’au vu de ces estimations, il apparaît que les opportunités sont énormes, cette transformation requerrait selon l’IRENA environ 75 milliards de dollars par années entre 2015 et 2030, un investissement colossal.
 

Désertification et assèchement des ressources hydriques

Au cours du sommet, certains défis spécifiques concernant l’adaptation aux changements climatiques ont fait l’objet d’une attention particulière. Parmi ces derniers, on trouve notamment le problème de l’assèchement du lac Tchad, dont la superficie est passée, entre les années 60 et aujourd’hui, de 25’000  à 2'500 kilomètres carrés, une réduction de 90 pourcent. La tragédie réside dans le fait que cette situation met en péril la vie de plus de 50 millions de personnes, à cause d’importantes ramifications environnementales et économiques, mais également sécuritaires.

« Nous assistons, ni plus ni moins, à un drame écologique qui nous interpelle tous. Le lac Tchad risque de connaître le même sort que la mer d’Aral, c’est-à-dire une disparition totale », a déclaré le Président du Niger, Mahamadou Issoufou. Les autres pays de la région se sont également fait l’écho de ces préoccupations, appelant à un soutien financier de la communauté internationale en faveur du projet de restauration du lac Tchad, par le biais d’un transfert des eaux, promu par la Commission du bassin du lac Tchad. La Banque mondiale a annoncé qu’elle apporterait un soutien technique, notamment  dans l’élaboration des dossiers de financement.

Autre initiative ayant reçu une grande attention lors de la rencontre : le projet de « grande muraille verte ». Conçu comme une barrière végétale de 15 kilomètres devant traverser le continent de part en part, entre Djibouti et le Sénégal, l’initiative devrait permettre de lutter contre la désertification en contenant l’avancée du désert. Initié il y a quelques années, en 2005, et soutenu par l’Union africaine, le projet n’a pour l’instant que très peu avancé.

Concernant la lutte contre la désertification et l’adaptation aux conséquences du changement climatique, François Hollande a indiqué que la France compte tripler son aide bilatérale en Afrique, pour qu’elle atteigne 1 milliard d’euros en 2020. Cette aide au développement portera prioritairement sur de grands projets tels que la Grande muraille verte et la préservation du lac Tchad et du fleuve Niger, indique l’Elysée. « Ce que nous avons à chercher, ce n’est pas encore à imaginer des solutions, c’est de les financer. Et c’est d’avoir des financements additionnels – ce sera l’objet de la conférence –, plus souples et plus facilement accessibles pour que nous puissions les mettre en œuvre », a affirmé le président français.
 

Rapport ICTSD. « COP21 : lac Tchad et accès à l’électricité au cœur des préoccupations du sommet Afrique », Jeune Afrique, 1 décembre 2015 ; « Un plan pour relever le défi climatique en Afrique », Le Monde, 2 décembre 2015 ; « COP21: un mini-sommet africain pour relever les défis du continent », RFI, 1 décembre 2015.

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